Bien-être

Mémoire : de la plainte à l’oubli, repérer pour mieux accompagner


Outil merveilleux, complexe et indispensable à toutes nos actions quotidiennes, la mémoire sert aussi bien à se souvenir du nom d’un livre lu ou d’un film vu récemment qu’à se rappeler si l’on a bien fermé sa porte à clé en partant de chez soi. Au cœur de notre sphère intime, elle nous permet de nous définir à nous-mêmes et aux autres en tant qu’individu singulier. Mais il arrive qu’elle soit l’objet d’une insatisfaction voire d’une inquiétude pour soi-même… ou pour les autres !


Dans le processus de vieillissement normal, la mémoire et le raisonnement s’altèrent. Si cette érosion de nos capacités est normale avec l’avancée en âge, elle diffère très significativement des troubles cognitifs pathologiques comme la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées.

La maladie d’Alzheimer est un enjeu majeur de santé publique. Peut-on déjà clairement distinguer ressenti et risque ? En effet, le plus grand nombre est surtout concerné par l’inquiétude des oublis, plus que par une pathologie…

Si le sujet des pathologies de la mémoire est une véritable inquiétude pour plus de 27% des personnes accueillies dans les centres de prévention Bien Vieillir Agirc-Arrco, moins de 3% sont effectivement concernées par un diagnostic probable d’une pathologie débutante. L’incidence annuelle de la maladie d’Alzheimer est estimée à 2% chez les patients âgés de 65 ans et plus, et elle double ensuite par tranche de cinq ans.

Devant l’ampleur du phénomène, il est donc apparu nécessaire aux centres de prévention de s’emparer de ce sujet. Tout au long de l’année 2011, l’Agirc et l’Arrco ont donc mené une étude auprès de la population qui fréquente les centres de prévention. En voici les principaux résultats…

Apport de l’étude : cette étude se base sur 972 bilans réalisés en 2011 dans sept centres de prévention.
Les personnes qui en ont bénéficié, volontairement venues dans les sept centres de prévention, sont toutes retraitées et en bonne santé apparente.

Rappelons que ces centres de prévention ont adopté une démarche globale : médicopsycho-sociale. Cette approche pluridisciplinaire, à la fois individuelle et collective, vise à repérer d’éventuels troubles pour mieux accompagner ou rassurer mais aussi et surtout à apprendre à modifier son comportement pour notamment conserver une mémoire active.

Le repérage de troubles cognitifs se fait au cours de la première phase du parcours de prévention avec la réalisation d’un bilan individuel. Il est composé d’une consultation, d’un entretien psychologique, puis d’un examen médical.

La deuxième phase du parcours consiste à proposer des actions collectives sous la forme d’ateliers mémoire.
Les scores des tests neuropsychologiques retenus et utilisés au cours de l’étude (« test des 12 mots » et
« MoCA ») ont été croisés avec les résultats des évaluations neuropsychologiques effectuées secondairement. Le
« 12 mots » et le « MoCA » se sont révélés, en comparaison avec d’autres tests de dépistage, comme étant les plus pertinents (avec un léger avantage pour le « 12 mots ») pour un repérage précoce des troubles cognitifs. De plus, ils devraient pouvoir être utilisés très simplement en médecine de ville, après validation en population générale. Cet apport est un véritable pas en avant dans le repérage des troubles de la mémoire.

L’étude montre l’importance de ces troubles de la mémoire : 14,7% des personnes présentent un trouble cognitif léger. 2,3% des personnes ont obtenu des résultats aux tests évocateurs d’une maladie d’Alzheimer. Ce chiffre concorde avec toutes les estimations actuelles.

Les travaux mettent également en évidence qu’il existe de réels facteurs de risques associés : l’âge, le déficit de relations sociales, les difficultés financières, l’absence ou la faiblesse d’activités culturelles, les troubles anxio-dépressifs… L’étude confirme donc la littérature actuelle : au-delà des facteurs strictement médicaux (comme par exemple, les risques cardiovasculaires) les facteurs psychologiques et environnementaux sont d’une importance majeure.

Enfin, la pratique d’activités physiques collectives apparaît comme un excellent moyen de prévention du déclin cognitif. Cette pratique régulière améliore l’oxygénation du cerveau et la motricité et provoque des répercussions positives sur la mémoire. Un domaine prometteur.

Ce type de bénéfice se retrouve également dans les ateliers mémoire proposés, qui au-delà de leurs effets propres, sont une excellente solution de resocialisation et donc de réassurance. Loin de la stigmatisation ou de la frayeur de l’avenir, l’étude montre que pour les personnes ne présentant pas de troubles avérés, tout l’intérêt du repérage précoce de ces troubles va résider dans :
- l’accompagnement pluridisciplinaire qui permet la réassurance, l’estime de soi, l’écoute et la réflexion sur le projet de vie de chacun et l’établissement de nouveaux liens sociaux,
- la modification des comportements soutenue par l’offre d’ateliers mémoire dans les centres de prévention Bien
Vieillir Agirc-Arrco.

S’agissant des personnes présentant un déficit cognitif, l’intérêt du repérage précoce peut permettre :
- l’orientation vers un suivi médico-psychologique spécialisé et une meilleure prise en charge des facteurs de risque car l’accompagnement selon une méthode spécifique peut contribuer à accepter le diagnostic,
- le soutien des familles, et notamment des aidants : information et orientation vers les groupes de parole, solutions et plateformes de répit, mais aussi bilans de prévention spécifiquement dédiés aux aidants.

L’approche globale de la personne, médicale, psychologique et sociale, qui a présidé à la création des centres de prévention Bien Vieillir Agirc-Arrco, il y a trente ans, est désormais modélisée et validée sous trois angles : le Bien Vieillir, l’équilibre et la prévention des chutes, la mémoire.


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Publié le Lundi 9 Juillet 2012



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