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Un des derniers témoins de l'âge d'or s'est tu
Le monde du jazz vient de perdre l'un de ses derniers colosses. Sonny Rollins s'est éteint lundi 25 mai, dans sa maison de Woodstock, au nord de New York, emportant avec lui une grande voix de l'âge d'or du saxophone.
Au sommet absolu de sa gloire, ce génie de l'improvisation a choisi de tout arrêter. Nous y reviendrons,
Au sommet absolu de sa gloire, ce génie de l'improvisation a choisi de tout arrêter. Nous y reviendrons,
De Harlem au rang de colosse
Tout commence à Harlem, où Walter Theodore Rollins naît le 7 septembre 1930.
Le quartier vit au rythme du jazz, et l'adolescent troque vite le piano pour le saxophone ténor.
Très jeune, il se passionne pour Charlie Parker et Coleman Hawkins, deux maîtres qu'il finira par égaler.
Il enregistre aux côtés de Miles Davis, de Thelonious Monk, de Max Roach, et croise la route de John Coltrane. Très vite, il devient l'une des figures majeures du hard bop, ce jazz nerveux et libre qui débarrasse le genre de ses contraintes.
Sa marque de fabrique tient en un mot : l'improvisation, poussée plus loin que personne avant lui.
En 1956 paraît « Saxophone Colossus », un disque qui entre directement dans l'histoire.
Le surnom lui colle aussitôt à la peau : il sera pour toujours le colosse du saxophone.
À la fin des années 1950, il a déjà gravé une vingtaine d'albums et a acquis la stature d'un maître.
Le quartier vit au rythme du jazz, et l'adolescent troque vite le piano pour le saxophone ténor.
Très jeune, il se passionne pour Charlie Parker et Coleman Hawkins, deux maîtres qu'il finira par égaler.
Il enregistre aux côtés de Miles Davis, de Thelonious Monk, de Max Roach, et croise la route de John Coltrane. Très vite, il devient l'une des figures majeures du hard bop, ce jazz nerveux et libre qui débarrasse le genre de ses contraintes.
Sa marque de fabrique tient en un mot : l'improvisation, poussée plus loin que personne avant lui.
En 1956 paraît « Saxophone Colossus », un disque qui entre directement dans l'histoire.
Le surnom lui colle aussitôt à la peau : il sera pour toujours le colosse du saxophone.
À la fin des années 1950, il a déjà gravé une vingtaine d'albums et a acquis la stature d'un maître.
Deux ans seul sur un pont de New York
C'est alors qu'il fait l'impensable : à l'été 1959, en pleine ascension, Sonny Rollins quitte la scène, sans explication ni adieu.
Il ne se sent plus à la hauteur de sa propre légende et préfère se taire plutôt que se répéter. Beaucoup, à l'époque, le croient fini.
La vérité est tout autre. Loin d'avoir renoncé, il s'est lancé dans la quête la plus exigeante de sa vie.
Il habite alors un petit appartement du Lower East Side, à Manhattan. Pour ne pas gêner ses voisins, il prend l'habitude de monter répéter sur le pont Williamsburg, ce colosse d'acier qui enjambe l'East River.
Là-haut, face au fleuve, il joue seul, des heures durant, par tous les temps et toutes les saisons. Le seul moyen de l'entendre, à cette époque, est de passer sur ce pont.
L'isolement du lieu et son acoustique particulière deviennent son atelier à ciel ouvert. Aujourd'hui encore, une campagne réclame que le pont porte son nom.
Pendant cette longue parenthèse, il se met au yoga, arrête de fumer, se plonge dans les textes spirituels. Quand il redescend enfin, en novembre 1961, c'est un homme transformé.
De cette retraite naîtra « The Bridge », paru en 1962 et intronisé au Grammy Hall of Fame en 2015. Le pont n'était plus un décor : il était devenu le titre de sa renaissance.
Il ne se sent plus à la hauteur de sa propre légende et préfère se taire plutôt que se répéter. Beaucoup, à l'époque, le croient fini.
La vérité est tout autre. Loin d'avoir renoncé, il s'est lancé dans la quête la plus exigeante de sa vie.
Il habite alors un petit appartement du Lower East Side, à Manhattan. Pour ne pas gêner ses voisins, il prend l'habitude de monter répéter sur le pont Williamsburg, ce colosse d'acier qui enjambe l'East River.
Là-haut, face au fleuve, il joue seul, des heures durant, par tous les temps et toutes les saisons. Le seul moyen de l'entendre, à cette époque, est de passer sur ce pont.
L'isolement du lieu et son acoustique particulière deviennent son atelier à ciel ouvert. Aujourd'hui encore, une campagne réclame que le pont porte son nom.
Pendant cette longue parenthèse, il se met au yoga, arrête de fumer, se plonge dans les textes spirituels. Quand il redescend enfin, en novembre 1961, c'est un homme transformé.
De cette retraite naîtra « The Bridge », paru en 1962 et intronisé au Grammy Hall of Fame en 2015. Le pont n'était plus un décor : il était devenu le titre de sa renaissance.
Ce que ce pont nous apprend, à nous
Voilà pourquoi, je crois, cette histoire dépasse le simple hommage.
Sonny Rollins n'a pas fui par lassitude : il a reculé pour mieux avancer, au moment précis où tout le monde lui disait de foncer. Et il a continué, longtemps après.
Médaille nationale des arts reçue des mains de Barack Obama en 2010, solo de saxophone offert aux Rolling Stones, concerts donnés bien au-delà de ses 80 ans, jusqu'à une retraite prise seulement en 2014.
Beaucoup d'entre vous l'ont peut-être vu sur les scènes françaises, lui qui a longtemps fait vibrer les grands festivals de l'Hexagone. La maladie, des troubles respiratoires tenaces, a fini par lui interdire de jouer.
Cette longévité-là n'a rien d'anecdotique. Elle dit qu'on peut douter, s'arrêter, et repartir de plus belle à un âge où beaucoup s'estiment déjà rangés. Comme beaucoup, il a connu le doute en plein cœur de la réussite. Sauf que lui a osé s'arrêter, écouter, puis recommencer, et c'est exactement ce qui force le respect.
Salué dans le monde entier, de la presse américaine aux médias français comme France Info, il laisse derrière lui plus de soixante albums et une citation de 2009 où il confiait croire que l'artiste, une fois parti, « continue dans l'existence suivante ».
Reste l'image de ce pont au-dessus de l'East River, où un homme au sommet de tout a eu le courage de redevenir un débutant. Et si c'était ça, au fond, le vrai génie ?
Sonny Rollins n'a pas fui par lassitude : il a reculé pour mieux avancer, au moment précis où tout le monde lui disait de foncer. Et il a continué, longtemps après.
Médaille nationale des arts reçue des mains de Barack Obama en 2010, solo de saxophone offert aux Rolling Stones, concerts donnés bien au-delà de ses 80 ans, jusqu'à une retraite prise seulement en 2014.
Beaucoup d'entre vous l'ont peut-être vu sur les scènes françaises, lui qui a longtemps fait vibrer les grands festivals de l'Hexagone. La maladie, des troubles respiratoires tenaces, a fini par lui interdire de jouer.
Cette longévité-là n'a rien d'anecdotique. Elle dit qu'on peut douter, s'arrêter, et repartir de plus belle à un âge où beaucoup s'estiment déjà rangés. Comme beaucoup, il a connu le doute en plein cœur de la réussite. Sauf que lui a osé s'arrêter, écouter, puis recommencer, et c'est exactement ce qui force le respect.
Salué dans le monde entier, de la presse américaine aux médias français comme France Info, il laisse derrière lui plus de soixante albums et une citation de 2009 où il confiait croire que l'artiste, une fois parti, « continue dans l'existence suivante ».
Reste l'image de ce pont au-dessus de l'East River, où un homme au sommet de tout a eu le courage de redevenir un débutant. Et si c'était ça, au fond, le vrai génie ?
Sources :
- France 24, 26 mai 2026
- France Info, 26 mai 2026
- Rolling Stone, 25 mai 2026
- Communiqué officiel de Sonny Rollins (compte X), 25 mai 2026
- Henri Selmer Paris, Sonny Rollins Bridge Project
- France 24, 26 mai 2026
- France Info, 26 mai 2026
- Rolling Stone, 25 mai 2026
- Communiqué officiel de Sonny Rollins (compte X), 25 mai 2026
- Henri Selmer Paris, Sonny Rollins Bridge Project


