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Aider au nom de l’égalité, chronique de Serge Guérin

La question de la proximologie, c’est-à-dire les conditions du soutien à l’aidant bénévole d’un proche ou à son voisinage actif, entre en résonance avec la société dans son ensemble. Le développement de la proximologie et les modalités de son exercice participent des scénarios qui vont construire le futur. Elle conduit à repenser la doctrine sociale et à rechercher la combinaison optimale, à un instant « T », entre les formes de l’intervention publique et les modes d’action des personnes.


Dans ce cadre, la solidarité de proximité s’inscrit dans une nouvelle modernité. Ainsi, la question de l’aide, ou plus exactement de l’accompagnement ou du soutien, se distingue bien de la prise en charge qui porte en germe une inégalité entre l’aidant et l’aidé, comme l’explicite Eric Gagnon*.

L’accompagnement s’inscrit dans une logique de réciprocité, de considération et bien sûr d’empathie, qui définie la politique du « care » et plus largement, participe de la fondation d’une société où la démocratie se vit à tous les échelons. Avec la solidarité de proximité, il ne s’agit pas de renouveler le paternalisme mais de fonder les bases d’un solidarisme modernisé et marqué par les enjeux écologiques et la pratique du « care ».

Plus largement, le solidarisme du 21ème siècle implique une politique d’inclusion sociale qui se fonde sur cette notion d’accompagnement qui doit être actif et global. Il s’agit donc de prendre la mesure des besoins différenciés et évolutifs des individus en situation de fragilité.

Sans doute que l’enjeu premier se situe dès les débuts de la scolarité, mais la problématique de l’accompagnement est bien plus large, il porte en particulier sur l’accès à l’emploi et à l’habitat.
Aider au nom de l’égalité, chronique de Serge Guérin

Ce qui paraît essentiel, c’est de dépasser la seule question –pourtant vitale- des moyens pour instruire celle du soutien. Ainsi, pour certaines personnes vivant dans la rue ou dans des conditions d’habitat insalubres et particulièrement perturbées et fragilisée, l’octroi d’un logement n’est pas suffisant : il importe de les accompagner et de les former à affronter une nouvelle situation, un nouveau mode de vie.

La postmodernité est marquée par la fin des grands récits** et par un éloignement croissant de la majorité de la population envers l’engagement globalisant et à tendance messianique. Ce qui a sans doute changé, ce sont les formes et les discours de la solidarité plus que l’intensité de l’action en faveur de l’autre.

La période n’est plus aux grands récits ni seulement à des grandes structures de légitimation de la solidarité. Au contraire, nous sommes dans un espace où les solidarités sont plus diverses, plus centrées sur une problématique précise et plus construites sur des choix individuels. Nous sommes entrés dans l’ère de la solidarité de proximité.

Une proximité qui peut être aussi bien géographique ou sociale, spirituelle ou culturelle. Ainsi, la fin des grandes utopies collectives n’a pas entraîné la mort des solidarités mais en a transformé le périmètre. L’engagement de proximité pour des causes qui peuvent toucher ou s’insérer dans le quotidien se développe fortement.

Loin de devenir des individus indifférents au monde, les citoyens d’aujourd’hui se mobilisent de façon souple et plastique pour réagir à une injustice ou à un incident qui les interpelle directement. De fait, cette proximité au monde ouvre à une société plus sensible, une société du « prendre soin ».

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Dernier ouvrage, La société des seniors Editions Michalon

*Gagnon E., «Une société d’accompagnement », in Clement, M., Gelineau L. & McKay A-M (dir.), Proximités - Lien, accompagnement et soin, Presses de l’Université du Québec, 2009
** Lyotard (Jean-François), La condition postmoderne, Minuit, 1979.


Publié le Lundi 9 Novembre 2009 dans la rubrique Chroniques | Lu 1881 fois