Retraite

Retraite : cette proposition du président du COR qui pourrait modifier vos droits

Par | Publié le 02/02/2026 à 16:30 | mis à jour le 13/02/2026 à 10:03

Des millions de retraités pourraient voir leurs conditions de négociation évoluer après une prise de position inédite du président du COR ce lundi. Une proposition qui pourrait modifier l'équilibre entre syndicats, gouvernement et patronat.


Ce qu'il faut retenir

  1. Gilbert Cette, président du Conseil d'Orientation des Retraites (COR), propose de réduire le nombre de syndicats représentatifs de 8 à 3 ou 4 en relevant le seuil d'audience de 8% à 15% ou 20%
  2. Il souhaite aussi reporter temporairement le droit de grève (1 à 3 mois) pendant les négociations professionnelles
  3. Avec un seuil à 15%, seuls 3 syndicats sur 5 resteraient représentatifs au niveau national (CFDT, CGT, FO). La CFE-CGC et la CFTC seraient menacées
  4. Ces propositions interviennent après l'échec du « conclave » sur les retraites en juin 2025, qui n'a abouti à aucune avancée pour les retraités
  5. Le taux de syndicalisation en France est l'un des plus faibles d'Europe : à peine 7,8% dans le secteur privé
Membre du COR tenant un document de travail dans une salle de négociation vide © SeniorActu
Membre du COR tenant un document de travail dans une salle de négociation vide © SeniorActu

Moins de syndicats, des seuils plus élevés : ce que propose Gilbert Cette

Gilbert Cette ne mâche pas ses mots. Invité au micro de BFM Business ce lundi 2 février 2026, le président du Conseil d'Orientation des Retraites (COR), l'organisme chargé d'éclairer le gouvernement sur l'avenir du système de retraites, a dévoilé une série de propositions pour réformer en profondeur le dialogue social en France.

Sa mesure phare : réduire le nombre de syndicats représentatifs. « Il y a aujourd'hui 8 syndicats représentatifs, c'est énorme. Dans les pays où la démocratie sociale fonctionne bien, c'est plutôt 3 ou 4 », affirme l'économiste. Pour y parvenir, il préconise de relever le seuil d'audience syndicale — c'est-à-dire le score minimum qu'un syndicat doit obtenir aux élections professionnelles pour avoir le droit de négocier des accords — de 8% à 15% ou 20%, « afin de pousser à des regroupements et avoir des syndicats plus forts sur le terrain ».

Ces propositions sont détaillées dans son livre Sauver la démocratie sociale, publié le 21 janvier 2026 chez Calmann-Lévy et co-écrit avec les chercheurs Guy Groux et Richard Robert. L'ouvrage dresse un constat sévère : le modèle français de dialogue entre syndicats, patronat et gouvernement — ce qu'on appelle la « démocratie sociale » — fonctionne de plus en plus mal. Selon les auteurs, la France privilégie le conflit plutôt que le compromis, à rebours des modèles nordiques ou allemand.

Reporter le droit de grève et renforcer la place des salariés dans les entreprises

L'économiste ne s'arrête pas à la question du nombre de syndicats. Il propose également de reporter temporairement le droit de grève lorsque des négociations professionnelles sont en cours. « Pendant un, deux ou trois mois, il faut laisser les négociateurs, pour avoir des conditions calmes », souligne-t-il sur BFM Business.

Précision importante : Gilbert Cette insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas d'interdire la grève, mais de la suspendre le temps que les discussions aboutissent. Dans une tribune publiée sur le site Telos, les trois auteurs du livre regrettent d'ailleurs que leurs propositions aient été présentées comme « antisyndicales », alors qu'elles visent selon eux à « renforcer le syndicalisme ».

Troisième volet de ses propositions : mieux intégrer les représentants du personnel dans les conseils d'administration des entreprises, sur le modèle de ce qui existe en Allemagne. Dans ce pays, les salariés participent directement aux décisions stratégiques de leur entreprise, un mécanisme que les spécialistes appellent la « cogestion ». Selon Gilbert Cette, ce renforcement du rôle des salariés dans la gouvernance des entreprises est indissociable d'un syndicalisme plus puissant.

Un seuil à 15% ou 20% : quels syndicats seraient menacés ?

Pour mesurer l'impact concret de cette proposition, il faut distinguer deux chiffres différents. Le score d'audience brut correspond au pourcentage de suffrages qu'un syndicat recueille lors des élections professionnelles. Le poids relatif (aussi appelé « poids pour la négociation ») est recalculé entre les seuls syndicats représentatifs, pour déterminer leur capacité à signer des accords collectifs. Le seuil actuel de 8%, que Gilbert Cette propose de relever, s'applique au score d'audience brut. C'est donc bien ce score brut qu'il faut regarder pour évaluer l'impact de sa proposition. Voici les deux chiffres pour chaque syndicat, issus de l'arrêté du 8 juillet 2025 :
 
CFDT 1er syndicat
📊
Score d'audience brut
26,58%
⚖️
Poids relatif (négociation)
30,88%
Représentatif avec un seuil à 15% ou 20% ?
OUI
CGT 2e syndicat
📊
Score d'audience brut
22,21%
⚖️
Poids relatif (négociation)
25,70%
Représentatif avec un seuil à 15% ou 20% ?
OUI
FO 3e syndicat
📊
Score d'audience brut
14,91%
⚖️
Poids relatif (négociation)
17,27%
⚠️
Représentatif avec un seuil à 15% ou 20% ?
Juste en dessous à 15%, EXCLU à 20%
CFE-CGC Syndicat des cadres
📊
Score d'audience brut
12,95%
⚖️
Poids relatif (négociation)
15,01%
⚠️
Représentatif avec un seuil à 15% ou 20% ?
EXCLU dans les deux cas
CFTC Syndicat chrétien
📊
Score d'audience brut
9,58%
⚖️
Poids relatif (négociation)
11,14%
⚠️
Représentatif avec un seuil à 15% ou 20% ?
EXCLU dans les deux cas

Le constat est plus sévère qu'il n'y paraît. Le seuil de représentativité s'applique au score d'audience brut, pas au poids relatif. À 15%, la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC, 9,58%) et la Confédération Française de l'Encadrement-Confédération Générale des Cadres (CFE-CGC, 12,95%) seraient toutes deux exclues. Force Ouvrière (FO), avec 14,91%, passerait tout juste en dessous du seuil. Seules la Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT, 26,58%) et la Confédération Générale du Travail (CGT, 22,21%) resteraient représentatives sans aucun doute. À 20%, FO serait également exclue, ne laissant que deux syndicats autour de la table.

Après l'échec du conclave : pourquoi cette proposition tombe maintenant

Ces propositions ne tombent pas par hasard. Elles interviennent dans un contexte de crise profonde du dialogue social français. Le 23 juin 2025, le « conclave » sur les retraites — cette longue négociation entre syndicats et patronat voulue par François Bayrou pour tenter d'aménager la réforme Borne de 2023 — s'est soldé par un échec total après quatre mois de discussions.

Les trois syndicats encore présents (CFDT, CFE-CGC et CFTC) et les organisations patronales (Medef, CPME) n'ont trouvé aucun terrain d'entente sur deux points majeurs : la reconnaissance de la pénibilité pour les départs anticipés, et le financement des mesures de justice sociale. Résultat : aucune avancée concrète pour les retraités. L'âge de départ reste à 64 ans, la décote reste fixée à 67 ans, et les promesses sur le calcul favorable des pensions des mères sont restées lettre morte.

C'est précisément ce type de blocage que Gilbert Cette veut éviter à l'avenir. Selon lui, le nombre excessif de syndicats « aboutit à des surenchères » qui empêchent tout compromis. Et les chiffres lui donnent un argument : selon la Direction de l'Animation de la recherche, des Études et des Statistiques (DARES, ministère du Travail), le taux de syndicalisation en France n'était que de 10,3% en 2019 — et à peine 7,8% dans le secteur privé. C'est l'un des taux les plus faibles d'Europe, loin des pays nordiques où plus de la moitié des salariés sont syndiqués.

Autrement dit : des syndicats nombreux mais peu représentatifs de la population active. Un paradoxe que Gilbert Cette résume par cette ambition : avoir « des syndicats plus forts sur le terrain », quitte à en réduire le nombre. Reste à savoir si cette vision sera partagée par les premiers concernés — les organisations syndicales elles-mêmes, qui y voient une menace directe sur leur existence. Le sujet promet d'alimenter le débat dans les semaines à venir, alors que la question des retraites reste au cœur des préoccupations des Français.


Sources :
- BFM Business, entretien avec Gilbert Cette, 2 février 2026
- Orange Actualités / 6Medias, 2 février 2026
- Telos, « Démocratie sociale : la face cachée de la crise politique », Gilbert Cette, Guy Groux, Richard Robert, janvier 2026
- Arrêté du 8 juillet 2025 fixant la liste des organisations syndicales représentatives, Légifrance
- DARES, « Léger repli de la syndicalisation en France entre 2013 et 2019 », février 2023
- France Info, échec du conclave sur les retraites, 24 juin 2025


- Retrouver le livre co-écrit par Gilbert Cette sur Amazon (lien affilié) : Sauver la Démocratie sociale



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