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Réforme des retraites : pénibilité n'est pas invalidité, tribune de Michel Teston, sénateur PS de l’Ardèche

Selon le Petit Robert, est pénible ce qui donne de la peine, de la fatigue, ce qui se fait avec difficulté ou encore ce qui est difficile moralement. Toujours d'après ce dictionnaire, est invalide celui qui n'est plus en état de mener une vie active, de travailler, du fait de sa mauvaise santé ou de ses blessures. Ces définitions marquent clairement la différence entre la pénibilité et l'invalidité.


Résumer la définition d'un travail pénible à un taux d'invalidité constaté, comme le fait le projet de loi, est très loin de permettre de prendre en compte la pénibilité du travail. Les partenaires sociaux, pour leur part, proposent la définition suivante de celle-ci : « La pénibilité au travail résulte de sollicitations physiques ou psychiques de certaines formes d'activité professionnelle qui laissent des traces durables, identifiables et irréversibles sur la santé des salariés et qui sont susceptibles d'influer sur l'espérance de vie. »

L'Institut national des études démographiques, l'INED, a consacré le numéro de janvier 2008 de sa publication Population et société au thème suivant : « La double peine des ouvriers : plus d'années d'incapacité au sein d'une vie plus courte ». Ce titre même est éloquent. Selon l'INED, à 35 ans, un cadre supérieur peut espérer vivre encore quarante-sept années, dont trente-quatre années indemnes de toute incapacité, même très mineure, contre quarante et une années pour un ouvrier, dont seulement vingt-quatre années sans incapacité. Au total, l'espérance de vie des ouvriers est plus faible que celle des cadres supérieurs et comporte des périodes plus longues au cours desquelles ils devront affronter des difficultés dans leur vie quotidienne, pouvant aller jusqu'à l'incapacité totale d'effectuer certains actes ou gestes essentiels de la vie quotidienne. Il existe donc une réelle inégalité entre catégories socioprofessionnelles, qui doit être prise en compte.

Or, que prévoit le texte du gouvernement ? Il comporte un dispositif fondé sur l'invalidité, avec un taux minimal fixé à 10%, c'est-à-dire précisément le niveau d'incapacité permanente qui ouvre droit à une rente viagère à la victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle.

Le texte du gouvernement propose donc d'indemniser un dommage, comme cela est déjà le cas. En l'occurrence, il ne s'agit absolument pas de prendre en compte le vécu de la personne concernée pour lui permettre de faire valoir ses droits à la retraite de manière anticipée.

En 2003, l'enquête SUMER de surveillance médicale des risques professionnels faisait apparaître que 56% des salariés, en France, étaient exposés à au moins une source de pénibilité. Cela signifie qu'un grand nombre de personnes subissent de difficiles conditions de travail susceptibles d'influer sur leur état de santé physique et moral, sans pour autant créer d'invalidité.

Il est donc faux de prétendre, comme le fait le gouvernement, que ce texte prend en compte la réalité des métiers pénibles. Pour notre part, nous sommes convaincus qu'il est absolument nécessaire d'avoir une action beaucoup plus volontariste en la matière, en proposant notamment aux salariés concernés des majorations d'annuités calculées en fonction de critères comme le travail de nuit, le travail posté ou encore le port régulier de charges lourdes.

C'est la raison pour laquelle nous proposons depuis le début de l'examen du titre IV un certain nombre d'amendements de nature à assurer la prise en compte correcte des situations des personnes soumises à des conditions de travail pénibles.


Publié le Mardi 26 Octobre 2010 dans la rubrique Chroniques | Lu 2050 fois