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Renoncement gouvernemental à l’égard des personnes âgées en perte d’autonomie, Lettre ouverte de l’UNIRS à Roselyne Bachelot-Narquin

Madame la ministre, tout au long du premier semestre de l’année 2011 vous avez participé à de multiples réunions et à de nombreux colloques sur la question de l’aide à l’autonomie des personnes fragilisées. Ces débats se sont accélérés à compter du 8 février 2011, après le lancement officiel, par le Président de la République et par vous-même, d’un grand « Débat national » lors d’une séance devant le Conseil économique, social et environnemental (CESE). S’en sont suivies de nombreuses réunions en régions, souvent présidées par vous-même ou par Madame Marie-Anne Montchamp.


Plusieurs militants et militantes de l’UNIRS* y ont participé et sont même intervenus de façon très brève, notamment le 27 mai dernier, à l’occasion du débat organisé pour la région Ile-de-France.

Très généralement, lors de vos conclusions, vous précisiez qu’en ce qui concerne la question du financement, ce serait le Président de la République qui trancherait.

Ceci vient, semble-t-il, d’être effectué car le Premier ministre François Fillon a annoncé, le 24 août, que le dossier « dépendance » (l’UNIRS privilégie le terme « aide à l’autonomie des personnes fragilisées ») était reporté à 2012. Nous sommes en complet désaccord avec ce renoncement, alors qu’une réforme audacieuse avait été promise. En effet, nous voyons mal le gouvernement reprendre ce dossier quelques mois, voire quelques semaines, avant les élections présidentielles de mai 2012 à moins que le Premier ministre ait voulu donner à Monsieur Sarkozy la possibilité d’une nouvelle promesse électorale, comme lors de la campagne présidentielle de 2007.

Pour justifier le report de ce dossier, report qui ressemble à un « enterrement » compte tenu du silence qui entoure cette question depuis ce 24 août, Monsieur Fillon met en avant les difficultés financières du pays et la nécessité de répondre aux pressions des marchés financiers. Après avoir reconnu que la politique dite de « Révision Générale des Politiques Publiques » (non remplacement de la moitié des départs en retraite des fonctionnaires, notamment) et que la réforme des retraites de l’automne 2010 présentée comme une nécessité démographique visaient seulement à maintenir la note « AAA » de la France par les agences de notation, Monsieur Fillon a donc décidé de reporter ce dossier que vous avez soutenu avec détermination pendant toute une période.

Pour l’UNIRS, il est de plus en plus manifeste que la politique de la France « se fait à la corbeille » et qu’aujourd’hui, les personnes en perte d’autonomie sont sacrifiées par le gouvernement sur l’autel de la finance avec d’autres et après d’autres. En conséquence, qu’advient-il de la démocratie ?

Ainsi donc, tous ces débats, tous ces colloques, les personnes qui ont travaillé pour constituer le Rapport d’information au Sénat du 8 juillet 2008 (Alain Vasselle), le Rapport des 23/30 juin 2010 à l’Assemblée Nationale (Madame Valérie Rosso-Debord), le Rapport définitif de M. Alain Vasselle du 1er février 2011, les travaux du Sénat et de l’Assemblée Nationale, tous les débats dans les régions, les travaux commandés au Haut Conseil de la Famille et à M. André Trillard du Sénat, et encore les quatre groupes de travail que vous avez initiés, tout ceci finalement pour rien !

En faisant croire à nos concitoyens que l’état des finances publiques ne permet pas à son gouvernement de donner suite à ces travaux et à ces promesses, le Premier ministre fait de tous ces débats une vaste campagne de sensibilisation de nos concitoyens aux risques de la perte d’autonomie, campagne qui ne peut qu’en inciter un certain nombre à se tourner vers leur compagnie d’assurance, dès lors que l’Etat et la solidarité nationale se retirent du jeu.

Pour la population en général et pour l’Union Nationale Interprofessionnelle des Retraités Solidaires en particulier, le fait d’arrêter le dossier n’arrête pas les problèmes tant évoqués des personnes fragilisées.

Aussi, Madame la Ministre, par cette lettre ouverte, nous vous demandons instamment de bien vouloir nous dire comment vous pensez continuer de faire vivre ce dossier dans le pays et le réactiver au sein du gouvernement auquel vous participez. En effet, il y a des urgences qu’il faudra bien régler, sauf à accepter, de fait, une nouvelle dégradation des conditions d’aide, d’accueil et de soins des personnes fragilisées : les départements en grandes difficultés financières ne cessent de rogner sur leurs dépenses sociales et de solidarité. Par conséquent, les associations et les établissements qui cherchent à assurer au mieux une partie de ces missions, ont de graves problèmes financiers et sont amenés à réduire leur personnel, avec de graves conséquences sur les conditions de vie des personnes à domicile ou en établissement.

A cet égard, il nous paraît indispensable de donner rapidement les moyens financiers nécessaires à ces multiples acteurs. Pour l’UNIRS, l’argument des difficultés des finances publiques n’est pas recevable, alors que le gouvernement persiste à accorder des cadeaux fiscaux et sociaux aux entreprises et aux plus riches sans effets sur l’économie, la croissance et l’emploi.

Au nom de nos concitoyens fragilisés par les aléas de la vie, nous attendons des réponses significatives de votre part et d’un gouvernement soucieux de démocratie assurant la solidarité et la cohésion sociale.

Dans l’attente, nous vous prions d’agréer, Madame la ministre, l’expression de nos salutations les plus respectueuses.

Pour l’UNIRS le président Gérard Gourguechon

*UNIRS - Union Nationale Interprofessionnelle des Retraités Solidaires


Publié le Lundi 26 Septembre 2011 dans la rubrique Chroniques | Lu 1396 fois