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Retraites : Daniel Percheron, sénateur du Pas-de-Calais, accuse le gouvernement de mentir

Le gouvernement prétend mettre une oeuvre une réforme des retraites qui résoudra définitivement leur financement. Il vous ment. Ce projet n'est qu'une série d'ajustements comptables qui ne font que reporter le problème à... 2018, estime le sénateur PS du Pas-de-Calais dans un communiqué.


Après avoir siphonné le fonds de réserve des retraites mis en place par Lionel Jospin et Martine Aubry pour éviter de faire porter nos dettes sur les générations futures, la droite doit trouver d'autres ressources pour assurer le financement du système par répartition.

N'hésitant pas à être injuste, le gouvernement se refuse à toucher aux revenus du capital, qui prennent pourtant une part croissante dans le partage des richesses, ou au niveau des pensions. Il lui reste donc deux leviers d'action : le premier est la durée de cotisation, le second est le niveau de cotisation. Il a décidé de jouer sur le premier... et se réserve le second pour plus tard.

En reculant l'âge de départ en retraite à 62 ans et l'âge de départ à taux plein à 67 ans, le gouvernement n'ouvre pas la possibilité de travailler plus, contrairement à ce qu'il dit ; il ferme la possibilité de partir plus tôt pour ceux qui ont cotisé les annuités nécessaires. Il voudrait nous faire croire qu'il prend en compte la pénibilité du travail, mais en exigeant des travailleurs qu'ils atteignent un taux d'invalidité fixe pour leur reconnaître le droit à partir plus tôt, il méconnait le concept même de pénibilité, qu'il assimile à de l'invalidité. Demain, verra-t-on des ouvriers se blesser volontairement pour pouvoir partir en retraite comme les quelques malheureux qui se blessaient volontairement pour éviter d'être envoyés au front pendant la Grande Guerre ?

Plus grave encore, il feint d'ignorer la différence d'espérance de vie à 60 ans entre un ouvrier et un cadre -elle est de sept ans- et l'espérance de vie en bonne santé, qui n'est que de 59 ans si vous êtes ouvrier alors qu'elle est de 69 pour les cadres.

Des sacrifices sont nécessaires pour préserver le système, tous les gens sérieux en conviennent. Encore faudrait-il que ceux-ci soient équitables. Le gouvernement refuse de prendre en compte la pénibilité et restreint le nombre de carrières longues prises en compte. Il a rejeté le maintien d'une retraite sans décote à 65 ans pour toute personne ayant suspendu sa carrière pour élever un enfant ou soigner un parent, limitant cette possibilité à certaines mères de trois enfants, malgré les propositions y compris au sein de son camp. Il oublie qu'année après année, les rapports de la Halde confirment la triste réalité de l'inégalité salariale entre hommes et femmes, heureusement en réduction constante. Inégaux dans l'activité professionnelle, doivent-ils également être inégaux face à la retraite ?

Enfin, à chaque étape de son projet, le gouvernement a fait preuve d'une brutalité sans précédent. Alors que certains de nos voisins ont organisé des débats nationaux qui s'étalaient parfois sur plusieurs années, notre gouvernement a choisi de mépriser les partenaires sociaux et d'expédier un projet de loi au coeur de l'été.

A l'Assemblée nationale, il s'est montré inflexible et n'a pas hésité à faire pression sur le président de cette assemblée pour qu'il en profane le règlement, pourtant favorable à la majorité. En effet, il est possible au gouvernement de limiter le temps de débats, non en vertu de la longueur du texte ou du nombre d'amendements en discussion mais en fonction de son bon plaisir. Il lui suffisait donc d'attendre que le temps soit écoulé. Cela n'allait pas encore assez vite et M. Accoyer, sans le moindre respect pour sa fonction, a empêché les députés de l'opposition de s'exprimer pour expliquer leur vote.

Au Sénat, nous promettait-on, on entendrait une autre musique : l'UMP n'y a qu'une majorité relative et les dispositions relatives au temps de parole y sont plus souples. Après une semaine de discussion, les masques sont tombés. L'opposition ne demandait pas des avancées du gouvernement : avec un texte pareil, elle les sait illusoires. Tout au moins espérait-on limiter la casse. Le gouvernement ne lâchera rien, n'hésitant pas à bouleverser l'ordre de discussion des articles à la dernière minute pour s'assurer que la présence des membres de son camp, peu motivés et marchant à la godille.

Dans quelques jours, c'en sera fini du débat parlementaire. Il n'y aura pas de seconde lecture par les chambres, processus législatif normal. Pourquoi une telle hâte gouvernementale ? Pour une raison très simple : le gouvernement sait que le relèvement de l'âge de départ en retraite est inacceptable. Le gouvernement sait que la mobilisation populaire ne faiblira pas. Le gouvernement sait que la situation sociale de la France est explosive et que ceci pourrait être l'étincelle qui embrasera le pays. Le président fait le calcul qu'en faisant passer ses dispositions suffisamment rapidement, un remaniement ministériel suffira à apaiser la juste indignation des manifestants.

Ce ne sont pourtant pas les hommes au pouvoir qui sont en question, ce sont les politiques qu'ils appliquent. Le droit de partir en retraite à 60 ans, Pierre Mauroy l'a rappelé la semaine dernière dans l'hémicycle, est un droit « fondamental, (...) qui restera dans l'histoire sociale de la France (...). Une ligne de vie, une ligne de combat ». Face à cela, le gouvernement présente un texte inefficace, injuste, inéquitable et brutal.


Publié le Vendredi 22 Octobre 2010 dans la rubrique Chroniques | Lu 1467 fois