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Retraite : sortir de l’ornière (partie 3), chronique de Serge Guérin

Nous terminons cette semaine, ce triple regard sur l’enjeu du débat sur les retraites. Encore une fois, insistons pour le faire sortir du cadre : la question des retraites est une fausse problématique. L’enjeu de la retraite touche fondamentalement d’abord au rapport au travail et plus largement, aux choix collectifs que nous décidons de faire.


La contribution au bien-vivre et au vivre ensemble ne peut se mesurer seulement par l’activité économique et productive : l’investissement sociétal contribue aussi à l’enrichissement des liens sociaux, des solidarités informelles, des territoires…

Il importe de renouveler nos catégories de pensée et sortir les retraités, en particulier, de la relégation dans la zone des inactifs.

Une approche possible consiste à rechercher une traduction monétaire des actions de bénévolat. Mais cette approche reste réductrice et ne met pas en avant la diversité des formes de solidarité de proximité et le lien social qui en est le produit. Il s’agit de valoriser la diversité des modes d’intervention sociale et les différentes mesures de l’utilité collective de l’action individuelle.

Faut-il aussi rappeler que le maintien de cette distinction actif/inactif, en ne prenant en compte que le travail « actif », produit de fait une dévalorisation des femmes, qui continuent d’assumer la grande majorité des tâches domestiques et de l’accompagnement des enfants ou de parents fragilisés.

Le travail domestique, encore majoritairement dévolu aux femmes, échappe de fait à la comptabilité de l’activité. Or, qui peut oser dire que ces activités domestiques, qui sont aussi des activités productrices de lien et d’inclusion sociale absolument nécessaires à l’équilibre d’un foyer comme d’une communauté, n’ont pas une utilité extrême ? Ne pas en prendre la mesure, c’est aussi ne pas agir pour améliorer encore les conditions de la conciliation de la vie professionnelle et de la vie personnelle et de leur prise en compte par les entreprises.

Globalement, on peut considérer que nous travaillons en moyenne 9% de notre temps de vie total, sur quarante années d’activité et avec une espérance de vie de 80 ans. Ce temps d’activité humaine serait la seule période de contribution des personnes à la communauté, à l’autre ? Impossible de faire une liste exhaustive des aides apportés par les « inactifs » de toutes sortes, enfants, jeunes, femmes au foyer ou encore retraités, à leurs voisins ou à leurs amis.

Les mots ne sont jamais neutres et traduisent un jugement, des représentations d’une situation. Il serait donc temps, là aussi, de changer les images, d’aider à moderniser les regards et les références. La participation à la vie sociale et à la création de richesses ne se réduit pas à l’emploi salarié ou non.

L’utilité peut s’entendre selon deux approches : l’utilité pour soi, au sens de la contribution à son propre développement et à l’estime de soi, et l’utilité sociale qui doit servir aux autres, à la collectivité. L’acte d’aider, n’est pas un acte seulement gratuit dans la mesure où, en retour, il créé une relation plus riche entre l’aidant et son environnement.

Le calcul de la croissance annuelle ou la mesure de la richesse ne rendent pas compte des réalités et du rôle des acteurs dans l’amélioration de la vie quotidienne. Plus la révolution démographique et sociale se développe et moins la dichotomie actif/inactif a de sens.

La valorisation du bénévolat et du volontariat (comme chez les sapeurs pompiers), et plus globalement de l’implication sociale et environnementale des personnes, y compris celles réputées inactives, est un enjeu essentiel pour dépasser les questions stériles autour du financement de la retraite.

In fine, la question de la retraite peut se penser dans l’optique d’une société plus coopérative, plus sensible aux besoins des personnes, et plus accompagnante.

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Vient de publier, De l’Etat Providence à l’état accompagnant
Editions Michalon
Retraite : sortir de l’ornière (partie 3), chronique de Serge Guérin


Publié le Lundi 17 Mai 2010 dans la rubrique Chroniques | Lu 1544 fois