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Music for Paradise : des moines chantent dans la plus pure tradition du chant grégorien

Enregistré mi avril par les moines de l’Abbaye Cistercienne de Stift Heiligenkreuz au coeur de la forêt viennoise, ce disque est né d’une incroyable histoire. En février dernier, Universal Classics and Jazz International fait passer une annonce dans diverses parutions religieuses (The Catholic Times, The Church Times, The Universe…). Conscient de l’engouement général pour ce genre de musique (le succès du célèbre jeu vidéo Halo est très parlant), UCJ recherche les plus belles voix religieuses d’aujourd’hui.


Les démos affluent de toute l’Europe, aussi bien d’octogénaires que d’adolescents, et le dernier jour des inscriptions UCJ reçoit, par mail, un lien vers une vidéo du choeur des moines de l’Abbaye de Stift Heiligenkreuz postée sur YouTube !

La décision est immédiate : leur sonorité surpasse toutes les propositions reçues. Le pape Benoît XVI lors de sa visite à l’Abbaye en septembre 2007 avait d’ailleurs souligné qu’il s’agissait des plus beaux chants grégoriens qu’il ait jamais entendus. Depuis, ce clip a été visionné des dizaines de milliers de fois sur la toile, créant un buzz immédiat autour de ce projet unique !

Le Grégorien a la particularité d’être toujours chanté à l’unisson sans aucun accompagnement, ce qui l’affranchit de toute contrainte rythmique. Il s’agit d’une prière chantée qui aide à entrer en méditation ; ce disque est un îlot de sérénité dans notre société moderne !
Music for Paradise : des moines chantent dans la plus pure tradition du chant grégorien

Interview

Où se trouve le monastère de la Sainte Croix ?
Le monastère de la Sainte Croix est situé dans la forêt viennoise, à environ 15 km au
sud-ouest de Vienne.

Etant donné qu’il se trouve si près de Vienne et en même temps dans une région offrant un paysage romantique, le monastère de la Sainte Croix est visité par plus de 170 000 touristes par an. Ce monastère est la plus grande attraction touristique dans les environs de Vienne.

Quel âge a le monastère ?
Cette année le monastère de la Sainte Croix a 875 ans. Bien qu’il ait été mis à feu en 1683 par les Turcs et attaqué par les Nazis de 1938 à 1945, il n’a jamais été détruis ou supprimé. C’est l’unique monastère cistercien au monde qui a existé aussi longtemps sans interruption.

Cette longue continuité est également visible dans les bâtiments du monastère : il s’agit d’un mixage sensationnel et harmonieux de tous les types architecturaux des 900 dernières années. La partie moyenâgeuse du monastère en style gothique et roman est complètement conservée ; il y a aussi les splendides chefs-d’œuvre de type baroque qui suscitent l’émerveillement tel que la colonne de la Trinité ou la Sacristie( style Rococo).

Quand et par qui a été fondé le monastère ?
Le monastère de la Sainte Croix a été fondé en 1133 par saint Markgrafen Lepold III à la suite des conseils de son fils Otto. Léopold avait envoyé son fils Otto aux études à Paris. Ce dernier à son retour était devenu moine cistercien et était entré au monastère de Morimond. L’ordre des cisterciens venait juste de naître en France. Otto a donc convaincu son père de construire un monastère en Autriche : Heiligenkreuz (Sainte Croix). Otto est devenu plus tard évêque de Freising, il est de ce fait prédécesseur de Joseph Ratzinger, maintenant Benoît XVI, sur le siège épiscopal de Freising.

Combien de moines vivent de nos jours à la Sainte Croix ?
Près de 80 moines appartiennent au monastère. Depuis quelques années la bénédiction divine à surpris la Sainte Croix par un afflux de nombreuses vocations. Il y a tellement de jeunes moines que les chambres commencent à être presque insuffisantes.

La moitié des moines vie dans le monastère, environ 14 moines sont dans la fondation de 1988 à Bochum-Stiepel en Allemagne ; les autres sont actifs dans la pastorale à l’extérieur du monastère. En effet le monastère de La Sainte Croix anime près de 20 paroisses. Cela est typique aux cisterciens autrichiens de s’occuper aussi de paroisses l’extérieur du monastère.

En quoi consiste votre emploi du jour ?
En tant que moines de la Sainte Croix, notre activité primordiale est la prière. Il ne s’agit pas d’une prière privée, mais plutôt une louange publique à Dieu. C’est, comme nous l’a dit le Pape Benoît XVI, lors de sa visite à la Sainte Croix le 9 septembre 2007: Une prière gratuite(désintéressée). C’est à-dire nous ne prions pas dans le but d’avoir une bonne santé ou pour la réussite ou pour toute autre chose précise, non nous louons Dieu simplement parce qu’il est bon. Cela, nous le faisons comme représentants de tous les humains, particulièrement de ceux qui oublient la dimension la plus importante de leur vie. Nous, les moines, nous prions pour l’Eglise et pour le monde entier, cela est notre service, notre office.

Selon la règle de saint Benoît, le moine doit aussi travailler: « ora et labora, prie et travaille ! » Nos taches sont très variées. Il s’agit bien entendu de la vingtaine de paroisses, dans les quelles nous nous occupons de la pastorale de plus de 30 000 personnes. Nous sommes engagés dans la pastorale des jeunes, mais aussi sur le plan de la formation intellectuelle : il existe à la Sainte Croix depuis 1802, une école supérieure.

Celle-ci a été élevée au rang de « Ecole supérieure pontificale » en 2007 par le pape Benoît XVI, car plus de 180 étudiants sont formés ici académiquement. Beaucoup de moines interviennent ici comme professeurs, les jeunes moines quant-à eux doivent encore étudier et cela les occupe pleinement. Il y a des moines qui sont responsables pour le volet économique ; d’autres qui s’occupent de l’accueil des nombreux hôtes…Et il y a aussi des occupations dans des domaines particulièrement intéressants : un frère moine est artiste et est de ce fait moine sculpteur et peintre.

Voulez-vous nous dire quelque chose sur le chant grégorien ?
Le chant grégorien est une forme très ancienne de la prière chantée qui a été conservée. Ses racines remontent aux temps avant le Christ, au chant liturgique juif du temple. Les chrétiens ont adopté beaucoup de mélodies de cette liturgie. Mais ce chant a connut son réel essor au VIIe et VIII e siècles, quand il fut adopté par Rome en Occident. Le nom « Chant grégorien » remonte au Pape Grégoire le grand (+604), qui a reformé le chant ecclésial à Rome en fondant une école de chant, « Schola cantorum ».

Le chant grégorien se chante à une seule voix. Il a 8 différentes sortes de tons. Les notes sont reparties différemment de celles que nous connaissons de nos jours ; de plus il n’y a que des lignes à quatre notes.

Les textes chantés sont fréquemment tirés de la Bible, donc de la Parole de Dieu. Les moines chantent donc en retour à Dieu, sa parole, que lui-même nous a donné, la Bible…Déjà de cette façon se relient ciel et terre. La plupart des textes sont extraits des psaumes de l’ancien Testament. Les mélodies quant-à elles, sont simples et communiquent des états d’âmes. C’est pourquoi le grégorien n’est pas seulement une musique mais plus : « une prière chantée.» Le chant grégorien est « le » Chant de l’église catholique romaine occidentale. Et nous, au monastère de la Sainte Croix, sommes très heureux d’être dans la lignée d’une si précieuse tradition et d’être à l’unisson avec le désir du Pape.

En quelle langue chante-on le grégorien ?
Le grégorien est chanté dans la langue latine, qui est aujourd’hui comme depuis toujours la langue officielle de l’église romaine catholique occidentale. Le latin a l’avantage, d’être une langue très mélodieuse, car elle a beaucoup de voyelles.

Le latin est particulièrement approprié pour méditer la Bible à travers le chant. Les syllabes des mots sont simples à mettre en musique, pour une seule note sur un mot en latin on aurait eu besoin de plus de beaucoup plus de notes avec d’autres langues.

Comment avez-vous eu l’opportunité d’enregistrer un disque en grégorien ?
Un ami londonien de notre monastère a envoyé un bref courriel le 28 février 2008 au Père Karl qui est responsable du site Internet et de tout ce qui est travail avec les médias et des publications du monastère. Dans le courriel il était écrit tout simplement : vite, vite, Karl ! » et en plus le lien d’un site avec une offre publique de Universal à remplir. P. Karl n’a pas pris pas la chose très au sérieux. Il ne savait même pas ce qu’est « Universal »… Mais il a tout de même envoyé un très court courriel à « Universal », le lendemain, 29 fevrier, dernier jour de l’offre. Dans ce courriel il a fait cas de quelques exemples de chants grégoriens sur notre site www.stift-heiligenkreuz.at, de plus les gens de Universal ont ensuite découvert sur Youtube un clip sur le monastère de la Sainte Croix , clip qui les a complètement enthousiasmé. Nous n’avons jamais pensé que nous remporterions le concours, mais Tom Lewis, le producteur-manager de UCJ (Universal Classic and Jazz) a été carrément saisi par notre chant.

C’est ainsi qu’a commencé l’histoire. Universal a contacté le P. Karl par téléphone, et celui-ci à commencer à prendre conscience de l’importance de la chose dont il s’agissait. En apprenant la nouvelle, tous sont tombés des nues au monastère. En tous cas, nous moines, c’est n’est pas un but après lequel nous avons couru. Nous n’avons pas l’avidité de chercher à gravir les podiums, pour nous exhiber aux yeux du monde. En fait, c’est vraiment l’action de Dieu, en arrière plan, qui voulait visiblement qu’à travers notre musique, nous fassions, de la publicité pour son œuvre. Comme le début était si merveilleux et imprévisible, nous avons accompli la chose également, car nous voulons rester moines et ne cherchons pas à devenir des stars de la musique.

Quelles étaient vos impressions pendant l’enregistrement de l’album ?
Tout d’abord ce n’était pas si facile pour nous au monastère de nous décider pour cela. C’est vrai, depuis la visite du Pape en 2007, nous sommes habitués à ce que les médias s’intéressent à nous, mais sachez-le, personne n’entre au monastère pour être continuellement filmé, interviewé et photographié. Le défilé des médias était au début assez énorme. Certains de nos jeunes confrères avaient l’inquiétude qu’on nous vende comme un « boygroup ».

Mais les gens de Universal nous ont délivrés de toutes nos inquiétudes, car ils étaient très sensibles et respectueux du climat religieux du monastère. Nous avons de plus l’ordre du pape Benoît XVI pour le faire, car lui-même, il aime le chant grégorien. Cela lui fera sûrement une grande joie que ce chant sois un peu plus répandu. En plus, il nous a dit clairement le 9 septembre 2007 : « Le monastère, dans lequel se rassemble une communauté plusieurs fois par jour pour louer Dieu, témoigne que le désir fondamental humain d’être pleinement comblé n’est pas vain. »

C’est ainsi que nous nous sommes décidés pour donner ce témoignage. Et c’était une expérience vraiment inouïe de travailler ensemble avec de tels professionnels. Nous avons donc évolué ensemble à travers les différentes répétitions. Les enregistrements ont duré 3 jours et c’était assez fatigant car nous avions gardé notre rythme habituel de prières qui commence à 5 h 15 du matin. A cela s’étaient donc ajoutés 7 heures d’enregistrement…Ce fut pour nous une grande joie, mais aussi un petit sacrifice.

Que représente la production d’un tel CD pour la communauté monastique ?
Le tout a été pour nous une expérience de la grâce de Dieu. Car nous n’avons pas couru après cela, cela nous a été vraiment accordé par Dieu. C’est ainsi que nous avons relevé le défi.

En fait, c’est vachement super : nous ne faisons rien d’autres que ce que nous faisons habituellement : nous prions. Ainsi nous ne nous égarons pas dans le monde et ne nous écartons pas du tout de notre vocation véritable. Et pourtant le monde vient à nous et s’intéresse á ce qui est, au fond, notre job. Ça nous a fait vraiment plaisir.

A présent nous sommes naturellement tout curieux de savoir si le CD aura du succès. Ce fut très surprenant qu’en l’intervalle de 10 jours seulement plus de 80 000 personnes aient vu la vidéo sur Youtube.com.

Que représente pour vous le chant grégorien ?
Le chant grégorien est pour nous prière. Les mélodies n’ont pas seulement qu’un effet apaisant, mais encore communiquent une force. C’est, comme si on dépassait une limite mentale et que l’on laissait derrière soi le train-train quotidien de ce monde. Le chant grégorien ouvre le cœur à Dieu et à la dimension spirituelle, c’est aussi très essentiellement une question émotionnelle : c’est la joie et le souci, la louange et la tristesse, la jubilation et l’action de grâce.

Les mélodies sont très variées, chaque jour quelque chose d’autre est chanté. Mais quand on reste au monastère quelques années ou quelques dizaines d’années, on se réjouit de quelques antiphones ou mélodies d’alléluia précis.

Quelles serons les conséquences de l’enregistrement de ce CD sur la vie de votre monastère, allez-vous devenir des Pop-stars ?

Pop-stars, ça alors, on ne le deviendra sûrement pas. Pourquoi le CD devrait-il changer notre vie. Sur le CD on entend simplement ce que nous faisons quotidiennement ici, dès le matin de bonne heure jusqu’au soir : chanter, louer, méditer…Le père abbé a naturellement pris certaines mesures de sécurité. Ainsi il a décidé qu’il n’y ait que P. Karl, responsable du travail avec les médias, qui pouvait donner des interviews. Car si chaque moine qui a participé à l’enregistrement du CD commençait à faire de la pub, bientôt il ne serait plus moine… Et le chœur des moines ne va, en aucun cas, faire des shows ou gravir des podiums. Notre unique podium c’est notre monastère de la Sainte Croix. Celui qui veut nous écouter en live, dois venir ici ; et ici chacun est évidemment le bienvenu ! Mais nous n’irons pas du tout à l’extérieur !

Les jours pendant lesquels se sont déroulées les enregistrements furent pour nous une situation extraordinaire. Ils étaient pourtant en même temps empreints d’une expérience de foi profonde. Les enregistrements ont eut lieu dans l’église de la Croix (Kreuzkirche) , qui a fait office de studio. Malgré tous les micros et les appareils, nous avons gardé le Très-saint Sacrement et le reliquaire de la Sainte Croix dans cette chapelle. Et nous avons chanté en direction de l’autel, donc vers Dieu, pour ainsi dire. Ce qui fait que les enregistrements ne sont pas juste de la production musicale mais prière, à proprement parlé. Il y avait 17 confrères qui ont chanté. Ceux-ci ont été eux-mêmes surpris de la beauté de leur chant. C’était surnaturel ! Mais pourquoi ? Parce qu’on a senti qu’il ne s’agit pas d’une représentation artificielle, mais plutôt d’un chant qui jailli du cœur.

Qu’allez-vous faire avec l’argent ?
Alors, nous ne savons pas, si le disque aura un grand succès, mais nous l’espérons. Et, en fait, nous avons aussi besoin de l’argent car nous avons beaucoup de tâches. Chez nous il y a de nombreux séminaristes du Vietnam, du Sri Lanka, et d’Afrique qui étudient et dont les frais d’études nous coûtent très cher. Si nous gagnons de l’argent, ce serait bien, car nous l’utiliserons pour la formation des prêtres. Dieu nous a porté secours à travers ce contrat de disque, c’est ainsi qu’avec les recettes nous voulons faire quelque chose qui contribuera à ce que Dieu soit d’avantage aimé dans ce monde.

Liste des morceaux

1 Antiphon “In Paradisum“ et Psalmus 121 (122) - 4.25
2 Responsorium “Subvenite“ - 2.26
3 Responsorium “Libera me“ - 4.26
4 Stift Heiligenkreuz Bells - 1.36

Missa pro defunctis:
5 Introitus “Requiem æternam“ - 2:00
6 Kyrie - 1:38
7 Graduale “Requiem æternam“ - 2:40
8 Tractus “Absolve Domine“ - 2:10
9 Offertorium “Domine Iesu Christe“ - 3:40
10 Sanctus - 0:46
11 Post Elevationem: “Pie Iesu Domine“ - 0:50
12 Agnus Dei - 0:44
13 Communio “Lux æterna“ - 1:01

Ad Completorium:
14 Deus in adiutorium - 0:49
15 Hymnus “Te lucis ante terminum” - 1:24
16 Psalmus 4 - 2:33
17 Psalmus 90 (91) - 3:46
18 Psalmus 133 - 1:12
19 Lectio brevis - 0:27
20 Responsorium breve - 0:40
21 Canticum Simeonis “Nunc dimittis” - 2:17
22 Kyrie - 0:12
23 Oratio conclusive - 0:47
24 Antiphona ad Beatam Mariam Virginem “Salve Regina” - 2:47
25 Benedictio - 0:19
26 Stift Heiligenkreuz bells (reprise) - 0:50
27 Hymnus “Veni Creator Spiritus” - 2.30
28 Introitus Dominica Pentecostes “Spiritus Domini” - 2.35
29 Communio Dominica Pentecostes “Factus est repente” - 1.12


Publié le Dimanche 25 Mai 2008 dans la rubrique Culture | Lu 12339 fois