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La gérodontologie : une discipline en développement

A l’occasion du grand Congrès annuel de l’Association Dentaire Française (ADF) qui se tiendra du 23 au 27 novembre 2010 au Palais des Congrès de Paris, l’association s’intéressera à la gérodontologie… Une discipline en plein développement compte tenu du vieillissement des populations.


La prise en charge des soins dentaires chez les personnes du 3e et du 4e âge fait aujourd’hui l’objet d’une discipline spécifique, la « gérodontologie ». Les praticiens doivent prendre en compte à la fois, l’état de santé général des personnes, gérer des besoins sanitaires et des demandes esthétiques spécifiques et adapter leur discours à ces patients souvent fragilisés.

La gérodontologie concerne deux types de soins :

- Les soins destinés aux personnes âgées dépendantes souffrant d’un handicap physiologique et/ou cognitif. Ces soins nécessitent un plateau technique spécifique avec des praticiens ayant reçu une formation adaptée. Ils sont en général dispensés à l’hôpital ou dans le cadre d’un réseau ville-hôpital.

- Les soins destinés aux personnes âgées autonomes, c’est-à-dire capables de se rendre par elles-mêmes au cabinet du chirurgien-dentiste. Ces soins représentent une part croissante de l’activité des praticiens. Ils exigent une approche spécifique et doivent être adaptés au tableau clinique particulier de chaque patient.

Les conséquences d’un mauvais état de santé bucco-dentaire chez la personne âgée sont nombreuses : douleur, inconfort, dénutrition, infection...

Définir précisément le profil sanitaire du patient
« Toute prise en charge d’une personne âgée autonome repose sur un interrogatoire médical approfondi. Il s’agit notamment de connaître les éventuelles pathologies associées, vérifier les traitements en cours et bien apprécier l’impact potentiel du soin bucco-dentaire », explique Jean-Luc Veyrune, Professeur à l’UFR d’odontologie de Clermont-Ferrand.

On évitera par exemple, la pose d’implants pour les patients atteints de pathologies cardiaques, en raison des risques d’infection et des variations de tension liées au stress. De même, en cas d’ostéoporose, le praticien devra évaluer le risque de nécrose de l’os lié à la prise de bisphosphonates.

La décision thérapeutique doit donc être guidée par plusieurs considérations : l’état général du patient, son projet de vie, son niveau d’hygiène bucco-dentaire et prothétique, les possibilités de suivi ou encore le contexte de soin (lieu de prise en charge du patient, degré de coopération du patient).

Adapter le discours et le rythme des traitements
Communiquer avec un patient âgé implique plusieurs exigences : vérifier le niveau de compréhension et d’adhésion au plan de soins, évaluer le taux de stress, convenir d’un calendrier adapté, mener des séances courtes, savoir rassurer et apaiser. Certains patients ont besoin d’une attention particulière, avec la nécessité de réexpliquer plusieurs fois la même information.

Conserver l’existant : une priorité
Toute démarche menée par le chirurgien-dentiste, qu’elle soit médicale ou esthétique, tend à préserver l’existant autant que faire se peut. Il est nettement préférable que le praticien travaille à partir de la dentition d’origine. Néanmoins, « la dentition des patients âgés est en effet plus « cassante » et les risques en termes de fractures sont plus élevés », précise Jean-Luc Veyrune. Le chirurgien-dentiste peut cependant, s’appuyer aujourd’hui sur des techniques de reconstruction très au point : facettes collées, prothèses ou mini-implants permettent de façonner une nouvelle dentition en cumulant les approches (implants + appareils amovibles), et souvent à moindre coût pour le malade.

Un projet de soins raisonné
L’exigence sur le plan sanitaire et esthétique est aujourd’hui plus forte chez les personnes âgées autonomes qu’il y a vingt ou trente ans. Pour bien y répondre, le praticien doit faire des arbitrages entre l’état de santé général du patient, sa capacité à supporter des traitements dans la durée et le « réalisme » de la demande. S’il n’est pas question de négliger la valeur de cette demande, l’appréciation du rapport bénéfice/risque demeure au fondement de toute intervention. Le praticien doit faire preuve de vigilance et de discernement vis-à-vis des pathologies installées et des fragilités à venir.


Publié le Mardi 19 Octobre 2010 dans la rubrique Santé | Lu 3272 fois