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Les bases nutritionnelles d'un vieillissement réussi...

Lors de la 48ème Journée annuelle de nutrition et de diététiques (JAND) qui s'est tenue le 25 janvier dernier au Cnit de Paris-la-Défense, les scientifiques ont passé en revue les facteurs nutritionnels qui retardent la sénescence et facilitent un vieillissement réussi tout en permettant de rester le plus longtemps possible actif et pertinent. Dans ce contexte, le professeur Monique Ferry de l’Inserm à Valence, propose une approche pluridisciplinaire des problèmes complexes du vieillissement réussi, au sein de laquelle la nutrition joue un rôle capital. Elle rappelle que le bon sens ne doit pas perdre ses droits : l’âge n’est pas une raison pour mal se nourrir, bien au contraire. Ce qu’il faut retenir sur ce thème : le vieillissement est inéluctable mais une prévention nutritionnelle bien conduite permet de retarder sarcopénie, ostéoporose, déclin cognitif, obstacles évidents au maintien d’une bonne qualité de vie.


Par le professeur Monique Ferry, Espace Prévention Senior, Valence / Inserm U557, Université Paris XIII

Bases nutritionnelles d’un vieillissement réussi
Si le vieillissement est un phénomène inéluctable, vieillir sans pathologie ni handicap, en maintenant un niveau d’activités physique et cognitive élevé est tout à fait envisageable. Pour y parvenir, le facteur modifiable le plus accessible est sans aucun doute l’alimentation.

Lorsqu’on recense les principaux mécanismes impliqués dans le vieillissement, il apparaît en effet que l’alimentation joue un rôle important dans nombre d’entre eux, tels que l’apparition de l’insulinorésistance, le stress oxydatif, la sarcopénie (perte progressive de la masse et de la fonction musculaire) ou les modifications pathologiques du poids.

Agir pour favoriser un vieillissement réussi
L’étude « Healthy Aging : Longitudinal study in Europe » (HALE, étude conduite dans onze pays européens) propose une approche multidisciplinaire du vieillissement réussi et de ses déterminants. Elle se fonde sur la mise en évidence des facteurs positifs de vieillissement chez des volontaires ayant atteints une grande longévité, en bon état de santé physique et psychique.

Au vu des premiers résultats obtenus, les conseils suivants peuvent être retenus :
- Maintenir un poids stable et ne surtout pas perdre de poids. Les régimes restrictifs sont à proscrire au-delà de 70 ans. Seul le régime sans sel peut être envisagé sur prescription médicale, pour une période limitée. Même chez le diabétique, les restrictions ne sont pas de mise. La réduction de leur appétit les conduit souvent à ne plus couvrir leurs besoins, y compris en glucides.
- S’alimenter selon le modèle dit méditerranéen, qui privilégie les fruits et légumes, réduit les acides gras saturés au profit des acides gras polyinsaturés et propose du poisson sans éliminer les produits animaux pourvoyeurs aussi de sélénium.
- Maintenir une tension artérielle et un niveau de cholestérol stables.
- Préserver le statut en micronutriments, sans espérer que des suppléments alimentaires permettront de compenser les carences créées par une alimentation aberrante ou restrictive.
- Boire de l’alcool avec modération et éviter de fumer. .../...

A ces cinq conseils, on peut adjoindre les recommandations suivantes :

- Préserver l’appétit et le goût. L’anorexie développée par les personnes âgées est liée à l’apparition d’un déséquilibre qui conduit à une prolongation de la sensation de satiété et réduction de l’appétit. L’anorexie est en outre accrue par une diminution du goût, elle-même augmentée par la monotonie des repas. Une alimentation enrichie qui permet de réduire le volume à ingérer et l’utilisation d’aromates pour relever la cuisine sont deux mesures qui favorisent une meilleure alimentation du sujet vieillissant.

- Préserver la masse musculaire et la densité osseuse par un apport suffisant en protéines de bonne valeur biologique telles que celles trouvées dans la viande, les œufs, les produits laitiers et le poisson. La pratique d’une activité physique modérée (marche, jardinage…) pendant au moins 30 minutes par jour et si possible en plein air (pour favoriser la synthèse de vitamine D) doit être associée aux mesures nutritionnelles.

- Maintenir un état d’hydratation correct. L’hydratation est essentielle au bon fonctionnement cellulaire. Or le vieillissement conduit à une diminution physiologique de la sensation de soif. L’alimentation apportant près de la moitié des apports hydriques, l’anorexie liée à l’âge contribue également à la déshydratation des personnes âgées.

- Préserver les contacts sociaux, l’autonomie financière et lutter contre la dépression. La solitude est un facteur de risque de dénutrition et un moteur de la dépression, elle-même considérée comme un facteur de risque de mauvais vieillissement. La précarité financière peut quant à elle s’opposer au maintien d’une alimentation adaptée.

Seniors, équilibrez votre alimentation !

- L’apport énergétique doit correspondre à au moins 1,5 fois la dépense énergétique. Il doit privilégier les glucides à faible index glycémique, en particulier les céréales et les féculents.

- Les apports en lipides ne doivent pas être abusivement réduits. Ils doivent cependant rester modérés et diversifiés, évitant les graisses saturées et certains acides gras trans.

- Un apport protéique quotidien d’un gramme par kilo est recommandé chez le sujet âgé sain. Cet apport sera augmenté en cas de pathologie, surtout si elle est de nature catabolisante.

- Les apports en micronutriments doivent être particulièrement surveillés. De nombreuses études indiquent un lien entre les déficits en micronutriments et la fréquence des pathologies dégénératives liées à l’âge. Les déficits les plus fréquents chez les sujets âgés sont ceux en sélénium, en vitamine C, en vitamine D et en certaines vitamines B comme les folates.

Ces déficits sont non seulement dus à des facteurs environnementaux tels que les maladies chroniques et leurs traitements, mais aussi à des modifications physiologiques du tractus gastro-intestinal qui perturbent l’absorption et la biodisponibilité des micronutriments ingérés.

- Le sélénium (80 microgrammes/jour), la vitamine C (100 à 120mg/jour) et la vitamine E (20 à 50 mg/jour) aident à combattre le stress oxydatif, un phénomène reconnu comme l’accélérateur principal du vieillissement.

- Le zinc, le sélénium, le cuivre et la vitamine C et E maintiennent l’immunité.

- Le chrome lutte contre l’insulinorésistance et participe au maintien de la masse musculaire.

- Le sélénium, les bêta caroténoïdes, la vitamine E et les folates (400 microgrammes/jour) ralentissent le déclin des fonctions cognitives.

- Le cuivre, le zinc, le calcium et la vitamine D (400 à 600 UI/jour) préviennent la perte de densité osseuse.

Le recours à des apports complémentaires thérapeutiques en vitamine D se justifie souvent, en particulier chez les femmes. Même s’il est préférable d’adopter très tôt un mode de vie sain et de le conserver, il n’est jamais trop tard pour bien faire et des effets positifs de comportements alimentaires adoptés tardivement ont été bien démontrés.

JAND : l'une des plus importantes réunions francophones de nutrition

Fondée en 1960 par les Professeurs Henri Bour et Maurice Dérot, alors Chefs de Service à l'Hôtel-Dieu et organisée en collaboration avec l'Institut Benjamin Delessert, la Journée Annuelle de Nutrition et de Diététique est l'une des plus importantes réunions francophones de Nutrition. Elle rassemble chaque année plus de 1000 participants : diététiciens et médecins (pour plus de la moitié) mais également des cadres de l'industrie alimentaire, des étudiants et des journalistes, parce que la Nutrition est devenue une préoccupation légitime et un centre d'intérêt majeur, bien au-delà du cercle des spécialistes.


Publié le Mercredi 13 Février 2008 dans la rubrique Nutrition | Lu 8249 fois