Autres Actualités

Canicule : 3 morts sur 4 ont plus de 75 ans, et l'été 2026 s'annonce déjà pire que 2025

Par | Publié le 19/05/2026 à 08:51

Pendant que les médias annoncent un « super El Niño » pour cet été, Santé publique France a publié son bilan sanitaire 2025. Il est implacable et désigne la vraie cible des canicules françaises. Les prévisions pour l'été qui s'ouvre vont, elles, toutes dans la même direction. L'enjeu, pour nous, n'est plus de regarder vers le Pacifique.


Nouveau : Posez une question à votre IA !

Obtenez des précisions ou des analyses complémentaires sur cet article en un clic

ChatGPT Claude Mistral Perplexity

Femme senior pensant à s'hysdrater pendant la canicule © SeniorActu.com
Femme senior pensant à s'hysdrater pendant la canicule © SeniorActu.com

Un bilan que les médias n'ont pas beaucoup commenté

Le bilan consolidé de l'été 2025 publié par Santé publique France le 26 février 2026 l'établit froidement : pendant les épisodes de canicule de l'été dernier, plus de 1 900 décès ont été attribués à la chaleur. Près des trois quarts concernaient des personnes de 75 ans et plus.

L'enseignement principal : la surmortalité ne se distribue pas, elle se concentre.

Aux urgences, le constat est identique. Plus de 24 000 recours aux soins d'urgence pour l'indicateur iCanicule (hyperthermies, déshydratations, hyponatrémies) ont été enregistrés, dont 53 % chez les 75 ans et plus.

Et 2026 ? L'été qui s'ouvre s'annonce, selon les modèles, encore plus chaud que celui que nous venons de vivre.

Bilan canicule été 2025 en France : 1 900 décès liés à la chaleur, dont près de 75% chez les 75 ans et plus, selon Santé publique France. CANICULE 2025 : LA RÉPARTITION DES MORTS Source Santé publique France, bilan estival 2025 Décès liés à la chaleur en France 1 900 durant les épisodes caniculaires de l'été 2025 Moins de 60 ans Pas de surmortalité significative Risque faible et maîtrisable Vigilance recommandée 60 à 74 ans Surmortalité limitée mais croissante Risque modéré, accru si médicaments Prévention active utile 75 à 84 ans Surmortalité forte, jusqu'à +6,7% Risque élevé, suivi médical impératif Plan canicule prioritaire 85 ans et plus Surmortalité majeure, jusqu'à +80% Risque maximal, registre communal Surveillance quotidienne © SeniorActu.com

Ce que dit vraiment Météo-France du « super El Niño »

Le 12 mai 2026, Météo-France a publié une note d'information signée Lauriane Batté, climatologue à la Direction de la Climatologie. L'agence confirme qu'un nouvel épisode El Niño se développe.

Mais elle précise immédiatement que le terme « super El Niño », largement repris dans la presse, « n'est pas un terme scientifique ». Ce qualificatif désigne dans le langage des médias les épisodes pour lesquels les anomalies de température dans le Pacifique équatorial dépassent 2°C.

Sur ce point, l'agence est explicite : « Il est trop tôt, compte tenu de l'incertitude de la prévision à cette période de l'année, pour affirmer que l'on dépassera ce seuil ».

Surtout, Météo-France rappelle un détail que la quasi-totalité des articles a balayé. El Niño, même fort, atteindra son maximum en fin d'année 2026.

Pas cet été.

Et son influence sur le climat européen estival est  « généralement nettement plus faible » que celle du changement climatique de fond.

Le vrai pilote de notre été : le réchauffement

Si El Niño ne pilote pas notre été, qu'est-ce qui le pilote ? La réponse tient en deux mots : changement climatique.

Les prévisions saisonnières publiées le 10 mai 2026 par le service européen Copernicus convergent toutes vers le même scénario. La probabilité que la température moyenne dépasse le quintile supérieur des normales est élevée sur l'ensemble de l'Europe occidentale, France comprise.

Le bulletin trimestriel de Météo-France privilégie aussi nettement le scénario « plus chaud que la normale », avec une probabilité estimée à 50% pour la métropole, contre 25% seulement pour un été dans les normales.

Le signal est particulièrement fort sur le bassin méditerranéen et le sud-est de l'Europe. La Corse, le pourtour méditerranéen, la vallée du Rhône et l'arc lyonnais sont les zones où le risque caniculaire est jugé le plus probable cet été.

Pourquoi notre corps lâche plus vite après 75 ans

Canicule 2025 : 1900 victimes dont 75% ont plus de 75 ans © SeniorActu.com
Canicule 2025 : 1900 victimes dont 75% ont plus de 75 ans © SeniorActu.com
La biologie nous renseigne. À partir de 75 ans, la sensation de soif diminue mécaniquement et le réflexe de boire arrive en retard. La transpiration, mécanisme principal de régulation thermique, devient également moins efficace. La peau plus fine perd sa capacité à dissiper la chaleur, le cœur fait plus d'efforts pour irriguer la périphérie.

S'y ajoute une réalité française qu'on connaît tous : les médicaments : diurétiques, antihypertenseurs, certains antidépresseurs, neuroleptiques, lithium. La plupart de ces traitements modifient l'équilibre hydrique ou la régulation thermique.

Le ministère de la Santé recommande dans ces cas une réévaluation avec votre médecin avant chaque été. C'est gratuit, c'est rapide, et c'est massivement sous-utilisé.
 

Géographie, isolement, et un registre méconnu en mairie

La géographie joue aussi. Le risque caniculaire ne pèse pas de la même façon sur un retraité parisien et sur un agriculteur retraité du Vaucluse.

Les épisodes caniculaires de 2025 ont produit leur excès de mortalité maximum en Provence-Alpes-Côte d'Azur, avec au moins 140 décès en excès rien que sur l'épisode de juin-juillet. La région concentre exposition climatique forte, population âgée significative, et habitat ancien souvent mal adapté.

Sur cet épisode précis, 480 décès en excès ont été comptabilisés dans les départements concernés, dont 410 chez les 75 ans et plus. Soit 85 % des morts.

L'isolement aggrave tout.

La canicule de 2003 nous l'avait appris dans la douleur : 35 % des décès ont eu lieu à domicile, et la surmortalité touchait massivement les personnes seules, célibataires, veuves ou divorcées.

Depuis 2004, votre commune tient un registre des personnes vulnérables, gratuit et confidentiel. L'inscription se fait par téléphone, en mairie, ou via un membre de la famille pour un parent.

C'est l'outil le plus simple pour qu'un agent municipal vous appelle pendant un épisode caniculaire.

Trois gestes à faire avant juin

Maintenant le concret. Trois gestes anticipent l'été qui s'annonce mieux que toutes les annonces tonitruantes sur le « super El Niño ».

Le premier, c'est une consultation médicale avant juin. Faites le point sur vos médicaments avec votre médecin, demandez si certains traitements doivent être ajustés en période de chaleur.

Le deuxième, c'est l'inscription au registre communal. Une démarche de cinq minutes qui ne coûte rien et qui peut peser lourd en cas d'alerte rouge.

Le troisième, c'est l'identification d'une pièce fraîche. Sous-sol, rez-de-chaussée orienté nord, salle d'eau aveugle : n'importe quel endroit où vous pourrez vous réfugier, si possible avec un ventilateur et un point d'eau à proximité.

El Niño viendra ou non.

Le réchauffement, lui, est là, et ses conséquences sanitaires sur nous, les seniors français, sont mesurées chaque été. Mieux vaut s'y préparer maintenant que d'apprendre au mois d'août, comme en 2003, qu'on a négligé un détail qui aurait sauvé une vie.

 
Sources :
- Santé publique France, « Chaleur et santé. Bilan de l'été 2025 », 26 février 2026
- Santé publique France, bulletins canicule du 23 juillet et du 11 septembre 2025 (estimations provisoires par épisode)
- Météo-France, « El Niño très probablement de retour à partir de l'été 2026 », note signée Lauriane Batté, 12 mai 2026
- Service européen Copernicus C3S, prévisions saisonnières juin-juillet-août 2026, publiées le 10 mai 2026
- Météo-France, bulletin trimestriel des grandes tendances mai-juillet 2026
- OMM, bulletin Info-Niño/Niña d'avril 2026
- Inserm, rapport d'étape sur la surmortalité liée à la canicule d'août 2003


Chaque vendredi, l'essentiel de l'actualité des seniors de la semaine dans votre boite mail !
Facebook
X