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Mercredi 24 Août 2011
Les tortues ne meurent pas de vieillesse : émouvant documentaire sur trois aînés marocainsLe documentaire « Les tortues ne meurent pas de vieillesse », écrit et réalisé par Hind Benchekroun et Sami Mermer porte un regard sur une génération qui disparaît... Ce film nous fait partager la vie de trois vieux hommes dans la région du nord du Maroc, près de Tanger. Chehma, un ancien maître pêcheur, Erradi un aubergiste solitaire et Abdesslam, un musicien ambulant. Tous trois travaillent toujours et encore pour gagner leur vie.
Ce documentaire de 92 mm nous plonge dans les univers riches et colorés de ces vieux, dont la vie oscille entre tristesse et petits bonheurs… Les tortues ne meurent pas de vieillesse illustre leur volonté de vivre, leur vision face à la mort qui approche et leur courage à travailler sans relâche... Malgré leur âge.
Bien sûr, les propos de Chehma, Erradi, Abdesslam dépassent le cadre géographique du Maroc. Leurs paroles nous transportent dans l’universalité d’une réflexion sur la vie, la vieillesse et la mort. Comme le souligne la réalisatrice dans un récent entretien accordé à un quotidien québécois : « Faire ce film me permettait de retourner dans mon pays d’origine afin de capter l’essence de cette génération de personnes âgées dont les traditions s’effacent. Si on ne prend pas le temps d’en faire des enregistrements, certaines de ces traditions vont s’éteindre à tout jamais.» Résultat : un documentaire ancré dans le quotidien de ces hommes, enrobé d’une tendre humanité. Soulignons que ce long-métrage a été récompensé du Grand prix de la ville de Tétouan en mars dernier. Les tortues ne meurent pas de vieillesse sera présenté au Cinéma Parallèle (Montréal/Canada) à compter du 26 août 2011. Il ouvrira également le sixième festival Cinéma de fils méditerranéens à Nice en octobre prochain.
Chehma, le pêcheur : « Entrer à la mer, c’est mourir, en sortir c’est renaître ».
Chehma a 75 ans. C’est un maître-pêcheur, fils et petit fils de pêcheur. Il a appris le métier à l’âge de 10 ans dans les années quarante à l’époque où les Espagnols colonisaient encore cette magnifique plage sauvage qui porte le nom de Dalia et qui se situe à quatorze kilomètres, face à l’Europe. Malgré son âge, Chehma est obligé de travailler car il n’a pas de fils qui peut l’aider ni de retraite. C’est le dernier pêcheur qui exerce la pêche traditionnelle au filet avec sa vieille barque Khayata. Malheureusement, Chehma n’est plus aussi fort qu’avant. Le soleil et le vent l’atteignent facilement et il tombe malade souvent après ces sorties de filet. Quand il ne pêche pas, Chehma s’occupe de son amour, Khayata. Posée en retrait des autres barques, et percée par le sel, le soleil et le sable, il fait tout ce qu’il peut pour tenter prolonger sa vie, même s’il sait qu’elle n’en a plus pour longtemps. « Quand je vais mourir, Khayata aussi va mourir, il ne lui reste plus qu’un an. » L’histoire de Chehma, c’est l’histoire du vieil homme et sa vieille barque qui survivent dans une époque où le poisson est de moins en moins abondant. hommes dépeints par le documentaire Les tortues ne meurent pas de vieillesse font revivre au spectateur leur passé et, surtout, leurs traditions.
Erradi, l’aubergiste : « La solitude, c’est comme une montagne haute, qui cache derrière elle un homme dont on croit que le coeur est vide ».
Nous quittons la mer et l’espace ouvert de Chehma pour se retrouver en huit clos avec Erradi qui vit dans une très jolie ville qui porte le nom de Assilah, située sur le bord de l’Océan Atlantique, pas loin de Tanger. Erradi est un aubergiste. Il possède un établissement de quatre étages qu’il loue à des touristes. Il vit des revenus de cette auberge ainsi que d’une petite retraite de son ancien travail au chemin de fer. Erradi est dépassé par les travaux que nécessitent les appartements qu’il met en location. Il n’a plus la force ni l’énergie de sa jeunesse. Il est en colère contre sa vieillesse qu’il a dû mal à accepter. Erradi est un personnage intriguant et insolite. Contrairement à la plupart des vieux au Maroc, il vit seul. Il a choisi la solitude par amour de liberté mais aussi à cause de son caractère difficile. Avec Erradi, on plonge au coeur de la vieillesse, dans l’intimité et dans la solitude d’un vieil homme capricieux, drôle, captivant et touchant à la fois. Il y a chez les personnes âgées un présent aussi riche, sinon plus, que leur long passé. Mais un présent qui, marqué de traditions anciennes, est souvent appelé à disparaître sous le rouleau compresseur de la modernité.
Abdesslam, le musicien : « La vie n’est rien, nous ne sommes que des êtres de passage ».
Abdesslam, 76 ans, vit dans un petit village niché dans les montagnes du Rif. C’est l’un des plus vieux artistes nomades qui restent dans la région du Nord. Musicien ambulant, il joue la flûte et le bendir avec le souffle et l’énergie d’un jeune de 18 ans. Il est marié avec Aicha, avec qui il a eu vingt enfants dont sept sont décédés. Depuis toujours, Abdesslam est le seul qui fait nourrir toute sa famille. Pour gagner sa vie et subvenir à leurs besoins, il part chaque semaine jouer de la musique à Chefchaouen, la ville bleue située sur une montagne. Il y passe quelques nuits puis il revient à la maison avec des provisions, le jour du souk hebdomadaire. Le plus grand souhait de Abdesslam est de marier son fils, Mustafa, avant de mourir. Il prévoyait de le marier cet été et il devait mettre toutes ces économies dans ce mariage malheureusement, Mustafa a disparu. À cause de l’interdiction de la culture de la drogue dans la région, il a dû partir, avec d’autres jeunes de son village, pour chercher un avenir meilleur sous un ciel plus prospère. Malgré sa situation précaire, Abdesslam est un être d’une grande générosité et joie de vivre qui lui permet de traverser ses difficultés dans la vie.
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