Actualité Médicale

Alzheimer : cette découverte majeure de Stanford passée inaperçue en France

Par | Publié le 28/01/2026 à 07:00

En septembre 2025, des chercheurs de Stanford ont fait une découverte inattendue : une molécule inflammatoire, jusqu'alors considérée comme inactive, emprunte le même chemin que la protéine amyloïde pour détruire les connexions neuronales. Cette convergence de deux mécanismes vers un seul récepteur ouvre une nouvelle piste thérapeutique. Pourtant, aucun média français grand public n'a relayé ces travaux.

Femme âgée au regard absent caractéristique de la maladie d'Alzheimer © SeniorActu
Femme âgée au regard absent caractéristique de la maladie d'Alzheimer © SeniorActu

Ce que l'on savait déjà sur la destruction des neurones

Pour comprendre l'importance de cette découverte, il faut d'abord mesurer l'enjeu. Notre cerveau contient environ 86 milliards de neurones, chacun relié à des milliers d'autres par des synapses, ces minuscules zones de contact où transitent les informations. Dans un seul centimètre cube de tissu cérébral, on dénombre pas moins de 10 000 milliards de connexions. C'est dans ce réseau d'une complexité vertigineuse que se forment nos souvenirs, nos pensées, notre identité.

La maladie d'Alzheimer détruit progressivement ces connexions. Depuis 2013, les travaux de l'équipe de Carla Shatz, professeure de neurobiologie à Stanford, avaient établi un fait majeur : la protéine bêta-amyloïde, principal suspect dans la maladie, se fixe sur un récepteur présent à la surface des neurones appelé LilrB2. Cette liaison déclenche un signal qui ordonne aux cellules d'éliminer leurs propres synapses.

Plus frappant encore : les souris génétiquement modifiées pour ne pas exprimer ce récepteur ne développaient aucun symptôme de la maladie, même en présence de mutations prédisposant normalement à Alzheimer. La piste semblait prometteuse, mais une question restait en suspens : pourquoi les traitements ciblant uniquement l'amyloïde donnaient-ils des résultats si décevants ?

C'est précisément à cette question que répond l'étude publiée en septembre 2025 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

La découverte de 2025 : un second coupable identifié

L'équipe de Stanford a découvert qu'une seconde molécule, totalement distincte de l'amyloïde, utilise exactement la même voie de destruction. Cette molécule, nommée C4d, provient du système inflammatoire, plus précisément de la cascade du complément, un ensemble de protéines impliquées dans la défense immunitaire. Elle était jusqu'alors considérée par les scientifiques comme un simple déchet biologique, sans fonction connue.

Or, les chercheurs ont démontré que C4d se lie au récepteur LilrB2 avec une affinité extrêmement forte, de l'ordre du nanomolaire. Pour mesurer cette puissance de liaison, il faut savoir qu'une telle affinité signifie que même de très faibles quantités de C4d suffisent à activer le récepteur. Injectée dans le cerveau de souris saines, cette molécule provoque à elle seule la destruction massive des synapses.

Les analyses ont également révélé que les niveaux de C4d augmentent naturellement avec l'âge et plus encore chez les patients atteints d'Alzheimer. Dans le cortex cérébral humain, C4d et LilrB2 ont été retrouvés colocalisés au niveau des synapses excitatrices, là même où les dégâts sont les plus importants dans la maladie.

Il existe tout un ensemble de molécules et de voies menant de l'inflammation à la perte des synapses qui n'ont peut-être pas reçu l'attention qu'elles méritent, résume Carla Shatz. La vraie nouveauté de cette étude tient donc en un mot : convergence. Deux mécanismes distincts de la maladie, l'amyloïde et l'inflammation, aboutissent au même point de destruction.

Pourquoi cela remet en question les traitements actuels

Cette découverte éclaire d'un jour nouveau les limites des médicaments anti-amyloïdes actuels. Depuis des années, les laboratoires pharmaceutiques concentrent leurs efforts sur des traitements conçus pour détruire les plaques qui s'accumulent dans le cerveau des malades. Ces médicaments, comme le lecanemab autorisé en Europe en avril 2025, ont montré des résultats modestes avec un ralentissement du déclin cognitif d'environ 27 %, accompagné d'effets secondaires non négligeables.

Or, si l'inflammation emprunte exactement la même voie de destruction que l'amyloïde via le récepteur LilrB2, cibler uniquement les plaques revient à fermer une porte tout en laissant la fenêtre grande ouverte. Les neurones ne sont pas des spectateurs innocents, souligne la chercheuse. Ils participent activement à leur propre destruction.

L'équipe de Stanford propose donc une nouvelle approche : bloquer directement le récepteur LilrB2. En neutralisant ce point de convergence, on pourrait protéger les synapses contre les deux mécanismes de destruction simultanément. Une stratégie d'autant plus pertinente qu'elle ciblerait le problème à sa source, au niveau même des neurones, plutôt que de tenter de nettoyer les dégâts en aval.

Ce que cela change pour les malades et leurs proches

Il serait prématuré d'annoncer un traitement imminent. La recherche fondamentale prend du temps, et les essais cliniques chez l'humain n'ont pas encore débuté pour cette approche ciblant LilrB2. Mais cette découverte renforce l'espoir d'une stratégie thérapeutique plus efficace, notamment pour les 1,4 million de Français vivant avec la maladie d'Alzheimer ou une maladie apparentée. En comptant les proches aidants, ce sont 3,5 millions de personnes directement concernées dans notre pays, selon France Alzheimer.

La perte des synapses constitue l'un des signes les plus précoces de la maladie, bien avant l'apparition des troubles de mémoire visibles. Comprendre comment protéger ces connexions pourrait donc permettre d'intervenir plus tôt, à un stade où les dégâts sont encore réversibles.

En attendant ces avancées, les familles peuvent compter sur les dispositifs d'aide existants. L'allocation personnalisée d'autonomie (APA) permet de financer l'accompagnement à domicile des personnes en perte d'autonomie. En 2026, le montant maximum atteint 2 080,33 euros par mois pour les personnes les plus dépendantes (GIR 1). Cette aide est versée par le conseil départemental et n'est soumise à aucune condition de ressources pour son attribution.

Pour connaître vos droits et entamer les démarches, vous pouvez consulter le portail officiel pour les personnes âgées ou contacter directement les services de votre département.

Sources :
- Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), 18 septembre 2025
- Science, 20 septembre 2013 (étude initiale LilrB2)
- Knight Initiative for Brain Resilience, Stanford University, septembre 2025
- France Alzheimer, septembre 2025
- Pour-les-personnes-agees.gouv.fr, janvier 2026



Chaque vendredi, l'essentiel de l'actualité des seniors dans votre boite mail !
Facebook
X