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Les stéréotypes sur les ainés renforcent les effets du vieillissement

« Les stéréotypes ont la vie dure… et pèsent sur nos compétences d’une manière insoupçonnée », pourrait-on ajouter. Une assertion que la psychologie sociale démontre, et un objectif : libérer les personnes âgées du joug des stéréotypes pour favoriser leurs capacités. Article publié dans le numéro 269 du journal de mars 2017 de l’Université de Franche-Comté.


Les stéréotypes sur les ainés renforcent les effets du vieillissement
Qu’on les appelle abruptement « les vieux » ou avec plus de délicatesse « les seniors » n’y change rien : les stéréotypes négatifs collent aux baskets et aux déambulateurs des plus de 65 ans, comme pour de nombreux groupes sociaux.
 
Sauf que celui-là présente la particularité d’être regardé, voire jugé par des individus qui un jour y entreront, chargés de tous les messages dommageables accumulés au cours de leur vie. C’est un processus que la psychologie décrit sous le vocable « internalisation du stéréotype ».
 
La personne a eu le temps d’intégrer toutes les représentations liées au vieillissement, au point de les faire siennes au moment où elle arrive à cette étape de son existence. « Les stéréotypes créent la réalité », résume Marie Mazerolle, enseignante-chercheure en psychologie à l’université de Franche-Comté, et qui fait de ces questions le sujet phare de ses travaux.
 
« Et plus les gens ont une vision négative, plus ils ont tendance à s’y conformer. Cela a des conséquences sur la volonté de s’engager dans des activités physiques, sur l’apparition de dépressions, et même sur l’espérance de vie ».
 
Un autre mécanisme entre en jeu, celui de la « menace du stéréotype », qui voit les gens perdre leurs moyens selon un processus contreproductif : la crainte de confirmer la mauvaise réputation de leur groupe social, en répondant mal à ce qu’on attend d’eux, a un effet délétère sur leurs performances. Ce processus, mis en évidence par des psychologues américains dans les années 1990, a été validé auprès de différents groupes sociaux marqués par le jugement : les Afro-américains considérés moins intelligents que les Blancs, les personnes âgées perdant la mémoire au fil du temps…
 
Des compétences sous pression
Les études portent sur deux groupes, l’un soumis à la menace (on va mesurer votre compétence par rapport à votre âge), l’autre mettant en scène des paramètres extérieurs (la situation dans laquelle vous êtes peut influencer votre performance, engendrer du stress, sans pour autant que cela soit lié à vos compétences).
 
« Dans la majorité des cas, les performances des répondants sont nettement supérieures lorsqu’on réduit le stress social. » L’intelligence et les performances intellectuelles des Noirs et des Blancs redeviennent identiques, et les défauts de mémorisation des personnes âgées se réduisent.
 
Les travaux de Marie Mazerolle portent à la fois sur la menace et l’internalisation des stéréotypes, sur les interactions potentielles entre les deux mécanismes, et sur les ressorts gouvernant ces phénomènes. La scientifique participe à un programme national visant à mettre en évidence le poids des stéréotypes dans le diagnostic de démence des personnes âgées, un enjeu d’autant plus important que 70 % des personnes jugées susceptibles de développer une pathologie dégénérative de type Alzheimer, ne déclarent jamais une telle maladie.
 
Marie Mazerolle oriente par ailleurs ses recherches sur les performances motrices, afin de voir quelle est la prégnance du stéréotype dans des situations aussi usuelles que la marche. Des expériences comparatives viennent de démarrer au laboratoire, inaugurant un projet qui devrait rendre ses premières conclusions dans dix-huit mois environ.

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Publié le Vendredi 17 Février 2017 dans la rubrique Social | Lu 4708 fois