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Le grand retour des légumineuses

Les dernières décennies ont transformé les légumineuses en une production devenue marginale dans le paysage français et européen. Des accords commerciaux favorisant les protéines importées et une baisse de leur consommation ont fortement réduit leur culture. Pourtant, leurs atouts écologiques et de nouveaux débouchés pourraient bien changer la donne.


Il faut bien se l’avouer : en France et en Europe, les légumineuses n’ont pas eu la vie facile au cours du vingtième siècle et début du vingt-et-unième. Quelques chiffres suffisent à le montrer. Avant-guerre, nos grands-parents consommaient 7 kg par an de haricots, lentilles ou pois, alors qu’aujourd’hui, nous n’en mangeons que 1,4 kg…
 
Au début des années 1990, les légumineuses à graines occupaient jusqu’à 800.000 hectares dans nos campagnes. Elles n’en occupent que moins de 200 mille aujourd’hui, soit environ 2% de la surface des grandes cultures.
 
Qu’est ce qui a conduit à une marginalisation de ces nobles graines, pourtant bien implantées dans la gastronomie française, et qui sont aussi très valorisables en alimentation animale ? C’est la question que s’est posée Marie-Benoît Magrini, économiste à l’unité Agroécologie, Innovations, Territoires. Ses analyses montrent un véritable mécanisme de verrouillage du système productif contre les légumineuses et en faveur des céréales et du soja importé.
 
« Il s’agit d’un choix économique qui se renforce avec le temps et qui contraint d’autant l’apparition d’alternatives », explique la chercheuse. L’origine de ce verrouillage se trouve à la fin de la seconde guerre mondiale. Un traité entre l’Europe et les Etats-Unis élimine les taxes sur le soja américain. Ainsi, l’agriculture du vieux continent se détourne des légumineuses à graines pour préférer les céréales. L’élevage devient alors dépendant des protéines végétales made in USA et les investissements européens se concentrent sur les céréales.
 
En 1973, les autorités s’inquiètent de cette trop forte dépendance et des « plans protéines » voient le jour. Mais, en ne ciblant que les prix des légumineuses, ils ne créent pas de vrais débouchés et de vraies filières permettant aux pois, féveroles et autres légumineuses à graines, de retrouver durablement leur place dans le paysage agricole. Quand les aides s’arrêtent, leur culture décline face aux meilleurs rendements des céréales.
 
Et pourtant, les légumineuses présentent maintenant quelques pousses vertes. Il ne s’agit pas d’un véritable boom, mais des signes qui laissent penser que cette production de protéines végétales pourrait connaître un renouveau.
 
Tout part d’une prise de conscience : la culture de légumineuses, qui ne nécessite pas d’apports d’azote minéral, est profitable pour l’environnement. Par exemple, inclure dans une rotation des cultures une légumineuse, permet de diminuer de 14% les émissions en gaz à effet de serre. De plus, celles-ci enrichissent naturellement le sol en azote. Dans un monde en surchauffe, les légumineuses ont une valeur au-delà de leur prix sur le marché.
 
Pour Marie-Benoît Magrini, l’Etat doit soutenir ces avantages environnementaux. Peu à peu on y vient. Comme preuve, la Politique Agricole Commune vient d’inscrire les légumineuses sur la liste des « surfaces d’intérêt écologique », surfaces auxquelles les agriculteurs doivent attribuer 5% de leurs terres.
 
Du côté des filières en aval de la chaîne de production, les choses sont aussi en train de bouger. Grâce aux légumineuses, l’élevage, notamment les filières de qualité, cherchent à moins dépendre du soja importé.  Par ailleurs, les filières agroalimentaires innovent de plus en plus sur ces espèces. Ainsi, des industriels développent des farines de protéines de pois et de lupin qui entrent dans la composition de divers produits, tels que des plats cuisinés ou des aliments riches en protéines.
Ce regain d’intérêt de l’industrie agroalimentaire, ajouté à un coup de pouce politique, pourrait convaincre les agriculteurs de revenir vers ces cultures. Les légumineuses, une culture d’avenir ? Ce pourrait bien être le cas !


Publié le Lundi 30 Mai 2016 dans la rubrique Nutrition | Lu 882 fois