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Retraite des femmes : ce trou de 9 400 € par an qui se creuse dès votre premier bulletin de salaire

Par | Publié le 20/05/2026 à 16:19

Vous avez peut-être pensé, ou entendu, que les femmes retraitées étaient mieux loties qu'avant. C'est vrai et faux à la fois. L'écart de pension entre les hommes et les femmes a fondu de 50 % à 38 % en vingt ans. Mais derrière cette progression statistique, un trou de 9 400 € par an sépare encore vos droits de ceux de votre voisin. Et ce trou se construit dès vos premières fiches de paie.

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Retraite des femmes : en moyenne 38% inférieures aux hommes © SeniorActu.com
Retraite des femmes : en moyenne 38% inférieures aux hommes © SeniorActu.com

Une vie de cotisation, 783 € de moins chaque mois

Vous avez cotisé toute votre vie. Vous avez peut-être interrompu votre carrière pour élever vos enfants, parfois travaillé à temps partiel pour les accompagner.

Aujourd'hui, votre pension mensuelle est inférieure de 783 € à celle de votre voisin du même âge. Ce n'est pas une anomalie de calcul, c'est la règle.

Et le plus troublant, c'est que cet écart ne s'est pas creusé à la retraite. Il était déjà inscrit, ligne après ligne, sur vos premières fiches de paie.

Le chiffre noir sur blanc : 1 306 € contre 2 089 €

Le chiffre est posé noir sur blanc dans le Panorama 2025 de la DREES, publié fin juillet dernier.

En 2023, la pension brute moyenne de droit direct des femmes résidant en France s'élève à 1 306 € par mois, contre 2 089 € pour les hommes.

La différence atteint donc 783 € chaque mois, soit près de 9 400 € sur une année complète. Sur une retraite de vingt ans, cela représente l'équivalent du prix d'un appartement modeste en province.

Et cet écart résiste au temps. Il atteignait 50 % en 2004, il s'établit à 38 % en 2023. Une décrue réelle, mais qui s'essouffle.

Évolution de l'écart de pension entre les hommes et les femmes en France de 2004 à 2023, courbe de la pension moyenne masculine et courbe féminine, source DREES Panorama 2025. ÉCART DE PENSION HOMMES-FEMMES Pension brute mensuelle moyenne, source DREES 2025 Différence mensuelle en 2023 entre une femme et un homme retraités 783 € soit 9 400 € par an 2004 2013 2023 Pension moyenne des hommes 2 089 € brut par mois en 2023 Pension moyenne des femmes 1 306 € brut par mois en 2023 L'écart recule, mais le rattrapage s'essouffle 50 % en 2004, 38 % en 2023, stabilisation attendue à 35 % © SeniorActu.com

Pourquoi la décrue de l'écart touche à sa fin

La pente s'aplatit, c'est même devenu le principal argument des défenseurs du système actuel. Sauf que cette amélioration repose sur un facteur unique : la montée du salariat féminin entre les années 1970 et 2000.

Ces générations sont aujourd'hui retraitées ou en passe de l'être. Pour celles qui ont 50 ans en 2026, la mécanique change.

Le rattrapage spontané touche à sa fin. Si rien d'autre n'évolue, l'écart se stabilisera autour de 35 %, et il restera là.

L'écart se construit dès la fiche de paie, pas à la retraite

retraite Hommes/Femmes : 783€/mois de différence, en moyenne..
retraite Hommes/Femmes : 783€/mois de différence, en moyenne..
Notre système de retraite a été calibré sur un modèle de carrière qui n'a jamais été celui de la majorité des femmes : continue, à temps plein, sans interruption. Or à temps de travail strictement identique, les femmes gagnent en moyenne 14,2 % de moins que les hommes selon l'INSEE.

Le différentiel grimpe à 21,8 % dans le secteur privé dès que l'on intègre le temps partiel, très majoritairement féminin (chiffre INSEE 2024). Chaque pour cent perdu sur le salaire se traduit, vingt ans plus tard, par un pour cent perdu sur la pension.

Le mécanisme est implacable : la retraite calcule sur les meilleures années, et les meilleures années sont déjà décotées.

Les enfants, les rustines, et ce que la réforme de 2023 n'a pas réglé

Ajoutez les interruptions de carrière liées aux enfants, et la pente devient une cascade.

Chaque congé maternité, chaque temps partiel d'éducation, chaque année passée à temps réduit pour gérer un parent dépendant retranche des trimestres validés et fait baisser le salaire annuel moyen de référence.

La réforme de 2023 a tenté de poser une rustine. Chaque enfant ouvre désormais huit trimestres de majoration dans le privé, dont quatre au titre de l'éducation, et la mère est garantie d'en conserver au moins deux.

Une avancée, mais qui ne touche pas à la source. Le retard salarial accumulé pendant trente ou quarante ans de vie active n'est pas effaçable rétroactivement.
 

La réversion : un rattrapage qui suppose le décès du conjoint

La pension de réversion vient amortir le choc, mais elle ne le supprime pas.

En l'intégrant aux droits propres, l'écart hommes-femmes recule effectivement de 38 % à 25 %. Une nuance importante, parce que 87 à 88 % des bénéficiaires de réversion sont des femmes.

Sauf que cette mécanique de rattrapage est suspendue à un événement : il faut que le conjoint décède. Une retraite construite sur le veuvage n'est pas une retraite construite sur les droits.

Et lorsque cet événement survient tardivement, voire jamais (pour les femmes célibataires, divorcées sans réversion, ou avec un ex-conjoint encore en vie), l'écart reste intact.

Ce qui reste activable, et ce qui ne l'est plus

Pour la génération qui arrive à la retraite en 2026 et celles qui suivront, l'inéluctable n'est pas total. Quelques leviers existent, à condition de les actionner tôt.

Le premier consiste à vérifier que vos trimestres pour enfants sont bien enregistrés sur votre relevé de carrière, dispositif désormais sécurisé pour les mères. Le deuxième consiste à examiner sans tabou la possibilité d'une épargne retraite personnelle pour combler le différentiel anticipé.

Le troisième, plus difficile à porter individuellement mais décisif collectivement, reste la négociation salariale en cours de carrière. Chaque pour cent gagné sur le salaire vaut, vingt ou trente ans plus tard, son pour cent de pension supplémentaire.

Reste un constat froid : une femme retraitée sur deux perçoit moins de 1 000 € brut par mois, contre 15 % des hommes. Sauf rupture politique, ce ratio ne changera pas significativement avant deux générations.

 
Sources :
- DREES, Les retraités et les retraites - Édition 2025, Panoramas de la DREES Social, juillet 2025
- INSEE Focus n°377, Écart de salaire entre femmes et hommes en 2024, février 2026
- INSEE Focus n°349, Écart de salaire entre femmes et hommes en 2023, mars 2025
- DREES, Le minimum vieillesse - données 2023, décembre 2024
- Réforme des retraites 2023, dispositions relatives aux majorations de trimestres pour enfants

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