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L'atelier en plein air : les Impressionnistes en Normandie (Jacquemart-André)

Le Musée Jacquemart-André présente actuellement et jusqu’au 25 juillet prochain, un ensemble d’une cinquantaine d’œuvres prestigieuses, issues de collections particulières et d’institutions européennes et américaines majeures, qui retrace l’histoire de l’Impressionnisme, de ses peintres précurseurs aux grands maîtres.


L'Impressionnisme n'est pas né en 1874. On le sait, il vient du titre d'un tableau de Monet, « Impression, soleil levant » exposé à cette même date et accroché dans l'atelier du photographe Nadar pour la première exposition indépendante. C'est pendant le second Empire que s'enracine l'Impressionnisme : une peinture qui témoigne des grandes mutations provoquées par une modernisation dont l'Exposition universelle de 1867 rend fidèlement compte.
 
L'électricité et la vapeur sont découvertes ; la civilisation industrielle apparaît. C'est dans ce contexte que le mouvement impressionniste fait ses premiers pas et se met à représenter, dès 1860, les loisirs et la vie de famille -en particulier ceux de la bourgeoisie.
 
Zola dira des Impressionnistes que « ce sont « les peintres qui peignent la réalité » ». Monet peint par exemple la gare Saint-Lazare d'où partent les trains. L'Impressionnisme constitue alors un des mouvements picturaux les plus populaires de l'histoire de l'art, s'inscrivant dans une continuité picturale dont les racines se trouvent en particulier en Normandie au début du 19° siècle.

Cette région, avec sa campagne, ses falaises, ses plages, ses ports et ses 550 kilomètres de côtes se développe et prospère grâce au chemin de fer, avec notamment l'ouverture en 1843 de la ligne Paris-Rouen et, en 1848 avec « le train de plaisir » menant à Dieppe et permettant ainsi aux aristocrates et bourgeois parisiens à la recherche de détente et de plaisirs mondains, de s'échapper de la capitale !
 
Arrive alors, une clientèle très diverse. La mer, tant redoutée jusque-là, devient lieu de loisir et de sociabilité où par exemple, les aristocrates anglais, à l'instar du Prince de Galles, fuient leurs propres côtes trop fréquentées et investissent les champs de course, les casinos et les hôtels de luxe. Les bords de mer deviennent incontournables pour être vu !
 
La Normandie, destination à la mode, attire aussi les peintres qui ont besoin de vendre leurs tableaux. Les marchands de tableaux comme le célèbre Paul Durand-Ruel se rendent aussi sur les plages les plus emblématiques afin de faire connaître leurs peintres auprès d'une clientèle aisée, fortunée et oisive. Ainsi, quand Gauguin se lance dans la profession, il rejoint à Rouen son ami Pissarro car il sait que de riches amateurs d'art s'y trouve.
 
La région constitue alors un haut lieu d'échanges artistiques. Un tableau de Monet qui ouvre cette exposition, La charrette : route sous la neige à Honfleur avec la ferme Saint-Siméon vers 1865 (premier paysage de neige de ce dernier) ou bien celui de Félix Cals, Honfleur, Saint-Siméon, 1879 évoquent les célèbres rencontres de peintres au début des années 1860 autour d'Eugène Boudin.
 
Pendant dix ans, cet endroit rassemble toute l'avant-garde (Monet, Courbet, Jongkind, D'aubigny...), lieu et moment essentiels dans l'essor de l'impressionnisme. C'est là que Monet croise Jongkind qui l'emmène à Honfleur parfaire « l'éducation de son œil ». On peint par tous les temps ; ce n'est plus tant le motif qui intéresse mais la lumière ou l'atmosphère.
 
Les artistes travaillent ensemble. Une preuve s'il en est ? L'œuvre de Courbet, L'Embouchure de la Seine vers 1859 dont le ciel est peint par Boudin. Pour l'auteur de L'Origine du Monde, Boudin est « le roi des ciels ». Quant aux falaises d'Etretat, elles fascinent Monet qui y traque la sensation perceptible dans son tableau : Etretat. La porte d'Aval, bateaux de pêche sortant du port, vers 1885.
 
C'est à l'été 1870 que celui-ci qui a été l'élève de Boudin vient le rejoindre. « Si je suis devenu peintre, c'est à Eugène Boudin que je le dois » dira-t-il un jour. C'est à Trouville, Dieppe, Honfleur qu'il a eu la révélation du paysage et du plein air. La Côte Normande-d'Albâtre, d'Opale, fleurie reste une inépuisable source d'inspiration pour les peintres impressionnistes. En 1870, il peint Sur les planches de Trouville, l'hôtel des Roches Noires.
 
Cette belle exposition didactique et bien structurée après avoir évoqué l'atelier en plein air ainsi que tout ce qui constitue la Normandie, s'achève sur le thème de la ville, ici, Rouen dont Monet a évoqué au moins trente fois la cathédrale entre 1892 et 1893 !  
 
« Fais ce que tu vois, ce que tu veux, ce que tu sens » : ce conseil de Courbet que les impressionnistes ont repris à leur compte est très palpable dans cette passionnante exposition. Courez-y vite si ce n'est déjà fait, elle fermera ses portes le 25 juillet 2016.                                                           
 
Marie-Hélène Boutillon

Infos pratiques

Musée Jacquemart-André
158 boulevard Haussmann 75008
Tel: 0145621159
Tous les jours de 10h à 18 h
Nocturne le lundi jusqu'à 20h30




Publié le Mercredi 29 Juin 2016 dans la rubrique Culture | Lu 1334 fois