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Mary et Max : un nouveau film d’animation sur les relations intergénérationnelles et le temps qui passe… entre autre

Le nouveau film d’animation d’Adam Elliot sort en salle aujourd’hui. Intitulé Mary et Max, il aborde avec tendresse et humour une histoire d’amitié entre deux personnages que tout oppose. Mary une petite fille de huit ans et Max, un vieux monsieur…


Après Là-haut, film d’animation en 3D des studios Disney-Pixar sorti cet été dans les salles, mettant en scène les relations improbables entre un héros de 78 ans veuf et grincheux et un petit garçon de huit ans, c’est au tour de Mary et Max d’aborder une histoire d'amitié entre deux personnages que tout oppose.

Sur plus de vingt ans et d’un continent à l’autre, Mary et Max raconte l'histoire d'une relation épistolaire entre deux personnes très différentes : Mary Dinkle, une fillette de 8 ans joufflue et solitaire, vivant dans la banlieue de Melbourne, en Australie, et Max Horowitz, un juif obèse de 44 ans, atteint du syndrome d'Asperger (sorte d’autisme) et habitant dans la jungle urbaine de New York.

En faisant la chronique du voyage de Mary de l'adolescence à l'âge adulte et du passage de Max de la maturité à la vieillesse, ce film d’animation en pâte à modeler explore un lien qui surmonte bien plus d'aléas qu'une amitié classique. Comme Harvie Krumpet, du même auteur, Oscar du meilleur court-métrage d'animation, ce long-métrage est un parcours à la fois hilarant et poignant à travers l'amitié, l'autisme, la taxidermie, la psychiatrie, l'alcoolisme, l'origine des bébés, l'obésité, la cleptomanie, les différences sexuelles, la confiance, l'accouplement des chiens, les différences religieuses, l'agoraphobie et bien d'autres surprises de la vie.
Mary et Max, Copyright Gaumont

Notes du réalisateur Adam Elliot

Mary et Max, copyright Gaumont
Max est inspiré de mon correspondant à New York, à qui j'écris depuis plus de vingt ans. C'est quelqu’un de passionnant et la création de ce film lui rend hommage, ainsi qu'à l'archétype du perdant auquel de si nombreux spectateurs s'identifient.

Comme Max, il est atteint du syndrome d'Asperger et j'ai effectué de longues recherches à ce sujet. Mon but est non seulement de donner un éclairage sur les « Aspies », mais aussi de démonter les idées fausses que l'on a souvent –y compris les soi-disant spécialistes– sur eux.

Beaucoup de gens disent qu'ils se sentent souvent différents, qu'ils ne trouvent pas leur place. J'en fais partie. Malgré le succès, la reconnaissance et l'acceptation dont bénéficient mes films, je me sens encore souvent seul, sur une autre longueur d’onde que le reste du monde. Je me sens souvent triste, tourmenté, sûr de rien et je trouve le monde trop souvent injuste. Je comprends réellement ce que ressentent les gens perdus, laissés pour compte, marginalisés et mélancoliques. Je suis attiré par ces gens-là et par leurs histoires ; c'est plus fort que moi. Je les trouve fascinants, depuis le plus ordinaire jusqu'au plus bizarre.

C'est avec eux que je me sens en lien et ce sont leurs histoires que j'ai envie d'écouter et de voir sur grand écran. Et je SAIS que le public aussi veut entendre ces histoires de différences
; des milliers de gens du monde entier me l'ont dit au fil des dix dernières années. J'ai chez moi une boîte qui contient les centaines de coupures de presse, d'emails et de lettres que j'ai reçus concernant mon travail.

Presque chaque jour, nous recevons du courrier de fans ; beaucoup nous est parvenu bien avant l'attribution de l'Oscar. Nous recevons des lettres bouleversantes de personnes atteintes du syndrome de Tourette, de la maladie d'Alzheimer ou souffrant de dépression. Des jeunes ou des personnes âgées, de Suède ou de Tokyo. Des gens qui ont vu les films sur grand écran, dans l'avion, dans un festival de cinéma, sur Internet ou même sur leur téléphone. Tous sont touchés par mes films. Pour certains, ceux-ci ont changé leur vie, d'autres y ont simplement trouvé un peu de réconfort.

Tout récemment, j'ai reçu l’appel d'une femme me racontant que sa meilleure amie avait décidé de regarder Harvie Krumpet en boucle pendant ses dernières heures avant de mourir d'un cancer. Je suis souvent bouleversé par ces témoignages, qui me rappellent constamment le pouvoir des histoires. Les réactions des gens sont une grande leçon d'humilité et j'ai l'immense chance d'avoir la capacité et la possibilité de continuer à apporter une petite amélioration à la vie des gens.

Je ne fais pas des films dans le but d'obtenir ces réactions ; elles sont réelles, inattendues et me parviennent tous les jours. Je dis souvent que si je pouvais, je ferais mes films gratuitement. Aucune somme d’argent n'achètera jamais le sentiment qu'on éprouve, assis parmi les spectateurs qui regardent un film dans lequel on a mis toute son âme, quand on sait qu'ils sont non seulement distraits, mais aussi nourris et émus. J'ai appris, il y a longtemps maintenant, qu'avoir un effet positif sur ses semblables procurait un merveilleux sentiment de satisfaction et de privilège. Alors, qui sait ? Je fais peut-être mes films pour des raisons purement égoïstes.

Quoi qu'il en soit, je ne suis bon à rien d'autre, alors pour l'heure, la lente et coûteuse besogne qui consiste à faire bouger des morceaux de pâte à modeler semble être mon lot.

Mary et Max, sortie le 30 Septembre 2009

Réalisation : Adam Elliot
Pays d'origine : Australie - 2008
Avec : les voix de Toni Collette, Philip Seymour Hoffman
Durée : 92 minutes


Publié le Mercredi 30 Septembre 2009 dans la rubrique Culture | Lu 3620 fois