Droits et aides sociales

ASPA 2026 : l'erreur qui fait perdre 200 € par mois à 300 000 retraités éligibles

Par | Publié le 02/01/2026 à 09:08

Selon la DREES, la moitié des retraités éligibles au minimum vieillesse ne le demandent pas. Principal motif : la peur que leurs héritiers remboursent. Pourtant, avec le nouveau seuil de 108 586 € en 2026, cette crainte est infondée pour l'immense majorité d'entre eux.

Une retraitée rassurée après avoir consulté ses documents administratifs © SeniorActu
Une retraitée rassurée après avoir consulté ses documents administratifs © SeniorActu

50 % des retraités éligibles ne demandent pas cette aide

Les chiffres sont édifiants. Selon une étude de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) publiée en mai 2022, 321 200 personnes seules éligibles au minimum vieillesse ne l'ont jamais demandé. Sur 646 800 bénéficiaires potentiels, à peine la moitié perçoit effectivement l'allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA).

Le manque à gagner est considérable. Ces retraités qui ne font pas valoir leurs droits se privent en moyenne de 205 euros par mois, soit près de 2 500 euros par an. Au total, ce sont entre 790 millions et 1,1 milliard d'euros qui ne sont pas versés chaque année à des personnes qui en auraient pourtant besoin pour boucler leurs fins de mois.

Pourquoi un tel renoncement ? L'enquête de la DREES identifie trois causes principales : la méconnaissance du dispositif, la complexité administrative perçue, et surtout la crainte du recours sur succession. C'est cette dernière raison qui explique le non-recours massif chez les propriétaires de leur logement.

Le seuil de 108 586 € qui change tout en 2026

Depuis la réforme des retraites de 2023, le seuil de récupération sur succession a été considérablement relevé. Alors qu'il était fixé à seulement 39 000 euros avant 2023, il atteint désormais 108 586,14 euros en métropole à compter du 1er janvier 2026. Ce montant est indexé sur l'inflation et augmente donc chaque année.

Concrètement, si le patrimoine net du bénéficiaire au moment du décès (c'est-à-dire ses biens moins ses dettes et frais d'obsèques) reste inférieur à 108 586 euros, les héritiers n'auront strictement rien à rembourser. Pas un centime. Cette règle protège désormais la grande majorité des successions modestes.

Prenons un exemple concret : un retraité propriétaire d'un appartement estimé à 85 000 euros, avec 10 000 euros d'épargne, possède un patrimoine net de 95 000 euros. Il est largement sous le seuil de 108 586 euros. Ses enfants hériteront de l'intégralité de ses biens sans rembourser l'ASPA perçue par leur parent.

Même au-delà du seuil, la récupération reste limitée

Et si le patrimoine dépasse 108 586 euros ? La récupération ne porte alors que sur la fraction qui excède ce seuil, et elle est elle-même plafonnée annuellement. En 2026, ce plafond est fixé à 8 463,42 euros par an pour une personne seule et 11 322,77 euros pour un couple.

Exemple : un bénéficiaire a perçu l'ASPA pendant 10 ans et laisse un patrimoine net de 130 000 euros. La récupération ne peut porter que sur 21 414 euros (130 000 - 108 586). Elle sera par ailleurs limitée par le plafond annuel multiplié par le nombre d'années de versement, sans jamais dépasser le total réellement perçu.

Les héritiers ne sont jamais tenus de rembourser sur leur propre patrimoine. La récupération s'effectue uniquement sur l'actif successoral, avant le partage. Si la succession ne suffit pas à couvrir la dette, le solde est tout simplement abandonné.

Les nouveaux montants de l'ASPA au 1er janvier 2026

L'allocation de solidarité aux personnes âgées est revalorisée de 0,9 % au 1er janvier 2026, conformément à la circulaire Cnav 2025-29 publiée le 22 décembre 2025. Les nouveaux montants garantis sont les suivants :
 
  • 1 043,59 € par mois pour une personne seule (soit 12 523,14 € par an)
  • 1 620,18 € par mois pour un couple (soit 19 442,21 € par an)
L'ASPA fonctionne comme un complément différentiel : elle vient s'ajouter aux autres ressources pour atteindre ce montant plancher. Un retraité percevant 750 euros de pension recevra donc 293,59 euros d'ASPA pour atteindre le plafond de 1 043,59 euros. Ces plafonds constituent également les seuils de ressources à ne pas dépasser pour bénéficier de l'allocation.

Comment vérifier si vous êtes concerné

Pour bénéficier de l'ASPA, plusieurs conditions doivent être réunies. Il faut être âgé d'au moins 65 ans (ou 62 ans en cas d'inaptitude au travail), résider en France de manière stable (au moins 9 mois par an depuis septembre 2023), et disposer de ressources inférieures aux plafonds mentionnés.

Les revenus pris en compte incluent les pensions de retraite, les revenus du patrimoine (avec une évaluation forfaitaire de 3 % sur les placements) et certaines allocations. En revanche, les APL, les prestations familiales et la valeur de la résidence principale ne sont pas comptabilisées dans le calcul des ressources.

La demande s'effectue auprès de sa caisse de retraite (Carsat pour le régime général, MSA pour les agriculteurs). L'attribution est rétroactive au premier jour du mois suivant la demande. Les retraités qui hésitent encore peuvent solliciter un rendez-vous avec un conseiller retraite ou un assistant social pour évaluer leur situation personnelle sans engagement.

ASPA ou minimum contributif : une différence capitale pour vos héritiers

Il ne faut pas confondre l'ASPA avec le minimum contributif (MiCo). Ce dernier concerne les retraités ayant cotisé toute leur carrière mais avec de faibles salaires. Le MiCo, qui atteint 756,29 euros brut par mois en 2026 (ou 903,93 euros en version majorée pour les carrières complètes), n'est jamais récupérable sur succession.

L'ASPA, elle, s'adresse aux personnes n'ayant pas ou peu cotisé, ou dont la pension reste insuffisante malgré le minimum contributif. Elle peut d'ailleurs venir en complément du MiCo si le total des pensions reste sous le plafond de l'ASPA.

Dans ce cas, seule la partie ASPA est potentiellement récupérable, et uniquement si le patrimoine dépasse le seuil de 108 586 euros. Pour la grande majorité des retraités modestes, propriétaires d'un logement de valeur moyenne, cette condition ne sera jamais remplie. Se priver de l'ASPA par crainte de la succession revient souvent à renoncer à 200 euros par mois pour protéger un héritage qui n'est pas menacé.

Sources
- DREES, « Le non-recours au minimum vieillesse des personnes seules », Dossier n°97, mai 2022
- Circulaire Cnav 2025-29 du 22 décembre 2025 relative aux revalorisations au 1er janvier 2026
- Service-public.fr, Allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA), mise à jour décembre 2025
- Conseil supérieur du notariat, « Récupération de l'ASPA sur succession », 2025



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