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Quand l’hôpital devient un centre de vacances pour personnes âgées…, chronique de Nancy Cattan

Émues par l’abandon des animaux de compagnie par leurs maîtres pendant les congés d’été, de nombreuses associations se mobilisent pour prévenir de tels actes. Mais, qui se préoccupe de toutes ces personnes âgées affaiblies ou dépendantes, jugées tout aussi encombrantes au moment de faire ses valises et que l’on « dépose » sans grands états d’âme aux portes des hôpitaux ?


Aussi édifiant que cela puisse paraître, l’abandon ne concerne pas seulement nos amis les bêtes. Certaines familles n’hésitent pas à laisser « leurs vieux » dans les hôpitaux pendant la période estivale.

Un phénomène dont l’ampleur est très difficile à évaluer tant le sujet est tabou. Au silence du corps médical, qui manifeste une grande réticence à apporter son témoignage sur ce sujet difficile, fait écho celui –prévisible- des familles concernées qui s’affolent à l’idée d’être jugées.

Sous couvert d’anonymat, des personnes travaillant dans des établissements de santé publics et privés acceptent pourtant de rompre le silence : « Certaines familles s’y prennent à l’avance, confie un médecin hospitalier exerçant dans la région Centre. Dés les mois d’avril ou de mai, elles se manifestent auprès de nos services pour obtenir un lit ».

Pour les familles qui n’ont pas prévu suffisamment à l’avance l’hébergement de leurs « vieux » pendant les congés d’été, l’hospitalisation représente la solution la plus facile et la moins onéreuse.

Une infirmière en poste dans un service d’urgences d’un hôpital de la région PACA raconte ainsi : « Quelques jours avant le début des grandes vacances, nous assistons invariablement à la même scène ; des familles arrivent accompagnées d’un parent âgé. Elles exhibent une ordonnance du médecin de famille sur laquelle on peut lire que cette personne souffre d’une « dégradation de l’état général ». Nous ne pouvons bien évidemment pas refuser la prise en charge de ces patients. Une fois les formalités d’admission terminées, la famille disparaît le plus souvent sans laisser ses coordonnées et ne prend généralement pas la peine de nous contacter pendant la période d’hospitalisation ».

Ces hospitalisations « pour convenance des familles » ne sont pas sans conséquences ; elles peuvent provoquer, de l’avis même des médecins interrogés, un véritable séisme dans la vie des personnes âgées. Sur le plan psychique, elles se retrouvent rapidement désorientées aussi bien dans le temps que dans l’espace. Elles se sentent perdues dans des lieux qu’elles ne reconnaissent pas. Les soins leur étant désormais prodigués par des personnes étrangères, elles craignent d’avoir été abandonnées par leur famille, de mourir sans avoir pu revoir les leurs.

Ces troubles psychiques s’accompagnent également de désordres physiques avec une décompensation de nombreuses pathologies, fréquentes à cet âge : accidents cardiaques, troubles respiratoires ou de l’appareil locomoteur.

« Face à cette situation, il est du devoir des pouvoirs publics d’intervenir et d’apporter une réponse » s’emporte un médecin hospitalier. Mais il rajoute aussitôt, désabusé : « Il n’est pas flagrant que ceux-là mêmes qui dénoncent actuellement les excès en coûts de santé soient pleinement conscients de la gravité de la situation ».
Quand l’hôpital devient un centre de vacances pour personnes âgées…, chronique de Nancy Cattan

Quand l’hôpital devient un centre de vacances pour personnes âgées…, chronique de Nancy Cattan
par Nancy Cattan, journaliste santé


Publié le Jeudi 6 Août 2009 dans la rubrique Chroniques | Lu 4042 fois