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Le vieillissement cognitif par Vincent Chriqui, directeur du Centre d’analyse stratégique

A l’occasion du séminaire « Le vieillissement cognitif : Quelles caractéristiques ? Quelles stratégies préventives ? Quels enjeux pour les politiques publiques » organisé par le Centre d’analyse stratégique le 8 juin 2010, voici le discours de Vincent Chriqui, directeur général du Centre d’analyse stratégique (CAS).


Le Centre d’analyse stratégique, mène en 2010 une réflexion sur les enjeux posés par le vieillissement de la population française. Cette réflexion aboutira à la remise d’un rapport à Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État à la Prospective et au Développement de l’Économie numérique, le 6 juillet prochain.

L’objectif est de mettre en évidence, à travers les multiples dimensions du vieillissement, les modifications constatées ou à venir d’un point de vue social, économique, politique et culturel. Ces évolutions portent en germe de nombreux défis mais également des opportunités qu’il est essentiel d’identifier et de concrétiser.

Dans ce rapport, seront évoqués des sujets aussi divers que l’adaptation de l’habitat et des espaces publics, les évolutions du système de santé, les modes de prise en charge de la dépendance, ou encore les modèles de fin de carrière. Parmi ces thématiques, celle du vieillissement cognitif, nous réunit aujourd’hui.

En effet, dans une société caractérisée par une révolution de la longévité, les observations liées au vieillissement cognitif sortent des laboratoires de recherche médicale et scientifique. Elles sont au coeur des politiques publiques aussi bien dans une visée de promotion de la qualité de la vie, que dans la sphère professionnelle, et dans le domaine de l’aide à la personne.

En 2050, une personne sur trois en France sera âgée de 60 ans ou plus (soit 22,3 millions contre 12,6 millions en 2005, INSEE). Ceci constitue une hausse de 80% en 45 ans. Le vieillissement est inéluctable, au sens où il est inscrit dans la pyramide des âges actuelle et l’allongement de la durée de vie ne fait qu’accentuer son ampleur. Une fille née en 2009 peut ainsi espérer vivre plus de 84 ans et un garçon près de 78 ans. Depuis dix ans, les gains d'espérance de vie sont de trois années pour les hommes et de deux années pour les femmes.

À ce vieillissement de la population générale, vient s’ajouter un vieillissement progressif de la population active avec l’arrivée à la cinquantaine des « baby-boomers » et une entrée sur le marché du travail de plus en plus tardive. En France, le taux d’activité des seniors, avec 38,2%, continue d’être inférieur à la moyenne européenne (45,6%), même si ce chiffre cache une grande disparité selon les tranches d’âge (80,5% pour les 50-54 ans, 56,3% pour les 55-59 ans et 16,3% pour les 60-64 ans).

Que peut-on alors apprendre sur le vieillissement cognitif mais également de celui-ci ? Tout d’abord, si tous les individus connaissent une évolution de leurs capacités mentales avec l’âge, ils ne sont pas atteints de façon équivalente. Nombre d’atteintes cognitives sous l’effet des années ne sont pas immuables. Ainsi, chacun peut espérer influer sur la réserve cognitive dont il dispose. En outre, avec du temps et dans un environnement calme, la plupart des seniors en bonne santé peuvent rattraper les performances des plus jeunes.

D’autres données positives sont issues de la cognition sociale, qui étudie par exemple la gestion de conflits ou la prise de risque mesurée. Les résultats tendent à montrer une préservation voire une amélioration avec l’âge. Ils donnent donc consistance à la croyance populaire qui oppose à la fougue instinctive des plus jeunes, la réflexion posée des aînés du fait de l’expérience accumulée au fil du temps.

Deuxièmement, ce n’est pas moins de 6% de la population générale qui est atteinte de formes de démence après 65 ans et presque 18% après 75 ans (dont 80% des cas sont des maladies d’Alzheimer). Ces âges sont donc à juste titre considérés comme des périodes critiques du vieillissement cérébral. À une échelle plus globale, pour les pays de l’Union européenne, le poids de la maladie d’Alzheimer était estimé en 2008 à 2,12 millions d’années de vie ajustées sur l’incapacité et le coût total était évalué à quelques 160,3 milliards d’euros.

Or, on déplore un manque de personnels spécifiquement qualifiés pour la prise en charge de ces malades. Ceci est notamment dû au fort turn-over qui caractérise ces professions et qui traduit la difficulté de leur exercice. Ces questions ne manqueront pas d’être abordées et viendront enrichir les réflexions suscitées par la mise en oeuvre du Plan Alzheimer en 2008.

Enfin, dans la sphère professionnelle, l’étude du vieillissement cognitif invite à considérer deux aspects complémentaires. D’une part, l’impact de l’activité professionnelle sur le déclin des capacités intellectuelles ; d’autre part, les effets des évolutions cognitives en matière de performances et d’intégration professionnelles.

L’analyse des données permet de dessiner quelques axes en faveur d’une stratégie de promotion en santé cognitive conçue à chaque âge de la vie. Dès l’enfance, favoriser l’accès à une éducation de qualité au plus grand nombre permet d’entrer dans une spirale vertueuse et d’améliorer le vieillissement en bonne santé cognitive. Par suite, la promotion d’un mode de vie actif doit se faire à tous les âges, en s’intensifiant à partir de la quarantaine.

Au-delà des stratégies préventives sur le mode de vie, certains préconisent d’adopter une démarche plus spécifique contre le déclin cognitif en utilisant notamment les technologies de l’information et de la communication (TIC). Dans une société où la sphère numérique prend une importance croissante, les enjeux socio-économiques des TIC adaptées aux personnes âgées sont importants. L’industrie française du jeu vidéo possède l’expertise nécessaire pour être novatrice en la matière. Dans cette perspective, les efforts de simplification de ces outils numériques, d’amélioration de leur ergonomie doivent être poursuivis.

Ces outils numériques pourraient être des leviers de développement des relations intergénérationnelles, de maintien du lien social et de l’autonomie des personnes âgées. À ce titre, si l’efficacité des Serious Games fait encore débat, d’autres supports sont à considérer, et notamment les réseaux sociaux en ligne.


Publié le Lundi 14 Juin 2010 dans la rubrique Chroniques | Lu 2569 fois