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Les thermes de Cluny : unique témoignage des bâtiments romains du Paris antique, au Musée national du Moyen Age

Unique témoignage de la splendeur des bâtiments romains du Paris antique, les thermes de Cluny sont parmi les vestiges les plus monumentaux du nord de la France. A l'issue d'une campagne de restauration initiée en 2000, le frigidarium a réouvert ses portes au public le 20 mai dernier, à l'occasion de l'exposition « Le bain et le miroir. Soins du corps et cosmétiques de l'Antiquité au Moyen Âge ».


Les thermes de Cluny ou thermes du nord de Lutèce se trouvaient au coeur de la cité, non loin du forum et du théâtre. Ils occupaient une superficie d'environ 6.000 m2, ce qui en faisait les plus grands des trois thermes publics connus de Lutèce.

Construits au Ier siècle de notre ère, ils ont été utilisés jusqu'à la fin du IVe siècle. Même s'ils perdent leur destination d'usage à ce moment là, les thermes n'ont jamais cessé d'être occupés.

A la fin du XVème siècle, la construction de l'actuel hôtel de Cluny inclut une partie des vestiges de ces thermes. Ils deviennent alors la propriété de l'abbaye de Cluny et bénéficient ainsi d'un statut foncier qui les a certainement préservés du pillage.

Aujourd'hui, une partie des installations souterraines est connue (accessible seulement en visite accompagnée). Un niveau est réservé aux réseaux hydrauliques et aux égouts. Un autre niveau se compose de petites pièces qui servaient certainement à stocker le bois, les onguents, les serviettes et autres choses nécessaires au bon fonctionnement d'un établissement thermal.

A ciel ouvert, les promeneurs du boulevard Saint-Germain et du boulevard Saint-Michel peuvent apercevoir les vestiges des murs du caldarium et du pseudo-caldarium avec sa voûte effondrée. Le frigidarium est le seul espace des thermes conservé en élévation.

Fonction des thermes
Lieux incontournables de la vie sociale romaine, les thermes étaient fréquentés par tous. Certains jours ou certains horaires étaient réservés aux femmes. Dédiés aux soins du corps, les thermes étaient aussi un lieu de délassement. On y pratiquait le sport, la lecture, la discussion...

Le mot « thermes » évoque davantage la chaleur que l'eau. De fait, le parcours thermal était proche de celui du hammam : le corps était exposé à des atmosphères chaudes et froides de manière à procéder à un nettoyage en profondeur de l'épiderme. Des bassins permettaient de se rafraîchir et de se nettoyer après avoir transpiré.

Le frigidarium
Le frigidarium est la première pièce dans laquelle pénètrent les utilisateurs des thermes. Celui de Cluny est un espace en forme de T qui se déploie sur une superficie d'environ 250 m2. Il est éclairé par quatre baies en arcade. Situées en hauteur, elles étaient vitrées au moment de la construction du bâtiment.

Le frigidarium est l'unique monument conservé de Lutèce qui permette d'apprécier les volumes des édifices romains. Il doit sa célébrité à sa voûte qui culmine à 14 mètres du sol, épaisse de 0,65 m à la clef. Elle est constituée d'une voûte d'arêtes prolongées dans trois directions par des berceaux. Les arêtes reposent sur des consoles sculptées en forme de bateaux dont deux exemplaires sont conservés au nord.

Monument urbain de première importance, les thermes sont habituellement pourvus d'un riche programme décoratif. On sait que le placage de marbre était largement utilisé notamment pour la parure des sols, le revêtement des piscines et celui des baignoires intégrées.

Comme les autres pièces des thermes, les murs du frigidarium de Cluny étaient recouverts d'un décor aujourd'hui disparu. Néanmoins, des traces de pigments d'un bleu soutenu dans certaines parties de la voûte laissent entrevoir la gamme chromatique intense qui avait été choisie. Un fragment de mosaïque représentant un amour chevauchant un dauphin, découvert à proximité du site, pourrait faire partie du décor mural des thermes. Toutes ces traces, y compris les consoles sculptées, permettent d'imaginer pour cette salle une décoration avec un thème aquatique.

Dans les locaux techniques du sous-sol des plaques de peinture rouge ornée de liserés et de bandeaux noirs subsistent. Au vu de la qualité de ces ornements, on suppose que les parties publiques des thermes de Cluny étaient d'un grand luxe.

Un vaste chantier de restauration
L'ensemble des murs en élévation du frigidarium se caractérise par la qualité de son parement constitué de petits moellons de calcaire que traversent régulièrement des assises de brique horizontales (opus vittatum mixtum). A l'intérieur du frigidarium le visiteur peut admirer la technique de parement du sol et celle de la couverture en voûte d'arêtes.

L'urgence de la restauration intérieure et extérieure du frigidarium s'est traduite en l'an 2000 par la mise en place d'un échafaudage de platelage afin de protéger le public d'éventuelles chutes de matière. Des études approfondies menées entre 2005 et 2007 ont permis l'élaboration d'un protocole de conservationrestauration.

Le chantier, sous maîtrise d'ouvrage déléguée au Service National des Travaux, a été confié pour la maîtrise d'oeuvre à Bernard Voinchet, Architecte en chef des Monuments Historiques en charge des bâtiments du musée.

Le chantier a consisté en la restauration des menuiseries métalliques des baies, et le remplacement de leurs verrières. En 2008, une équipe d'une vingtaine de restaurateurs dirigée par Véronique Legoux a été mandatée pour mener à bien le traitement du parement interne. Les restaurateurs ont mis en oeuvre une large gamme de soins de conservation depuis le dépoussiérage, les consolidations des pertes de cohésion et d'adhérence des enduits en passant par l'extraction des sels contenus par le bâtiment.

Au final, les actes de restauration réalisés ont rétabli une meilleure lecture de l'édifice en termes de volume, climat et lumière. La restauration a dévoilé la couleur des beaux enduits rosés qui couvrent les murs. Bien que leur fonction ne soit pas décorative, ces enduits participent à l'effet esthétique du monument.

Le chantier s'est avéré riche en enseignements : de nouvelles zones de décor ont été identifiées grâce à la découverte de petits fragments de peinture noire et rouge au lieu dit du « saut-du-loup » (visibles uniquement lors des visites commentées des souterrains). On distingue nettement une baie - jusqu'alors invisible - qui regarde en direction du caldarium et qui avait été obturée à l'époque romaine. Elle permet une meilleure compréhension des jeux de lumière.

Des traces d'enduit préparatoire ocre rouge ont été découvertes sur les consoles. Enfin, les étapes de la construction du frigidarium ont été précisées. La publication des conclusions scientifiques est prévue en 2010.

A l'issue de ce chantier de restauration, le frigidarium des thermes de Cluny réouvrira ses portes au public le 20 mai 2009 en accueillant l'exposition « Le bain et le miroir » dédiée à la cosmétique et aux soins du corps de l'Antiquité au Moyen Âge. Cette exposition, en deux volets, se poursuivra au musée d'Ecouen, qui pour l'occasion, et en écho au frigidarium, ouvrira l'appartement des bains du château au public.
Les thermes de Cluny : unique témoignage des bâtiments romains du Paris antique, au Musée national du Moyen Age

Information pratique

Horaires : ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 9h15 à 17h45.
Fermeture de la caisse 17h15
Fermé le 1er mai, le 25 décembre et le 1er janvier

Informations : 01 53 73 78 16 - www.musee-moyenage.fr

Librairie/boutique : 9h15 - 18h, accès libre, tél. 01 53 73 78 22

Accès : Métro Cluny-La-Sorbonne / Saint-Michel / Odéon
Bus n° 21 - 27 - 38 - 63 - 85 - 86 - 87
RER Ligne B Cluny-La-Sorbonne et RER Ligne C Saint-Michel-Notre-Dame


Publié le Mardi 30 Juin 2009 dans la rubrique Culture | Lu 13774 fois