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Les derniers indiens de Marie-Hélène Lafon : la revêche du temps perdu


Des Santoire, il ne reste que le frère et la sœur. Ils sont les descendants d’une ancienne famille qui eut sa gloire pendant plusieurs générations, du côté du Cantal. Cette famille régnait, on le devine, sur d’immenses terres agricoles et était respectée de tous.

Aujourd’hui Jean et Marie sont les seuls survivants de cette dynastie. Ils ne sont pas mariés, n’ont pas d’enfants et vivent dans ce qui reste du domaine, une vieille ferme.

Leurs existences est une régurgitation de leurs souvenirs et une confrontation avec l’extérieur, avec ce qu’on appelle la modernité. Deux mondes s’affrontent dans ce roman, ou bien s’ignorent si l’on veut, tout en s’épiant avec condescendance ou envie.

Marie « ne cherchait pas à tout comprendre, elle assistait à la vie des voisins comme à une sorte de spectacle sans fin, donné, stupéfiant et familier à la fois ».
Les derniers indiens de Marie-Hélène Lafon : la revêche du temps perdu

De ses voisins Marie en sait à la finale peu de choses, quelques linges qui sèchent sur le fil, quelques lettres qui tombent de la boîte et vite subtilisées, quelques détritus échappés de sacs poubelles éventrés qui valent bien quelques confidences.

C’est une belle histoire que nous conte Marie-Hélène Lafon. Elle est triste, grinçante, pessimiste. Elle est portée par Marie, personnage central de ce livre. C’est une taiseuse qui exprime la tragédie d’une époque finissante et qui fait résonner l’angoisse de l’inadaptation au monde nouveau. Marie, avec une touchante résignation dit : « Le monde était sec et le resterait » et ajoute plus loin « A condition de se taire tout était possible ».

Elle nous livre la nostalgie d’un monde qui s’efface.

Les enfants d’agriculteur travaillent chez Michelin, les fermes se transforment en gîtes ruraux qu’animent pendant quelques mois les citadins. En lisant ce roman, on pense à Maupassant ou à Richard Millet lorsque leurs histoires font sourdre l’inexorable et mélancolique écoulement du temps, où se noie un monde et ou surnagent encore quelques vies anciennes.

Les derniers indiens
Marie-Hélène Lafon
Editions Buchet/Castel
205 pages
13.90 euros


Publié le Lundi 26 Mai 2008 dans la rubrique Culture | Lu 5482 fois