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Permanence de la solidarité (5), chronique de Serge Guérin

Solidarité, famille et choix : nous avons déjà traité ce sujet la semaine dernière. De ce point de vue, on peut suivre François de Singly lorsqu’il insiste sur la tonalité différente des relations intergénérationnelles et qu’il relève, une « centration sur les relations encore plus accentuées ». Ces relations de parentèle incarnent un « nouvel esprit de famille » qui conjugue individualisme moral et transmission, épanouissement de soi et continuité familiale : on constate plus de liberté, d’autonomie, d’individualisme et pourtant, les liens entre les générations sont plus forts, la proximité affective est plus grande.


La permanence d’une solidarité de proximité, la puissance et la diversité des soutiens informels interpellent d’abord la collectivité.

L’aide aux aidants concerne la puissance publique qui ne peut simplement laisser les individus seuls faire face aux accidents de la vie, qui ne peut se contenter de développer un discours moralisateur faisant porter aux individus le poids des solidarités nécessaires et la blessure supplémentaire de ne pouvoir assumer leur charge ou leur dette.

Discours idéologique qui fait semblant d’oublier les contraintes créées par cette même idéologie comme, par exemple, la mobilité professionnelle et géographique valorisée en tant que réponse nécessaire aux impératifs de la mondialisation.

Pression morale de l’État, d’autre part intéressée, puisque que l’action des aidants doit aussi s’analyser sous l’angle économique dans la mesure où ils permettent de libérer des places dans les foyers et dans les établissements pour les personnes hospitalisées âgées et dépendantes.
Permanence de la solidarité (5), chronique de Serge Guérin

Notons que l’INSEE projette une augmentation de plus de 50% du nombre des personnes en très fortes pertes d’autonomie d’ici 2040. Il ne s’agit pas d’opposer solidarités publiques et solidarités familiales et de voisinage, mais de montrer la complémentarité entre les deux approches.

Le développement des premières ne justifie pas le renoncement aux secondes, mais peut contribuer à leur évolution. Cette hausse du nombre de personnes en très grande fragilité ne doit pas être confondue avec l’augmentation attendue de la démographie des personnes de plus de 85 ans.

De la même façon, il importe de souligner que cette croissance des plus fragiles posera des questions d’ordre financière, humaines et d’accompagnement social. Le tout étant parfaitement gérable dès lors que l’on sera capable de poser publiquement les enjeux, de mettre en avant les moyens nécessaires mais aussi, de discuter des contreparties.

Pour autant, la question de l’aide bénévole ou informelle ne peut seulement se lire comme une alternative entre initiative des familles et action collective. Tout d’abord, l’une n’est pas exclusive de l’autre. Par ailleurs, au moins deux autres acteurs peuvent -et doivent- jouer un rôle : les associations et les personnes vivant à proximité.

C’est ce « ménage à quatre » qui peut permettre l’éclosion d’une société plus solidaire et ouvrir la possibilité de mieux prendre en charge et en compte les attentes et les souffrances des personnes fragilisées par la vieillesse, les maladies chroniques ou les situations de handicap.

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Dernier ouvrage, La société des seniors Editions Michalon


Publié le Lundi 14 Décembre 2009 dans la rubrique Chroniques | Lu 2580 fois