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Réforme des retraites : refusons la démolition de notre modèle social, tribune d’André Gerin*

Monsieur le Ministre, a-t-on le droit d'avoir des droits ? Si je vous écoute, la réponse est oui, si cela ne coûte pas trop cher. Des dates historiques demeurent présentes dans la conscience collective populaire : 1936, le Conseil national de la Résistance, mai et juin 1968, la retraite à 60 ans, les 35 heures.


Autant de moments ou d'événements au cours desquels les droits n'ont pas été des coûts, mais des investissements, pas des avantages acquis mais des progrès de la civilisation. Et chaque fois elles ont constitué de nouveaux départs pour la France, les conditions d'une prospérité nouvelle.

Décidément, la droite ne change pas sauf à se parer de vertus réformatrices qui sont, en réalité, une volonté de démolition d'un modèle social qui a fait ses preuves.

C'est l'exigence de redistribution sociale imposée à la Libération que vous attaquez, de réforme en réforme, au nom d'une société injuste, inégalitaire, dans laquelle ne prévalent que les privilèges du grand capital et de la finance, lesquels rêvent d'un système de retraites par capitalisation pour s'enrichir encore un peu plus. A mesure que le système par répartition est amputé, c'est ce scénario qui se profile.

Vous nous servez l'exemple des pays européens. Vous nous proposez finalement une sorte de collectivisme à l'européenne. J'ai entendu hier : « Staliniens ».

Laissez-moi vous dire qu'à l'heure de livrer la France à Hitler, il valait mieux alors être aux côtés des Résistants, de De Gaulle, de Staline pour combattre Pétain et Laval.

Il vaut mieux aujourd'hui être du côté de ceux pour qui les droits ne sont pas des charges mais des progrès indispensables à la prospérité du pays plutôt que de nous imposer ce brouet européen incolore, inodore et sans saveur, synonyme de précarité, de bas salaires, de chômage, au nom de la rentabilité et de la finance.

Je vais vous dire maintenant ce qui plombe le système des retraites si habilement conçu à la Libération.

Il reposait sur une répartition des richesses entre le capital et le travail. Or, que constatons-nous ?

Le pouvoir d'achat des salaires, les pensions ne cessent de se réduire dans leur rapport au PIB. Les salariés sont ponctionnés sans cesse davantage tandis que le capital voit ses contributions sans cesse revues à la baisse. La précarité étend ses ravages ; le chômage des jeunes est massif ; l'insécurité sociale généralisée s'installe. Le coût en est considérable.

A l'arrivée, ce sont des dizaines de milliards d'euros en moins chaque année. Pourquoi n'en parlez-vous pas, surtout quand la Cour des comptes ne cesse de répéter que ces cadeaux au capital ne servent à rien, en tout cas pas l'emploi, mais sans doute les actionnaires ?

Et à quelles conséquences a conduit l'abandon de la politique industrielle de la France depuis Valéry Giscard d'Estaing, ce que j'appelle le pétainisme industriel.

La part de la richesse industrielle dans le PIB est de 10 % inférieure à celle de l'Allemagne.
Ce sont à la clé des milliers d'emplois sacrifiés et les plans sociaux qui pleuvent, aggravant chaque jour cette dérive.

Le coût pour notre système de retraites, et plus généralement de protection sociale, est énorme.

Le problème avec vous, c'est que la société dont vous rêvez constitue une terrible régression, une marche en arrière de la civilisation.

Pour vous, il faut raisonner avec les dogmes du marché, de la rentabilité à tout prix, avec la dictature du moindre coût.

A l'inverse, nous pouvons imaginer qu'avancent d'un même pas progrès social et progrès économique au service de la promotion des hommes.

Nous pouvons envisager une rentabilité, une compétitivité, un niveau de productivité qui ne dépendent pas des humeurs du marché ou des ogres de la finance.

C'est la question du socialisme qui pointe à nouveau.

Ainsi, nous pouvons faire travailler davantage les machines avec un outil de travail flexible.
Osons des activités nouvelles après 60 ans. Il y a tant de choses à faire pour transmettre les savoir-faire, les métiers, pour humaniser la société. Généralisons le travail et la formation par alternance dès l'âge de 16 ans sans toucher au droit à la retraite à 60 ans. Dès la première activité, déclenchons le financement des retraites, de l'ouvrier à l'ingénieur ou au polytechnicien.

C'est bien évidemment trop vous demander, vous qui demeurez accroché à une vision de la société qui n'a plus cours aujourd'hui.

*André Gerin, député de la 14ème circonscription du Rhône. Communiste et républicain


Publié le Lundi 13 Septembre 2010 dans la rubrique Chroniques | Lu 838 fois