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Brandt liquidé : ces marques que parents et grand-parents ont connues et qui disparaissent

Le tribunal de Nanterre a prononcé ce jeudi 11 décembre la liquidation judiciaire du groupe Brandt. Avec lui disparaissent quatre marques qui ont équipé les foyers français depuis l'après-guerre. Pour toute une génération, c'est un pan de notre mémoire domestique collective qui s'efface.


Par | Publié le 11/12/2025 à 12:18
L'avenir de Brandt est désormais hors de France © TY Lim/Shutterstock
L'avenir de Brandt est désormais hors de France © TY Lim/Shutterstock

Des marques ancrées dans la mémoire collective

La Stato 47, première machine à laver automatique française lancée en 1963. Le BB40, ce robot laveur compact de 1984 qui a révolutionné les petits espaces. Les premières tables à induction fabriquées à grande échelle en 1990 près d'Orléans. Ces innovations qui ont transformé le quotidien des ménages français portaient toutes le même nom : Brandt. Ce jeudi matin, le tribunal des affaires économiques de Nanterre a mis fin à cette histoire centenaire en prononçant la liquidation judiciaire du groupe.

Près de 700 salariés perdent leur emploi à quelques jours de Noël. Les deux usines historiques de Saint-Jean-de-la-Ruelle dans le Loiret et de Saint-Ouen près de Vendôme dans le Loir-et-Cher ferment définitivement leurs portes. Le centre de service après-vente de Saint-Ouen-L'Aumône dans le Val-d'Oise et le siège social de Rueil-Malmaison dans les Hauts-de-Seine sont également concernés par cette fermeture. François Bonneau, président de la région Centre-Val de Loire, a qualifié cette décision de terrible nouvelle et de coup très dur porté à l'industrie française, évoquant un traumatisme pour les salariés concernés.

Mais au-delà du drame social qui frappe ces quelque 700 familles, c'est tout un patrimoine industriel qui disparaît. Car Brandt, c'était aussi Vedette, Sauter et De Dietrich, quatre marques que des générations de Français ont connues dans leur cuisine, leur buanderie, leur quotidien. Des noms qui évoquent pour beaucoup les premiers équipements modernes de leur foyer, l'entrée dans une ère nouvelle du confort domestique.

Du ferronnier d'art au leader de l'électroménager

L'histoire de Brandt commence en 1902 lorsque Edgar William Brandt ouvre son atelier de serrurerie et ferronnerie d'art à Paris. Le jeune artisan se fait rapidement remarquer pour son talent et sa minutie. En 1921, il réalise la dalle en bronze du Monument du Soldat Inconnu installée sous l'Arc de Triomphe, une oeuvre qui lui confère une notoriété nationale. Trois ans plus tard, en 1924, naissent les établissements Edgar Brandt, qui commencent à proposer des appareils électroménagers : machines à coudre, réfrigérateurs, machines à laver.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'entreprise prend un virage décisif en se consacrant pleinement à l'électroménager. Les premiers modèles de machines à laver, réfrigérateurs et machines à repasser sortent des usines françaises. Le succès est fulgurant. En 1962, Brandt devient numéro un français du lave-linge avec sa Stato 47. En 1967, la marque conquiert la première place sur le marché des réfrigérateurs. En 1972, elle domine également les ventes de lave-vaisselle et de congélateurs. En 1988, Brandt est leader en France sur les six familles de produits blancs.

Au fil des décennies, la marque multiplie les innovations qui marquent les esprits. En 1984, le robot laveur BB40 permet de laver le linge dans un appareil de seulement 40 centimètres de large et 5 kilogrammes, une révolution pour les petits logements. En 1988, le réfrigérateur Combi 3 propose pour la première fois trois zones de froid différentes. En 1990, l'usine de Saint-Jean-de-la-Ruelle devient le premier site au monde à fabriquer des tables à induction à grande échelle. Une innovation française qui allait transformer les cuisines du monde entier.

Un siècle de présence dans les foyers français

Pour les Français qui ont grandi dans les années 1950 et 1960, ces marques sont indissociables de la modernisation du pays. L'arrivée du réfrigérateur dans les foyers, remplaçant les glacières, a constitué une véritable révolution domestique. Les machines à laver ont libéré des heures de travail ménager, succédant aux lessiveuses manuelles. Les cuisinières modernes ont remplacé les fourneaux à charbon. Brandt, Vedette, Sauter et De Dietrich ont accompagné cette transformation profonde des modes de vie.

Cette proximité avec les consommateurs français s'est construite sur plusieurs générations. Une famille pouvait acheter son premier réfrigérateur Brandt dans les années 1960, puis équiper ses enfants avec la même marque dans les années 1980, avant que les petits-enfants ne choisissent à leur tour une table à induction De Dietrich ou un lave-linge Vedette. Cette fidélité transgénérationnelle témoigne de la confiance accordée à ces marques françaises.

Le groupe avait d'ailleurs célébré en janvier dernier son centenaire, mettant en avant ses cent ans d'innovations et de fabrication française. Lors de cette cérémonie, le directeur général Daniele Degli Emili s'était dit très fier et ému de célébrer un siècle d'histoire, d'innovations et de savoir-faire. Il avait souligné que cette célébration concernait non seulement la marque et ses produits, mais aussi tous les employés passés et actuels du groupe.

Le dernier fabricant français de cuisson disparaît

Jusqu'à ce jeudi, le groupe Brandt restait le dernier grand industriel français à concevoir et fabriquer la majorité de ses appareils de cuisson sur le territoire national. Les usines de Saint-Jean-de-la-Ruelle et de Vendôme produisaient encore quelque 500 000 pièces par an. Le groupe avait obtenu dès 2011 le label Origine France Garantie pour ses produits de cuisson, une certification renouvelée régulièrement depuis lors, y compris en janvier 2025.

Le groupe, propriété depuis 2014 du conglomérat algérien Cevital, réalisait encore 260 millions d'euros de chiffre d'affaires, dont 70 pour cent en France et 30 pour cent en Europe. Présent dans 36 pays, il employait quelque 750 personnes dont 350 à Orléans, 100 à Vendôme, 100 à Cergy et 200 à Rueil-Malmaison. Mais les difficultés du secteur de l'électroménager, directement lié au marché immobilier en crise, ont eu raison de ce rescapé. Les ventes de gros électroménager ont reculé de 3,9 pour cent l'an dernier, après une baisse déjà enregistrée en 2023.

Le groupe avait été placé en redressement judiciaire le 1er octobre 2025. Un projet de société coopérative et participative porté par les salariés et soutenu par le groupe Revive représentait le dernier espoir de sauver au moins 370 emplois. L'État avait annoncé un soutien de 5 millions d'euros, la région Centre-Val de Loire et la métropole d'Orléans avaient également promis leur aide, pour un total dépassant les 20 millions d'euros. Mais les banques ne se sont pas positionnées, rendant le projet non viable aux yeux du tribunal.

Les ministres de l'Économie Roland Lescure et de l'Industrie Sébastien Martin ont exprimé leur profonde tristesse, déplorant qu'un fleuron français s'éteigne. Ils ont regretté que malgré les soutiens publics, les autres acteurs indispensables n'aient pas souhaité se positionner pour sauver Brandt, une allusion directe aux établissements bancaires.

Sources :
« Brandt : liquidation judiciaire prononcée, quelque 700 emplois supprimés », AFP, 11 décembre 2025
« Communiqué de presse du ministère de l'Économie et des Finances et du ministère chargé de l'Industrie », Gouvernement, 11 décembre 2025




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