Aides à domicile

Salaires des aides à domicile : 4e tentative de hausse en un an, la ministre promet mais l'État bloque

Savez vous que l'aide à domicile de votre mère gagne moins que le SMIC ? Celle qui la lève, qui lui fait sa toilette, qui lui prépare son repas du midi voire son ménage, avant de filer chez le voisin d'en face. Elle attend juste une augmentation de 63 euros bruts par mois, et les syndicats comme le patronat sont d'accord pour la lui donner. Sauf que l'État dit non depuis un an.

Blocage salarial des aides à domicile, 4e tentative de hausse rejetée par l'État en 2026 © SeniorActu
Blocage salarial des aides à domicile, 4e tentative de hausse rejetée par l'État en 2026 © SeniorActu

Le même texte, pour la 4e fois

Le 24 mars 2026, cinq jours après le refus officiel du précédent accord salarial, les partenaires sociaux de l'aide à domicile associative ont remis le même texte sur la table. L'avenant 75 reprend mot pour mot l'avenant 72 retoqué : +63 euros brut par mois pour plus de 200 000 salariés, soit 11 points de coefficient en plus sur la grille. Le but n'a pas changé non plus : faire remonter les premiers échelons de salaire au-dessus du SMIC.

Stéphane Garrec, représentant syndical, ne s'en cache pas dans les colonnes des ASH : « Les avenants 68 et 72 étaient déjà des reprises de textes précédents. » C'est donc la quatrième version du même accord que le secteur soumet à l'agrément du ministère de la Santé. Et sans cet agrément, rien ne s'applique. C'est la règle dans cette branche, contrairement à la plupart des autres secteurs où un accord signé entre en vigueur sans feu vert politique.

Un second avenant a été déposé le même jour pour faire passer la prime de transport de 0,38 à 0,40 euro de l'heure. Deux centimes. Pour des femmes qui font 150 à 200 kilomètres par jour avec du gazole à 2,18 euros le litre.

La ministre au chevet, l'État au verrou

Trois jours après ce dépôt, le 27 mars, Camille Galliard-Minier, ministre déléguée à l'Autonomie, a passé une journée en immersion aux côtés de deux auxiliaires de vie. Elle a accompagné des toilettes, des levers, des trajets entre deux domiciles. Son ministère promet que ces échanges « nourriront la mobilisation globale pour les aînés ».

Or c'est la même administration qui a signé huit jours plus tôt l'arrêté de refus. Et le verrou est connu : Départements de France, l'association des conseils départementaux, refuse toute hausse de charge non compensée par l'État. Le surcoût estimé de l'avenant : 145 millions d'euros. Sauf que lors d'un précédent avenant, la CNAM et la CNSA avaient calculé que cette dépense était soutenable par les collectivités. Les départements avaient dit non quand même.

Si comme moi vous avez un parent qui dépend de ces professionnelles du grand âge, le paradoxe est difficile à avaler. D'un côté, une ministre qui découvre leur quotidien. De l'autre, un appareil d'État qui leur refuse 63 euros par mois depuis un an.

Un an de bras de fer pour zéro résultat

La chronologie parle d'elle-même.
 
Avenant 66 Fév. 2025
⚠️
Hausse demandée
+34 € brut/mois → Refusé
Avenant 68 Juil. 2025
⚠️
Hausse demandée
Augmentation générale → Refusé
Avenant 72 Mars 2026
⚠️
Hausse demandée
+63 € brut/mois → Refusé
Avenant 75 Mars 2026
⏱️
Hausse demandée
+63 € brut/mois → En attente


Selon Anne Cousin, directrice de la fédération UNA, 40 % des salaires de la branche restent inférieurs au SMIC. Le rapport El Khomri (2019), toujours cité par l'Inspection générale des affaires sociales, documentait que 17,5 % des aides à domicile vivent sous le seuil de pauvreté, contre 6,5 % pour l'ensemble des salariés. La Fédésap parle d'une quatrième année consécutive sans revalorisation des minima conventionnels.

Le 10 mars 2026, une grève intersyndicale a mobilisé le secteur, un an après celle du 1er avril 2025 qui avait déjà rassemblé le même front. Résultat concret de ces deux journées : rien n'a bougé.

Ce qui se joue dans les prochaines semaines

L'avenant 75 sera examiné dans les semaines qui viennent, mais tout dépendra d'un seul acteur : Départements de France. Si l'association maintient son veto, le ministère suivra comme les trois fois précédentes, et la ministre aura beau avoir fait son immersion, les grilles resteront sous le SMIC.

En attendant, la mécanique tourne. Les structures associatives perdent du personnel au profit de la grande distribution ou de la restauration. Certaines refusent déjà de nouveaux bénéficiaires faute de candidates et pour vos parents, le maintien à domicile repose de plus en plus sur des équipes en sous-effectif, sous-payées et à bout de souffle. Nous sommes tous concernés. L'information à suivre désormais : l'avis de Départements de France sur l'avenant 75.

Ce qu'il faut retenir

  1. L'avenant 75, déposé le 24 mars 2026, reprend mot pour mot l'avenant 72 retoqué cinq jours plus tôt (+63 € brut/mois pour plus de 200 000 salariés).
  2. C'est la 4e tentative de hausse salariale en un an dans l'aide à domicile associative (avenants 66, 68, 72, 75), toutes bloquées par le veto des départements.
  3. La ministre de l'Autonomie a fait une immersion le 27 mars, mais l'agrément dépend de Départements de France, qui bloque depuis février 2025.
  4. Sans compensation de l'État aux départements, le blocage risque de se reproduire, avec des conséquences directes sur le maintien à domicile de vos proches.

 
Sources :
- ASH (Actualités sociales hebdomadaires), 24 mars 2026 (actualisé)
- Le Média Social, 29 mars 2026
- Localtis / Banque des Territoires, 27 mars 2026
- CFDT Santé Sociaux, appel à mobilisation 10 mars 2026
- Fédésap, communiqué du 26 mars 2026


Par | Publié le 04/04/2026 à 17:21

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