Retraite

Budget 2026 : retraites, CSG, réversion — ce qui change pour vous

Par | Publié le 09/12/2025 à 20:49 | mis à jour le 11/12/2025 à 16:19

Le budget de la Sécurité sociale 2026 a été adopté ce 9 décembre par l'Assemblée nationale. Suspension de la réforme des retraites jusqu'en 2028, gel des pensions rejeté, calcul plus avantageux pour les mères : on fait le point sur les mesures qui concernent plus spécifiquement les seniors et futurs retraités.

Sébastien Lecornu, Premier ministre © Antonin Albert/Shutterstock
Sébastien Lecornu, Premier ministre © Antonin Albert/Shutterstock

La réforme des retraites suspendue jusqu'en 2028

La mesure phare de ce budget concerne la suspension de la réforme des retraites adoptée en 2023. Concrètement, la marche vers l'âge légal de départ à 64 ans est gelée jusqu'en janvier 2028. Cette pause bénéficie aux générations nées entre 1964 et 1968, qui pourront partir à la retraite un trimestre plus tôt que prévu initialement par la réforme dite Borne.

Pour la génération 1964, qui sera la prochaine à atteindre l'âge de la retraite, l'âge légal de départ est maintenu à 62 ans et 9 mois, au lieu des 63 ans prévus par la réforme de 2023. La durée d'assurance requise pour bénéficier du taux plein est également réduite à 170 trimestres, contre 171 trimestres initialement. Les personnes nées au premier trimestre 1965 bénéficient des mêmes conditions que la génération 1964.

Pour les générations suivantes, le calendrier est décalé d'un trimestre. Les personnes nées en 1965 (à partir d'avril) partiront à 63 ans avec 171 trimestres requis. Celles nées en 1966 partiront à 63 ans et 3 mois, celles de 1967 à 63 ans et 6 mois, et celles de 1968 à 63 ans et 9 mois. Seules les générations nées à partir de 1969 resteront soumises à l'âge légal de 64 ans tel que prévu par la réforme initiale.

Selon les estimations du ministère du Travail et des Solidarités, cette suspension concernera environ 650 000 assurés au total. Le coût de cette mesure est évalué à 300 millions d'euros en 2026 et à 1,9 milliard d'euros en 2027.

Le gel des pensions de retraite rejeté

Le projet de loi initial du gouvernement prévoyait le gel de l'ensemble des pensions de retraite et des prestations sociales pour 2026, une mesure qui devait générer environ 3 milliards d'euros d'économies. Les députés ont rejeté cette disposition, tant en première qu'en nouvelle lecture. Les pensions de retraite seront donc revalorisées en 2026 conformément aux règles habituelles d'indexation sur l'inflation.

Cette décision représente un soulagement pour les 17 millions de retraités français, qui auraient subi une perte de pouvoir d'achat significative en cas de gel. L'abattement fiscal de 10 % sur les pensions, plafonné à 4 397 euros par foyer, est également maintenu. Une mesure de remplacement par un forfait de 2 000 euros, qui aurait pénalisé de nombreux retraités, a été écartée par les parlementaires.

Par ailleurs, les minima sociaux, dont l'allocation de solidarité aux personnes âgées, continueront d'être revalorisés. L'allocation de solidarité aux personnes âgées devrait atteindre environ 1 012 euros par mois pour une personne seule en 2026.

Des avancées pour les carrières des mères

Le texte adopté contient plusieurs mesures destinées à mieux valoriser les carrières des femmes, et plus particulièrement des mères de famille. Actuellement, les femmes perçoivent en moyenne des retraites inférieures de 38 % à celles des hommes, un écart qui s'explique notamment par les interruptions de carrière liées à la maternité et à l'éducation des enfants.

Une première mesure modifie le calcul du salaire annuel moyen servant de base à la pension de retraite. Actuellement fondé sur les 25 meilleures années de revenus, ce calcul sera réduit à 24 années pour les mères d'un enfant et à 23 années pour les mères de deux enfants ou plus. Cette disposition permet d'écarter les années les moins rémunératrices, souvent liées aux périodes de congé maternité ou de temps partiel. Selon le gouvernement, cette mesure pourrait augmenter le montant des retraites de base des mères de famille de 50 % en moyenne.

Une seconde mesure facilite l'accès au dispositif de retraite anticipée pour carrière longue. Les trimestres accordés au titre de la maternité, de l'adoption ou de l'éducation d'un enfant pourront désormais être pris en compte dans le calcul de la durée d'assurance requise, dans la limite de deux trimestres par enfant. Cette évolution permettra à certaines femmes d'atteindre plus rapidement le nombre de trimestres nécessaires pour bénéficier d'un départ anticipé. Environ 13 000 femmes nées à partir de 1970 devraient en bénéficier. L'application de ces mesures est prévue à partir de septembre 2026.

Les mutuelles mises à contribution

Le gouvernement a obtenu l'adoption d'une taxation exceptionnelle des organismes complémentaires de santé, à hauteur d'un milliard d'euros pour 2026. Cette contribution, fixée au taux de 2,25 % des cotisations collectées, pourrait avoir des répercussions sur le montant des cotisations demandées aux assurés. Les retraités, qui consacrent une part importante de leur budget aux dépenses de santé et aux complémentaires, pourraient être particulièrement concernés par d'éventuelles hausses de tarifs.

En revanche, le gouvernement a renoncé au doublement des franchises médicales initialement envisagé. Ces participations forfaitaires, qui restent à la charge des patients sur les boîtes de médicaments ou les consultations, ne seront donc pas augmentées. Cette décision constitue un soulagement pour les personnes âgées, qui sont les premières concernées par ces restes à charge en raison de leur consommation plus élevée de soins.

Un parcours parlementaire encore inachevé

Le texte adopté par l'Assemblée nationale doit encore effectuer un passage au Sénat, prévu dès vendredi 12 décembre. La chambre haute, qui avait supprimé la suspension de la réforme des retraites lors de la première lecture, devrait à nouveau modifier le texte. Un retour à l'Assemblée nationale sera ensuite nécessaire pour une adoption définitive, le gouvernement pouvant alors donner le dernier mot aux députés.

Ce budget de la Sécurité sociale pour 2026 prévoit un déficit de 19,6 milliards d'euros, selon la ministre de la Santé Stéphanie Rist. Les dépenses de la branche vieillesse sont fixées à plus de 307 milliards d'euros. Le débat sur le financement à long terme du système de retraite reste ouvert, les partenaires sociaux étant chargés de formuler des propositions d'ici la fin du mois de mai 2026.

Sources :
« Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 », Vie-publique.fr, 9 décembre 2025
« Projet de loi : les mesures envisagées », L'Assurance retraite, 13 novembre 2025



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