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Réforme des retraites : les Français restent inquiets et en colère et souhaitent en débattre pendant la présidentielle

Un an après le vote de la loi de la Réforme des retraite, la neuvième édition de l’Observatoire des Retraites UMR-Corem/Liaisons Sociales/Ipsos*, fait l’état des lieux de l’opinion des Français sur leur retraite et sa préparation. Le sujet de la réforme des retraites est relancé par l’accélération du passage de l’âge légal à 62 ans voté en novembre… Voici les grandes lignes de cette enquête à paraitre dans la revue Liaison Sociale du 5 décembre 2011.


La majorité des Français (55%) toujours inquiète de son niveau de vie au moment de la retraite et du montant de cette dernière (64%).

Les actifs occupés sont particulièrement inquiets sur ces deux points : 65% quant au niveau de vie et 74% sur le montant de la retraite. Les femmes également le sont et nettement plus que les hommes (68% contre 59%). Les moins de 35 ans se montrent encore plus inquiets que leurs ainés au sujet du montant de leur future retraite (69% contre 62%).

Les retraités sont logiquement moins inquiets et une majorité est même confiante sur son niveau de vie à la retraite (56% contre 33% des actifs), en revanche seuls 49% d’entre eux sont confiants sur le montant des retraites et ne sentent donc pas protégés d’une éventuelle baisse des pensions.

En termes d’évolution, la forte inquiétude exprimée en avril 2010, six mois après la réforme où 68% des Français (+14 pts), s’inquiétaient de leur niveau de vie, s’est tassée. Les niveaux de confiance et d’inquiétude sur ces items ayant trait aux conditions de vie matérielles lors de la retraite sont similaires à ceux observés en novembre 2010, au lendemain du vote de la réforme par le Parlement.

D’une année sur l’autre, à part la baisse passagère d’avril dernier, les conditions de vie moins directement liées au niveau des pensions de retraite suscitent moins d’inquiétude : 61% des Français se disent même confiants quant à leur santé et leur accès aux soins au moment de leur retraite (38% se disent inquiets contre 45% en 2010) et 60% quant à leur capacité à vivre de façon indépendante (37% inquiets contre 43% en 2010). La confiance des Français sur ces items est même orientée à la hausse depuis la première mesure effectuée dans le cadre de ce baromètre en avril 2009.

Les Français plus nombreux à choisir des produits d’épargne spécifiques à la retraite (+9 pts)
Si la proportion de Français qui ont épargné d’une manière ou d’une autre en vue de leur retraite évolue peu depuis 2009 (50% contre 49% en avril 2011 et 53% en avril 2009), la part des Français qui ont souscrit au moins un produit d’épargne spécifique à la retraite a quant à elle significativement augmenté.

En avril dernier, 29% des Français qui avaient épargné d’une manière ou d’une autre en vue de leur retraite avaient souscrit au moins un produit spécifique retraite. Ils sont désormais 38% à avoir souscrit au moins un tel produit (+9 points). Ce sont les produits d’épargne retraite collectifs qui profitent le plus de cette hausse (26% des Français qui ont épargné en vue de leur retraite disent avoir souscrit un produit tel qu’un PEE ou un PERCO, soit +13 points par rapport à avril dernier). Les Français ont moins souvent souscrit un produit d’épargne retraite individuel tel qu’un PERP, Préfon, Corem… (17%).

Les Français qui disent avoir épargné en vue de leur retraite restent néanmoins plus nombreux à dire l’avoir fait en ouvrant un plan d’épargne non spécifique à la retraite tel qu’un Livret A, un PEL ou une assurance vie (66% ; - 4 points néanmoins par rapport à avril dernier, peut-être en raison de la désaffection des Français pour les produits financiers et notamment l’assurance vie).

Près d’un sur deux cite également le fait d’avoir investi dans l’immobilier, y compris en achetant sa résidence principale (46%). Pour la plupart des Français, se constituer une épargne de précaution et devenir propriétaire restent donc les premières (voire les seules) étapes de leur préparation de la retraite.

Enfin, notons qu’une part croissante de répondants n’a pas l’intention d’épargner en vue de sa retraite (13% soit +2 points par rapport à avril dernier et +10 points par rapport à avril 2009). Si pour certains c’est un choix délibéré, nombre d’entre eux s’estiment vraisemblablement dans l’incapacité d’épargner. C’est logiquement le cas des Français les plus modestes.

Dans le contexte actuel de crise économique et financière, la confiance dans les banques est mise à mal, y compris quand il s’agit d’obtenir des conseils sur les solutions d’épargne retraite. Si les banques restent l’acteur auquel les Français font le plus confiance pour les conseiller sur les solutions d’épargne retraite (24%), la confiance des Français à leur égard est en baisse (-3 points par rapport à avril dernier). Il en va de même des proches (23% ; -3 points) que l’on juge peut-être plus souvent dépassés par la complexité des réformes et de la situation économique et financière. Dans ce contexte, les mutuelles parviennent néanmoins à se maintenir (21% ; stable). Les assurances et le service RH de son entreprise sont quant à eux moins cités.

Réforme des retraites : la résignation l’emporte de peu sur la colère.
Plus des trois-quarts (78 %) des Français souhaitent en débattre lors de la campagne des présidentielles et plus de 2 Français sur 3 sont en accord avec les propositions du parti socialiste.

Même s’il s’agit d’un écart symbolique, la résignation l’emporte désormais sur la colère (51% contre 50%) sauf chez les 45-59ans. Les catégories sociales les plus favorisées sont plus enclines à la résignation (73% des cadres supérieurs et 70% des professions intermédiaires) que les catégories sociales plus modestes, qui restent plus nombreuses à éprouver de la colère (62% des employés et 62% des ouvriers).

Un an après le vote de la réforme des retraites par le Parlement, 78% des Français souhaitent que les mesures votées dans le cadre de cette réforme (bornes d’âge, prise en compte de la pénibilité…) soient à nouveau l’objet de débats pendant les présidentielles.

Si les sympathisants de la gauche parlementaire sont particulièrement nombreux à appeler de leurs voeux ce débat (91%), les sympathisants de l’UMP sont également majoritairement en faveur d’une telle discussion (64%).

Interrogés sur la proposition du Parti Socialiste de rétablir la retraite à 60 ans à taux plein pour ceux qui ont cotisé suffisamment longtemps, les Français jugent majoritairement qu’il s’agit d’une mesure juste (70% le pensent dont 38% « tout à fait ») mais irréaliste sur le plan financier (52% considèrent qu’elle n’est « plutôt pas » voire « pas du tout » réaliste).

Malgré tout, une majorité de Français souhaite que cette proposition soit mise en oeuvre (67% dont 36% « tout à fait »). C’est particulièrement le cas des femmes (70% contre 63% des hommes), des plus jeunes (72% des moins de 35 ans) mais aussi des 45-59 ans, particulièrement concernés (72%), des catégories socioprofessionnelles les plus modestes (78% des employés et 72% des ouvriers) ainsi que des sympathisants de la gauche parlementaire (84%).

L’Observatoire Français des retraites UMR /Liaisons Sociales / IPSOS, créé en 2006, interroge deux fois par an, depuis 2009, les Français sur toutes les questions touchant à la retraite, avec des focus par thèmes : épargne, santé et dépendance, réforme…

*Enquête réalisée par téléphone les 4/7 novembre 2011- Echantillon de 1010 personnes âgées de 15 ans et plus, constituant un échantillon national représentatif de la population française.


Publié le Vendredi 2 Décembre 2011 dans la rubrique Retraite | Lu 1919 fois