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La tête en friche : quand un quinqua analphabète rencontre une vieille dame très érudite (film)

Le dernier film de Jean Becker, La tête en friche, sort aujourd’hui dans les salles avec deux grandes personnalités du cinéma français : Gisèle Casadesus et Gérard Depardieu. La tête en friche, c'est l'histoire d'une de ces rencontres improbables qui peut changer le cours d'une vie : celle qui a lieu entreGermain, la cinquantaine, presque analphabète, et Margueritte, une vieille dame très érudite…


C'est l'histoire d'une de ces rencontres improbables qui peut changer le cours d'une vie : la rencontre entre Germain, la cinquantaine, presque analphabète, et Margueritte, une vieille dame très érudite. Germain mène une vie tranquille entre ses potes, sa copine Annette et sa caravane, installée au fond du jardin de sa mère. Il n'a jamais connu son père, sa mère s'est retrouvée enceinte de lui sans le vouloir et le lui fait bien sentir. Et à l'école primaire, il était la tête de turc de son instituteur. Ses copains de bistrot l'aiment bien, mais se moquent souvent de lui.

Pourtant Germain, loin d'être un imbécile, est un philosophe candide, un diamant brut dans lequel jamais personne n'a songé à tailler de facettes. Si sa tête est restée « en friche », c'est qu'on ne l'a pas cultivée.

Un jour, il va rencontrer Margueritte qui va lui lire à haute voix des extraits de romans. Germain va découvrir la magie des livres, dont il se croyait exclu à jamais. Mais Margueritte perd la vue, et pour l'amour de cette petite grand-mère malicieuse et attentive, il ira jusqu'à se mettre à lire pour elle, à haute voix, lorsqu'elle ne pourra plus le faire.

C'est une histoire qui parle de gens simples et vrais, parfois touchants, amusants et souvent très drôles. Une histoire tendre, pleine d'espoir, qui prouve qu'il est toujours possible d'apprendre et jamais trop tard pour être heureux.
La tête en friche, DR

Entretien avec Jean Becker (extraits)

Comment avez-vous découvert le roman de Marie-Sabine Roger et qu’est-ce qui a vous a donné envie de l’adapter ?

J’ai quelqu’un qui recherche des sujets pour moi et qui m’a fait découvrir ce livre de Marie-Sabine Roger « La tête en friche ». Et dès que je l’ai lu, je suis tombé sous le charme. J’ai tout de suite été attiré par le personnage de ce gentil bonhomme, brut de décoffrage, souffrant de son inculture, et dont on pourrait penser qu’il est un peu simplet alors qu’il ne l’est pas le moins du monde. Et justement, grâce à la rencontre fortuite avec une vieille dame très érudite qui va lui révéler la richesse de la lecture, il va évoluer. Elle va le « défricher »…

Pourquoi avoir proposé à Jean-Loup Dabadie de travailler avec vous sur l’adaptation ?

Cela faisait longtemps qu’on avait envie de collaborer ensemble. Je lui ai fait lire « La tête en friche » qui lui a beaucoup plu, et voilà… l’occasion s’était enfin trouvée.

Quand avez-vous pensé à Gérard Depardieu avec qui vous aviez travaillé dans Elisa pour le rôle de Germain Chazes ?

Très tôt. Avant même que je me lance dans l’écriture du scénario. J’ai donné le livre de Marie-Sabine Roger à Bertrand de Labbey, mon agent et ami. C’est lui qui m’a alors suggéré le nom de Depardieu et demandé s’il pouvait lui faire passer le livre. Gérard m’a appelé trois jours après et il m’en a parlé avec beaucoup de ferveur pendant plus d’une heure, allant au plus profond des moindres détails. Je crois qu’il connaît ce livre aussi bien voire mieux que moi, ce qui explique la fluidité et la force de son interprétation !

C’est en tout cas son amour profond pour cette histoire qui a conforté mon envie de faire ce film et aussi la chance de pouvoir le faire avec lui ! Et enfin d’avoir pour camper cette vieille dame, une comédienne extraordinaire de 95 ans : Gisèle Casadesus ! À la suite d’une projection, quelqu’un m’a dit « Ces deux là étaient faits pour se rencontrer ! » et cette remarque m’a fait vraiment plaisir car elle reflétait exactement le sujet du film !

Vos films ont tous un point commun : ils sont nostalgiques sans être passéistes. Comment parvenez-vous à ce résultat toujours délicat à obtenir ?
Je ne sais pas… Chaque fois, je suis tout simplement touché par les sujets, le plus souvent issus de livres et je me sers surtout de la création des autres pour raconter leurs histoires.

On ressort de La tête en friche bouleversé sans avoir eu l’impression de céder à un chantage lacrymal. Quelle est votre méthode pour atteindre ce résultat ?

Je ne cherche pas à être larmoyant même si certains le pensent et je ne crois pas avoir tiré sur la corde de la sensiblerie. Je cherche simplement à raconter au mieux ce qui m’a touché et de traduire à l’écran cette émotion.

Au fur et à mesure des films, vous pensez avoir appris à mieux raconter ces histoires qui vous ont touché ?

Je pense que je m’améliore à chaque fois (rires). Non, je plaisante, je veux dire qu’on apprend toujours quelque chose à chacun de ses films et on s’efforce de ne pas répéter deux fois la même erreur. L’expérience, cela sert de temps en temps…

Entretien avec Gérard Depardieu (extrait)

Comment vous êtes vous retrouvé dans La tête en friche ?

C’est Bertrand de Labbey qui m’a fait passer le livre de Marie-Sabine Roger. Et dès que j’ai eu fini de le lire, je l’ai rappelé pour lui dire que Jean avait vraiment l’art de choisir des livres magnifiques. Car finalement de quoi a t’on besoin au cinéma sinon d’une belle histoire comme ici ? Moi, je déteste les effets. Et il y en a de plus en plus de nos jours, dans les films. Jean se situe à l’opposé de cette logique. Et le roman qu’il a choisi d’adapter est tout simplement bouleversant, au sens le plus noble du terme. Alors, pour interpréter Germain Chazes, il n’y a qu’à se laisser emporter…

Comment le voyez- vous, justement, ce Germain Chazes ?

Il ne voit pas le mal. Il a ses complexes mais on peut difficilement le mettre en colère. Il est extraordinairement positif et c’est ça qui est beau ! Mais ça n’en fait pas pour autant un simplet. Ce Germain, ça aurait pu être moi. En tout cas, il est tel que j’étais, jeune, à Châteauroux avant de partir sur les routes, à 13 ans. Comme lui, j’observais tout, je voyais tout ce qui se passait. C’est donc quelqu’un que je connais très bien : il a beaucoup d’humour et d’amour en lui. Regardez sa relation avec sa mère par exemple. Même s’il n’a pas reçu d’amour de sa part, jamais il ne la condamne. Et puis il est aimé par cette jeune fille interprétée par Sophie Guillemin. Quand on les voit ensemble, la différence d’âge semble ne pas exister parce qu’il est pur. Et contrairement à ce que beaucoup de gens peuvent penser, Germain est un vrai personnage de notre époque. Pour moi, il représente ce qu’il reste à vivre si on fuit la société qui nous est proposée : les écoles qui formatent les gamins et tuent forcément les rêves…Germain, lui, est hors de tout formatage mais accroché à certaines valeurs et à la vie alors qu’il a été bousculé de partout.

Comme vous le connaissez si bien, le chemin pour devenir ce Germain Chazes a-t-il été simple pour
vous ?

Oui, comme je le disais, il suffit de se laisser porter par les situations et le texte. Quand je joue, je cherche toujours à être au plus près de ce que les gens regardent ou pourront voir. Je ne sais pas ce qu’on peut apporter de plus à la situation qui est là et aux mots qui sont à dire. Il ne faut surtout pas composer. La composition perturbe considérablement et vous entraîne dans ces fameux formats que je fuis.

Quel plaisir avez-vous pris à jouer avec Gisèle Casadesus ?
Un plaisir énorme car je suis spectateur dans ces moments-là. C’est étonnant et courageux de voir une femme de son âge apprendre son texte et se concentrer à ce point-là. Mais ce qui m’a séduit c’est sa féminité toujours aussi incroyable, sa coquetterie, que je vois comme le résultat d’une belle vie et d’un certain amour, d’un espoir ou d’une croyance. Quelqu’un qui ne croit à rien ne peut pas vieillir ainsi. Gisèle croit aux oiseaux, à la beauté, au chagrin, à la tristesse… alors que tant de gens n’ont pas le courage de passer dans l’orage du chagrin. Et quand je joue avec elle, je vois tout ça, tous ces frémissements. Et en face d’elle, je suis libre. La liberté c’est quand on a peur de rien, quand on est aussi fort que la vie. À partir du moment où on commence à avoir peur, c’est fini. Moi, je n’ai peur de rien et certainement pas d’exister, au contraire de beaucoup de gens qui, au fur et à mesure qu’ils vieillissent, prennent des garde-fous.

La tête en friche
Un Film de Jean Becker
Avec Gérard Depardieu, Gisèle Casadesus, Maurane, Patrick Bouchitey, etc.


Publié le Mercredi 5 Mai 2010 dans la rubrique Culture | Lu 3760 fois