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Wolinski : mort de rire

Georges Wolinski, 80 ans, le doyen du magazine satirique Charlie Hebdo a sauvagement été assassiné hier par deux jeunes islamistes français. Il a été tué avec onze autres personnes qui se battaient pour que la liberté d’expression et le droit de rire de tout, reste l’une des particularités de notre pays. Aujourd’hui, nous sommes tous Charlie. Sauf ces barbares.


Wolinski : mort de rire
Depuis des années, Georges Wolinski, a fait rire (parfois jaune) les Français avec son humour corrosif. Son style inimitable était immédiatement reconnaissable. A 80 ans, ce dessinateur était le doyen du magazine qu’il avait créé avec Cavanna fin 70 pour prendre la relève de l’Hebdo Hara-Kiri, interdit de publication par le Premier ministre de l’époque.
 
Wolin comme le surnommait ses amis, était né à Tunis (Tunisie) en 1934 d'une mère juive franco-italienne et d'un père juif polonais. Il a publié ses premiers dessins dans Rustica en 1958. Après avoir envoyé ses croquis à Cavanna, il entre en 1960 dans l'équipe de Hara-Kiri… Sa carrière démarre alors vraiment. Au-delà du journal magazine satirique, il travaillera pour de nombreux supports (France Soir, L’Humanité, Paris Match, Nouvel Obs, etc.), il se laissera même tenter par la publicité à plusieurs reprises (Rizla, IBM, Mars, etc.) ; ce qui lui sera d’ailleurs reprocher par les « pures et durs ». Ses thèmes favoris : la politique et les femmes. Il disait d’ailleurs à sa femme : « quand je serai mort, jette mes cendres aux toilettes, je pourrai voir tes fesses » !
 
Incontestablement, Wolinski et ses fameuses lunettes rondes, était l’un des piliers de Charlie Hebdo, sa mémoire vive. Il avouait avoir parfois peur lorsqu’il travaillait dans les locaux du journal. Mais cette crainte ne l’a jamais empêché de se rendre à son boulot et de poursuivre son œuvre et son travail au service de l’information et de la liberté d’expression. Le dessinateur avait reçu la Légion d’honneur en 2005 des mains de Jacques Chirac.
 
Wolinski est mort hier sous les balles. Sauvagement assassiné par des barbares avec ses collèges Cabu, Charb et Tignous. Des kalachs contre des crayons. Quel courage… En tout douze personnes ont succombé à la violence inouïe de ces fanatiques religieux. En s’éloignant, les deux tireurs ont crié : « nous avons tué Charlie Hebdo ». Certes, la colonne vertébrale de ce magazine est morte. Mais, ces tueurs viennent peut-être de réveiller les Français qui plus que jamais, vont (doivent !) désormais se battre pour que ce pays conserve sa liberté de penser…

Extrait de son anthologie Le pire à de l’avenir paru en 2012

Ce livre est une succession de moments, j'ai plutôt choisi les bons moments, les inoubliables. La vie n'est qu'un moment. Nous ne devrions avoir qu'un souci en tête. En profiter au maximum. Au lieu de ça, nous passons notre temps à faire des choses tristes, fatigantes, contraignantes, comme prendre des responsabilités, expliquer pourquoi on n'est pas d'accord. Fonder un foyer, devenir quelqu'un. Un bon père de famille, travailleur et discipliné. Le refoulement de notre égoïsme est la vraie source des maux de l'humanité. Ce qui fait que nous sommes tous frères, c'est que nous n'en avons rien à foutre si les autres crèvent. La seule chose qui compte, c'est notre précieuse petite peau, et le contentement de nos désirs les plus élémentaires : manger, boire, dormir, faire l'amour, rire, raconter, écouter des histoires, lire, rêvasser, caresser, être caressé, jeter des pierres dans l'eau. Tout le reste, on le fait parce qu'on est obligé. Et même se poser les questions fatidiques : qui suis-je ? pourquoi suis-je là ? où allons-nous ? La vie est si courte. Interrogez autour de vous le chauffeur de taxi, le plombier, le barman, le délinquant. Tous savent qu'il ne faut pas réfléchir, sinon on se flinguerait.
 
Ceux qui ont essayé de faire croire à l'homme que son seul but était d'être bon, d'aimer les autres, de se sacrifier pour eux sont des salopards. Ils ont inventé Dieu, ils ont fait construire des pyramides, des églises, des temples, des mosquées par de pauvres types exténués. Ils ont créé des «chefs-d'oeuvre impérissables», des trésors de l'humanité, tout ça pour sanctifier les mensonges de la religion. Alors que le seul trésor de l'humanité, c'est un moment de bonheur, un bol de riz pour celui qui a faim, une louche de caviar pour celui qui ne sait pas ce que c'est que la faim, un accord de guitare, la promesse qu'on ne sera pas torturé ce soir dans la cave, une main fraîche sur son front brûlant, lire Charlie Hebdo sur un divan en croquant du chocolat. Le bonheur, c'est un tas de petits moments de plaisir égoïste. Il faudrait exterminer ceux qui consacrent leur existence à vouloir nous rendre heureux. Même les athées s'y sont mis, et tout ce qu'ils ont trouvé, c'est la discipline collective, l'esprit de sacrifice, tous pour un et un pour tous, et surtout une infinie patience en attendant les lendemains qui chantent :
 
... Une fleur au chapeau
À la bouche une chanson
Un coeur joyeux et sincère
Et c'est tout c'qu'il nous faut
À nous autres bons garçons
Pour aller au bout de la terre...
 
Que les hommes acceptent de ne pas être très heureux pour que les générations futures le soient, ça me sidère. Elles peuvent bien crever, les générations futures. Puisque moi je serai mort, que voulez-vous que ça me fasse ? Et tous ceux qui ne pensent pas comme moi sont soit des sales cons, soit des sales hypocrites. Je m'entends d'ailleurs mieux avec les hypocrites qu'avec les cons. Un con ne sait pas qu'il est con. Tandis qu'un hypocrite sait qu'il est hypocrite, et que s'il l'est, c'est parce que c'est pour lui la seule façon de pouvoir survivre dans un monde où les hypocrites arment les cons pour empêcher d'autres hypocrites de leur prendre le pouvoir. Et pourquoi a-t-on besoin de prendre le pouvoir ? Qu'est-ce qu'on en a à foutre, du pouvoir ? Rien. Sauf qu'il vaut mieux être du côté de ceux qui l'ont. Même si on pense que la solution serait qu'il n'y a pas de pouvoir à prendre. Hélas ! Il n'y a rien à faire. Le pouvoir, ça existe, comme un ballon au milieu d'un terrain de foot. Il faut qu'il y ait des gagnants et des perdants. Le pire, c'est que c'est ceux qui ont envie de prendre le pouvoir qui arrivent toujours à le prendre. Et ils n'hésiteront pas à mentir, tromper, intriguer, comploter, tuer pour ça. Une fois qu'ils l'ont, ils ne le lâcheront plus, ces salopards. Jusqu'à ce qu'ils se fassent baiser par un salopard encore plus vicelard qu'eux. Si, du moins, ils nous foutaient la paix et nous laissaient vaquer à nos petites affaires ! »


Publié le Jeudi 8 Janvier 2015 dans la rubrique Société | Lu 2454 fois