Argent et patrimoine

Charges locatives : la liste officielle que votre propriétaire espère que vous ne consulterez jamais

L'enveloppe arrive chaque année, souvent en fin d'hiver. Un décompte de charges, des lignes incompréhensibles, un solde à régler sans discuter. Dans des milliers de logements, le même réflexe : payer, parce qu'on ne sait pas qu'un texte de loi, vieux de près de quarante ans, dresse la liste exacte de ce qu'un propriétaire peut — et ne peut pas — réclamer.


Ce qu'il faut retenir

  1. Un décret méconnu fixe, poste par poste, tout ce qu'un propriétaire a le droit de facturer — et beaucoup de locataires n'en ont jamais entendu parler.
  2. Certaines lignes qui apparaissent chaque année sur les décomptes de charges ne devraient tout simplement pas s'y trouver.
  3. Un recours gratuit et peu connu permet de contester sans avocat ni tribunal — les démarches concrètes sont détaillées plus bas.
  4. Un délai de prescription protège les locataires qui découvrent le problème tardivement, mais il ne dure pas éternellement.
Charges locatives abusives : comment vérifier et contester les frais injustifiés © SeniorActu
Charges locatives abusives : comment vérifier et contester les frais injustifiés © SeniorActu

Ce que la loi autorise vraiment (et rien d'autre)

Tout repose sur un texte que peu de locataires connaissent : le décret n°87-713 du 26 août 1987. Ce décret dresse la liste complète et fermée des dépenses qu'un propriétaire peut répercuter sur son locataire. Si une charge ne figure pas dans cette liste, elle reste à la charge du bailleur — point final.

Le principe est posé par l'article 23 de la loi du 6 juillet 1989 : les charges récupérables sont « exigibles sur justification » et correspondent uniquement à trois catégories de dépenses : les services liés à l'usage du logement (eau, chauffage collectif, ascenseur), l'entretien courant et les menues réparations des parties communes, et les taxes dont le locataire bénéficie directement, comme la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (la « TEOM », prélevée sur l'avis de taxe foncière du propriétaire).

Autrement dit, tout ce qui ne relève pas de l'usage quotidien du logement ou de l'entretien courant de l'immeuble n'a rien à faire sur votre décompte. La difficulté, c'est que la plupart des locataires ne le savent pas — et que certains propriétaires, parfois de bonne foi, parfois moins, en profitent.

Pour vérifier vos droits, une seule source fait foi : la fiche officielle de service-public.gouv.fr sur les charges récupérables.

Ces lignes qui n'ont rien à faire sur votre décompte

Chaque année, des locataires paient sans broncher des charges qui devraient rester à la charge exclusive du propriétaire. Voici les plus fréquentes — et les textes qui les interdisent.
 
Interdit Non récupérable
🏠
Ravalement de façade, réfection de toiture, remplacement de chaudière collective
Gros travaux = propriétaire (article 606 du Code civil)
Interdit Non récupérable
📝
Frais de gestion locative, envoi de quittances, honoraires d'agence
Frais de gestion = propriétaire (ne figurent pas dans la liste du décret n°87-713 du 26 août 1987)
Interdit Non récupérable
⚠️
Frais de confection des rôles sur la TEOM (« frais de gestion de la fiscalité locale »)
Seule la TEOM elle-même est récupérable, pas les frais annexes (Cass. 3e civ., 30 octobre 2002)
Interdit Non récupérable
🔒
Assurance propriétaire (PNO), téléalarme, dératisation, élagage d'arbres
Ne figurent pas dans la liste du décret de 1987 (confirmé par jurisprudence)


Un cas particulier revient souvent dans les immeubles avec gardien. Si le gardien assure à la fois le nettoyage des parties communes et la sortie des poubelles, le propriétaire peut récupérer 75 % de sa rémunération et charges sociales. S'il n'assure qu'une seule de ces deux tâches, ce taux tombe à 40 %. Au-delà de ces pourcentages, le reste est à la charge du bailleur. Vérifiez ce point sur votre décompte : l'erreur de répartition est fréquente.

Vos armes pour vérifier et contester

Bonne nouvelle : la loi vous donne des outils concrets pour agir. Encore faut-il les connaître et respecter les délais.
 
  • Étape 1 : exiger le décompte détaillé. Votre propriétaire doit vous envoyer le décompte des charges par nature un mois avant la régularisation annuelle. Dans un immeuble collectif, il doit aussi préciser le mode de répartition entre les locataires. S'il ne le fait pas, il est déjà en tort.
  • Étape 2 : consulter les justificatifs. Pendant 6 mois après l'envoi du décompte, vous avez le droit de consulter toutes les pièces justificatives : factures, relevés de consommation, contrats d'entretien. Le propriétaire doit les tenir à votre disposition dans des conditions normales. Vous pouvez aussi en demander l'envoi par voie postale ou électronique, à vos frais.
  • Étape 3 : envoyer une contestation écrite. Si vous repérez des charges non récupérables ou des montants incohérents, adressez un courrier recommandé avec accusé de réception à votre propriétaire. Citez les textes (loi du 6 juillet 1989, décret du 26 août 1987) et détaillez les lignes contestées.
  • Étape 4 : saisir la Commission Départementale de Conciliation (la « CDC »). Si le propriétaire ne répond pas ou refuse de corriger, cette commission paritaire — composée de représentants des bailleurs et des locataires — intervient gratuitement pour tenter de trouver un accord amiable. Elle rend un avis sous 2 mois maximum. C'est la démarche la plus méconnue et la plus efficace avant le tribunal. Pour connaître la CDC de votre département, consultez la fiche dédiée sur service-public.gouv.fr.
 
1 mois Décompte
📅
Délai d'envoi du décompte
Le propriétaire doit l'envoyer au moins 1 mois avant la régularisation
6 mois Justificatifs
📊
Consultation des pièces
Factures et relevés à votre disposition pendant 6 mois après le décompte
Gratuit CDC
⚖️
Commission de conciliation
Avis rendu sous 2 mois, sans frais ni avocat
3 ans Prescription
⏱️
Délai pour contester
Vous pouvez réclamer le remboursement de charges indues sur 3 ans (article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989). Ce délai s'applique à tous les baux d'habitation.

Le piège de la régularisation tardive (et comment s'en protéger)

Certains propriétaires laissent passer des années sans régulariser les charges. Puis, un beau jour, le locataire reçoit une facture portant sur deux ou trois exercices — parfois plusieurs centaines d'euros d'un coup.

La loi a prévu ce cas. Depuis la loi ALUR du 24 mars 2014, lorsque la régularisation n'a pas été effectuée avant la fin de l'année civile suivant l'année d'exigibilité des charges, le locataire peut exiger un étalement du paiement sur 12 mois. Il suffit d'en faire la demande par écrit.

Par ailleurs, le propriétaire ne peut plus réclamer d'arriérés de charges au-delà de 3 ans en arrière (article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989, modifié par la loi ALUR). Au-delà, les charges sont prescrites. Ce délai court aussi pour le locataire : si vous découvrez aujourd'hui que vous avez trop payé, vous pouvez demander le remboursement sur les trois dernières années — mais pas au-delà.

Attention, un réflexe à éviter absolument : même en cas de désaccord sur les charges, ne cessez jamais de payer. Un locataire qui suspend le paiement de ses charges s'expose à une procédure de résiliation du bail. On conteste par écrit, avec des preuves — jamais en retenant l'argent.

Au total, ces mécanismes de protection existent depuis des décennies. Mais ils ne fonctionnent que si le locataire les connaît et les active. Chaque année qui passe sans vérification, c'est potentiellement de l'argent perdu — et une fois le délai de trois ans dépassé, il n'y a plus de recours.

 
Sources :
- Service-public.gouv.fr, « Charges à payer par le locataire (charges locatives ou charges récupérables) », mis à jour en 2024
- Légifrance, décret n°87-713 du 26 août 1987 fixant la liste des charges récupérables
- Légifrance, article 23 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989
- Institut national de la consommation (INC), « Les charges locatives ou charges récupérables », 2019
- Service-public.gouv.fr, « Dans quel cas saisir la commission départementale de conciliation (CDC) ? »


Par | Publié le 04/03/2026 à 09:14

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