Assurances et Mutuelles

Mutuelle : pourquoi votre cotisation a grimpé après 70 ans alors qu'une loi l'interdit en 2026

Par | Publié le 01/06/2026 à 11:18

Une loi votée en décembre interdit toute hausse des complémentaires santé en 2026. Sur le papier, votre cotisation ne devait pas bouger d'un centime. Et pourtant, près de 99 % des assurés interrogés ont vu la leur augmenter. Après 70 ans, la note grimpe encore plus vite que les autres.

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Retraité appelant sa mutuelle santé © SeniorActu.com
Retraité appelant sa mutuelle santé © SeniorActu.com

Une loi censée tout geler

La promesse était claire. L'article 13 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, adopté en décembre 2025, pose un principe sans ambiguïté : aucune cotisation de complémentaire santé ne peut dépasser son niveau de 2025.

Le but était d'empêcher que la nouvelle taxe imposée aux mutuelles, une contribution exceptionnelle d'environ un milliard d'euros, ne retombe sur les assurés. Le législateur a donc gelé les tarifs pour toute l'année.

Sauf que le gel n'a tenu nulle part. Entre janvier et mars 2026, l'association Que Choisir Ensemble, ex-UFC-Que Choisir, a recueilli plus de 4 000 témoignages d'assurés, dont 3 067 assez complets pour être chiffrés.

Le verdict est tombé sans appel : 98,52 % des répondants ont vu leur cotisation augmenter malgré l'interdiction.

Pourquoi l'âge fait flamber la note

Si la hausse frappe tout le monde, elle frappe les plus âgés deux fois plus fort. La mécanique est connue, et la Drees l'a chiffrée : entre 2019 et 2021, la prime d'un contrat individuel a grimpé de 7 % à 60 ans, de 10 % à 75 ans et de 12 % à 85 ans.

Autrement dit, plus vous avancez en âge, plus la pente s'accentue. La même institution établit qu'un assuré de 75 ans paie deux à quatre fois plus qu'un assuré de 20 ans pour des garanties équivalentes.

Les montants parlent d'eux-mêmes. Que Choisir rappelle que les plus de 66 ans déboursent souvent plus de 1 500 euros par an pour être correctement couverts.

Deux raisons à cela. D'abord la consommation de soins, qui augmente mécaniquement avec l'âge.

Ensuite la disparition de la part employeur. Tant que vous travailliez, votre entreprise réglait au moins la moitié de votre complémentaire, mais à la retraite vous payez seul la totalité, sur un revenu qui a lui-même baissé.

Le poids devient vite lourd. La Drees calcule que les dépenses de santé, prélèvements et primes compris, absorbent 14 % du revenu des retraités les plus modestes, un niveau aussi élevé que chez les actifs modestes.

Le tour de passe-passe des organismes

Comment une cotisation peut-elle grimper quand la loi l'interdit ? C'est tout le cœur de l'enquête de Que Choisir, et la réponse tient en un constat : la quasi-totalité des organismes a passé outre.

Sur les répondants, 91,7 % n'ont obtenu aucune régularisation de leur tarif. Les complémentaires les plus citées sont aussi les plus importantes du marché : Harmonie Mutuelle, MGEN, Apicil et Groupama arrivent en tête des signalements.

Côté hausses les plus fortes, le palmarès diffère. April affiche l'augmentation moyenne la plus élevée, à plus de 195 euros par an, devant Apicil avec près de 170 euros et Groupama avec près de 116 euros.

La plupart des organismes assument, avançant que leurs tarifs avaient été décidés avant le vote définitif de la loi. La situation est devenue si confuse que la ministre de la Santé a saisi le Conseil d'État pour qu'il tranche sur la validité du gel, et en attendant, vous restez le seul à éponger la différence.

Deux leviers pour reprendre la main

Face à cette dérive, vous n'êtes pas démuni, et le premier levier est gratuit. Depuis le 1er décembre 2020, la résiliation infra-annuelle vous autorise à quitter votre mutuelle à tout moment passé la première année, sans frais ni justificatif.

La démarche prend effet un mois après notification, et votre nouvel assureur peut même s'en charger à votre place. Les sommes déjà versées au-delà de la couverture réelle vous sont remboursées sous trente jours.

Le second levier, c'est la mise en concurrence. À garanties égales, l'écart de prix entre deux contrats dépasse souvent 20 %, et une comparaison sérieuse peut alléger la facture de plusieurs centaines d'euros par an.

Reste un piège à éviter. Inutile de payer pour des remboursements dentaires ou optiques à 300 % si vous n'en avez pas l'usage : la bonne complémentaire après 70 ans n'est pas la plus chargée, c'est celle qui colle à vos soins réels.

L'aide que la moitié des ayants droit oublient

Il existe enfin une aide que beaucoup de retraités modestes laissent filer, faute de la connaître. La complémentaire santé solidaire, ou C2S, prend en charge vos dépenses de santé sans avance de frais, pour une cotisation dérisoire comparée au marché.

Le principe est simple. Sous un certain plafond de ressources, elle est gratuite ; juste au-dessus, elle coûte au maximum 1 euro par jour et par personne.

Pour les 70 ans et plus, la participation plafonne à 30 euros par mois, là où une mutuelle senior classique dépasse souvent les 150 euros.

Le seuil de gratuité a été relevé au 1er avril 2026, ce qui élargit le nombre d'ayants droit. Vous pouvez vérifier votre éligibilité et faire la demande sur le site service-public.gouv.fr.

Le hic, c'est que cette aide reste massivement sous-utilisée. La Drees estimait que près de la moitié des personnes éligibles ne la réclamaient pas, souvent par méconnaissance ou par crainte d'une démarche compliquée.

Le gel des tarifs devait protéger votre pouvoir d'achat en 2026. En pratique, c'est à vous de jouer de vos droits pour qu'il ne reste pas une promesse sur le papier.

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