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Sida : la maladie progresse chez les plus de 50 ans (partie 2)

Aujourd'hui, 150.000 personnes sont porteuses du VIH en France dont 40% d’hommes et 26% de femmes de plus de 50 ans. Certains vivent avec le VIH depuis des dizaines d'années avec pour conséquences un vieillissement prématuré et le développement de pathologies associées. Pour mieux comprendre les inquiétudes et le vécu de ces patients, le SIS réseau a mené une enquête mettant en évidence leur parcours de soin et a imaginé des axes d’amélioration de leur prise en charge médico-sociale.


Sida : la maladie progresse chez les plus de 50 ans (partie 2)
Personnes de plus de 45 ans : une contamination en augmentation

En tout, 5,21 millions de tests de dépistage ont été réalisés en 2013 en France. Entre 2003 et 2012, la proportion des personnes de plus de 45 ans dépistées séropositives était passée de 13 à 18%. En 2014, les statistiques HF Prévention indiquent que parmi les nouveaux dépistés, les 46 - 60 ans sont plus nombreux que les autres classes d’âge : ils ne représentent que 7,42% des personnes dépistées, mais la prévalence des séropositifs est la plus importante, près de 6%). Ces chiffres concernent une population charnière (changement de style de vie et de partenaires, érosion dans les couples…). Les comportements et activités sexuelles sont modifiés, le port du préservatif peu habituel, le dépistage pas systématique… Donc une contamination est possible.
 
Le travail d'HF Prévention, par rapport à ces personnes, est d'imaginer de nouvelles stratégies de dépistage toujours sous un format d'OutReach pour aller à leur rencontre dans des lieux identifiés. Ainsi, parmi les PVVIH de plus de 45 ans, on compte les survivants, les nouveaux dépistés et les nouveaux contaminés.
 
De fait, si la population des 45-70 ans ne se considère pas comme étant moins bien informée, elle se sent moins concernée par les risques d’infection. Une enquête de 2012 indique que 12% seulement déclarent se sentir concernés (vs 28% auprès des 18-49 ans). Toujours selon cette enquête, les 45-70 ans n’estiment pas faire partie des populations les plus à risques. Par conséquent, les seniors se dépistent moins que les jeunes : 46% des 45-70 ans ont déjà réalisé un dépistage (vs 61% pour les 18-49 ans). Un taux qui s’élève à 59% auprès des célibataires.
 
Différents facteurs se superposent pour faire des plus de 50 ans une population vulnérable à l'infection à VIH : une sexualité active, mais aussi une mauvaise perception du risque et un faible recours au dépistage. Ainsi, une enquête française menée en septembre-octobre 2014 auprès de 1.310 personnes âgées de 50 à 70 ans a montré que la majorité d'entre elles ne se sentent pas concernées par le VIH. Parmi celles qui ont des relations sexuelles avec plusieurs partenaires, 40% déclarent n'avoir jamais utilisé de préservatif dans les cinq années précédant l'enquête. Or avec l'âge les muqueuses se fragilisent, en particulier chez la femme mais aussi chez l'homme, ce qui favorise la transmission du VIH.
 
Par ailleurs, les plus de 50 ans ne sont que très peu pris en compte dans les campagnes de sensibilisation et de prévention du VIH et des IST avec des professionnels qui proposent moins systématiquement un dépistage, considérant cette tranche d’âge comme étant moins à risque.
 
La prévention combinée, une stratégie toujours d’actualité

Au regard de ces chiffres, il apparaît que la prévention combinée est une stratégie plus que jamais d’actualité pour lutter contre le SIDA et le HIV. Elle consiste à construire les synergies nécessaires entre les stratégies de prévention comportementales (modifier les comportements individuels et collectifs à risque de transmission du virus pour adopter des comportements plus sûrs), structurelles (agir davantage sur les facteurs sociaux, économiques, juridiques, culturels et éducatifs susceptibles de vulnérabiliser les personnes et les groupes les plus exposés à l’épidémie et de faire obstacle aux changements de comportement) et biomédicales. Il s’agit donc d’une approche globale alliant la prévention, le dépistage et le traitement. L’objectif est d’améliorer l’efficacité de la prévention et la réduction du risque de transmission du VIH, à la fois pour le bénéfice des individus que pour la collectivité à l’échelle mondiale.
 
Les approches comportementales et structurelles ont longtemps constitué le cœur des politiques de prévention. Pourtant, la recherche progresse comme en attestent l’ensemble des succès des traitements préventifs, par exemple dans la prévention de la transmission de la mère à l’enfant (1994), les traitements prophylactiques post-exposition, ou encore l’usage des traitements antirétroviraux (ARV) à des fins thérapeutiques chez les personnes infectées par le VIH pour réduire la quantité de virus présent dans le sang à un niveau très faible, et diminuer ainsi fortement le risque que la personne transmette le virus par voie sexuelle.
 
Ces trois stratégies sont complémentaires. Le plan de lutte contre le SIDA prévoit notamment un renforcement du recours au dépistage en population générale et continue à promouvoir l’utilisation des préservatifs (masculins et féminins) en prévention. La récente commercialisation des auto-tests de dépistage participe de cette stratégie. Plus que jamais, et dans le contexte des PVVIH, la prévention combinée appelle à la remobilisation de l’ensemble des acteurs de la lutte contre le sida et implique de promouvoir l’usage croisé et complémentaire des nouveaux outils et la palette des moyens déjà disponibles.
 
Prévention et dépistage spécifiques et soutenus pour les « populations particulières »

Il apparaît par ailleurs essentiel de promouvoir le dépistage auprès des publics qui ne se sentent pas particulièrement concernés ou qui sont au contraire plus particulièrement exposés. Pour chaque population, une approche différente et ciblée s’impose. Dans ce contexte, HF Prévention est devenu le spécialiste "OutReach" de la promotion de la santé vers les publics invisibles (HSH Hommes qui ont des relations sexuelles avec d'autres Hommes, souvent pères de famille, hétérosexuels mariés qui ont des aventures avec d'autres hommes…, les personnes en situation de prostitution assumée ou non (mères au foyer, étudiants, etc…), les hétérosexuels multipartenaires et les migrants. Les interventions se déroulent principalement sur les LRE (Lieux de Rencontre Extérieur : Parking, fôret, Aires d'Autoroute).
 
Depuis des années HF Prévention innove dans la prévention santé tant dans l'approche que dans les méthodes d'intervention. Depuis plus de 3 ans HF Prévention a mis en place avec le soutien du laboratoire Gilead, des dépistages diagnostiqués et ciblés dans les universités et centre commerciaux qui permet d’organiser entre 200 et 600 dépistages par jour. Ainsi, chaque année, 0,2% personnes nouvellement séropositives sont dépistées, 1% dans le milieu gay. En 2014 HF Prévention a dépisté 1,6% de personnes nouvellement séropositives dans les Centre Commerciaux, Université et Coeurs de cité et plus de 8% sur les lieux de rencontre extérieurs. Ces méthodes d'OutReach ont permis d'être au plus proche des publics charnière que sont les jeunes de moins de 25 ans mais aussi les plus de 45 ans qui ne seraient pas venus spontanément au dépistage.
 
Viser l’indétectable et plus encore

Du fait du vieillissement précoce des PVVIH, il devient indispensable de chercher au-delà des niveaux virologiques des patients et de chercher à détecter les éventuelles comorbidités ou les risques de comorbidités pour mieux protéger les patients et contribuer à maintenir leur qualité de vie.
 
De ce fait, il s’agit de détecter le plus tôt possible pour pouvoir mieux traiter. En effet, une étude récente a mis en lumière les bénéfices d’un diagnostic précoce et d’une prise en charge médicale aussitôt le dépistage effectué. En plus de réduire le risque de développer le SIDA, cette précocité dans la prise en charge permet de réduire le risque de comorbidité de 57%. Par conséquent, il s’agit de renforcer le dépistage pour pouvoir offrir aux patients nouvellement dépistés ou contaminés non seulement une meilleure espérance de vie, mais aussi une meilleure qualité de vie sur le long terme.


Publié le Mercredi 2 Décembre 2015 dans la rubrique Santé | Lu 1837 fois