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France Gall : le destin d'une star-courage par Grégoire Colard, son attaché de presse

Des années 60 difficiles aux années Berger, France Gall a tout voulu et a tout eu. Des succès planétaires, un amour infini et de merveilleux enfants. Consciente qu’un jour la facture serait lourde, notre jolie France a perdu tout ce qui semblait si solide. Son attaché de presse, Grégoire Colard, raconte aujourd’hui le destin d’une star-courage dans un livre vérité…


France Gall
NTDA : Grégoire, vous décidez de lever le voile sur une grande star qui fut très discrète sur sa vie privée tout le long de sa carrière, pensez-vous que c’est maintenant que l’on peut en parler, au moment où son public n’a plus de nouvelles d'elle ?

Grégoire Colard : Je pense que c’est le moment en effet. En fait, j’avais déjà commencé l’écriture de ce livre lorsque France avait plus ou moins décidé d’arrêter de chanter. C’était en 1988, on était alors très proches, j’avais commencé des conversations avec elle, et elle s’était mise à me parler de son enfance que l’on connaît peu. J’avais fait une véritable enquête, j’avais même interrogé sa maman.

Seulement, à l’époque, j’ai trouvé qu’il n’y avait pas encore assez de vécu : elle était encore trop jeune. J’ai donc abandonné le projet en le mettant de côté pour plus tard.

Il se trouve que pour elle, la vie a été très mouvementée par la suite et puisqu’il n’y a jamais eu de livre sur elle, je me suis cru un peu autorisé à le faire, dans la mesure où j’ai suivi tout son parcours puisque j’ai été son attaché de presse ainsi que celui de Michel Berger de 1975 à 90.

Alain Morel est un journaliste qui a co-écrit ce livre avec moi, et qui a été celui qui a recueilli les derniers propos de Michel, quelques minutes avant qu’il ne parte pour ce qui sera sa dernière partie de tennis, le 2 août 1992. Même si aujourd’hui je ne vois plus France (on s’est éloignés sans être fâchés), j’ai continué à suivre ce qu’elle faisait et ce qu’il lui arrivait.

J’avais envie d’écrire ce livre car c’est aussi un livre sur ma vie quelque part.

France Gall
NTDA : Sans nous révéler les pages de votre livre, racontez-nous un peu l’enfance de la petite ?

Grégoire Colard Isabelle, Geneviève, Marie, Anne, Gall, vient d’une famille de musiciens. Son père, Robert Gall, était auteur, c’est lui qui à écrit « La Mamma » pour Charles Aznavour et « Les amants merveilleux » pour Édith Piaf. Il était aussi chanteur puisqu’il se produisait dans des cabarets ou dans des salles de cinéma où il chantait entre deux films.

Mais ce n’est pas tout, le père de sa mère était le co-fondateur des « Petits chanteurs à la croix de bois ». Tout le monde dans la famille jouait d’un instrument, France jouait un peu de piano et de la guitare et elle chantonnait.

Les dimanches après-midi, à Paris ou à la campagne, ils se réunissaient pour jouer de la musique en famille, ou bien pour aller entendre un oncle qui faisait un récital dans une église. France se faisait prier par ses amis d’école pour aller chanter à des fêtes de fin d’année.

Elle était très attachée à sa famille, ils partaient tous en caravane l’été avec les géraniums de sa maman. France parle toujours de son enfance avec bonheur comme d’une période un peu bohème. .../...

France Gall et Cloclo
NTDA : Justement, peu de gens le savent, mais sa première grande passion commence en 1964, puisqu’elle va vivre une histoire impossible avec Claude François ?

Grégoire Colard : Oui c’est vrai, elle a 17 ans et lui en a 25. Elle le surnomme immédiatement « L’homme impossible », parce qu’il lui paraissait inaccessible.

À l’époque, pour être une idole il fallait rester célibataire, alors les deux tourtereaux se cachaient. Mais il y avait beaucoup d’amour entre eux, et pourtant il était très jaloux de son succès.

Quand elle a fait l’Eurovision, il lui a dit que c’était une très mauvaise idée de faire ça pour sa carrière, que c’était casse-gueule. En fait, elle a gagné avec « Poupée de cire, poupée de son ». C’était en 65. Au moment où elle a été proclamée gagnante, elle lui a téléphoné aussitôt pour savoir s’il était fier d’elle, mais au lieu de cela, il lui a répondu qu’entre eux c’était terminé.

On connaît tous aujourd’hui le mauvais caractère légendaire de Claude François, on sait aussi comme il aimait qu’on le supplie, alors, elle est retournée dès le lendemain matin à Paris se suspendre à la sonnette de son amoureux qui habitait déjà boulevard Exelmans, espérant qu’il lui ouvre la porte. Ce qu’il fera.

NTDA : Elle finira toutefois par ne plus supporter ses sautes d’humeur. Elle le quite. Cloclo, effondré, va écrire les premiers pieds de « Comme d’habitude » en pensant à elle. Quel effet cela lui a fait d’avoir été l’inspiratrice d'un tube international ?

Grégoire Colard : Indifférence totale ! Elle dira juste que ce « monstre » décrit dans la chanson ne lui ressemble en rien. Elle ne s’est jamais glorifiée du succès qu’elle a pu inspirer. De toute façon, lorsque France tourne une page, c’est fini ! Elle ne revient pas en arrière.

NTDA : Une autre passion va la brûler, c’est celle qu’elle a vécue avec Julien Clerc, que s’est-il passé exactement ?

Grégoire Colard : Sans tout dévoiler… parce qu’il faudra lire mon livre (rires)… Cette relation fut très douloureuse pour elle. Elle a commencée son histoire avec Julien Clerc quand elle commençait à ne plus avoir de succès. Elle a arrêté sa carrière internationale, elle ne s’est plus jamais produite en Allemagne et elle s’est investie complètement dans cette relation amoureuse : elle avait toujours voulu avoir une vie de famille, elle voulait fonder un foyer, se marier et s’occuper de ses futurs enfants.

Elle l’avait demandé à Claude François, mais lui ne voulait plus se marier. Elle a donc demandé à Julien de lui faire des enfants, il lui a offert trois chiens à la place. Élégant, non ? ! ?

Cette histoire a quand même duré cinq ans. Tout comme Cloclo, il lui demandait de se cacher car il ne voulait pas s’afficher avec elle. Puis elle a fini par le quitter aussi.

NTDA : La véritable « Histoire de France » débute en 1973 lorsqu’elle découvre la musique de Michel. Savez-vous comment ça lui est arrivé ?

Grégoire Colard : À la radio, tout comme pour moi, mais évidemment pas en même temps. Elle était au volant de sa voiture et elle s’est arrêtée sur le bas-côté pour mieux l’écouter et j’ai fait exactement la même chose. Pour elle c’était le quitte ou double, elle a voulu le rencontrer de suite, en se disant que ce serait lui ou personne. S’il refusait, elle arrêtait de chanter.

NTDA : Comment êtes-vous devenu son attachée de presse ?

Grégoire Colard : Moi je n’aimais pas beaucoup la chanson française. Je m’occupais de Genesis, de Queen, de gens comme ça. Michel Berger m’a contacté pour travailler avec lui dans un premier temps, ce que j’ai fait pendant trois mois à peu près, sans savoir qu’il vivait avec France Gall. Il faut savoir que je ne m’intéressais pas du tout aux potins à l’époque - ça a bien changé depuis (rires).

Un jour il me dit : « Tu sais que je vis avec France Gall ? » Je me vois lui répondre que non et là-dessus il me dit qu’il vient de lui produire un album. Dans ma tête j’ai pensé : « Oh mon Dieu ! C’est une catastrophe, il va me proposer de travailler pour elle ! Comment vais-je faire ? » Parce que je ne l’aimais plus à ce moment-là, je l’avais un peu aimée à ses débuts et puis entre-temps son image avait changé vis-à-vis du public.

Alors, il m’a donné l’album. Je l’ai écouté tranquillement chez moi et j’ai trouvé ça génial. C’était vraiment du Berger et comme j’adorais ce qu’il faisait, je me suis retrouvé à travailler une année pour l’un et une année pour l’autre, puisqu’ils ne sortaient jamais leurs albums en même temps, pour que l’un d’entre eux s’occupent des enfants pendant ce temps. C’était chacun son tour !

NTDA : Comment gère-t-on un couple comme celui-là ?

Grégoire Colard : Moi j’avais le feeling avec eux, pour leur musique mais aussi pour leurs personnalités. Je n’étais pas impressionné du tout, il faisait la musique, elle chantait, lui aussi, elle faisait la cuisine, on déjeunait et on dînait ensemble, on voyageait ensemble, on jouait aux cartes, on rigolait, c’était une vraie vie de famille.

France Gall

NTDA : C’était plutôt des vacances ou plutôt du travail ?

Grégoire Colard : Michel avait ce côté américain qui voulait qu’on soit très amis, on jouait aux cartes ou à des jeux de société et puis d’un seul coup, on pouvait s’arrêter pour discuter boulot. Alors tout devenait sérieux. Lorsque Michel parlait, il chuchotait presque, il avait une voix très douce. Je ne l’ai jamais vu en colère ! Quand il était fâché, il s’arrêtait de parler. À ce moment-là, tout le monde se demandait ce qu’il se passait car c’était assez rare mais tout restait dans le calme.

Quand il avait une idée de musique, il s’absentait discrètement en s’excusant et il allait dans une pièce à côté où se trouvait toujours un piano noir pour écrire ce qu’il venait d’imaginer.

Quand Michel se déplaçait chez des amis, il fallait qu’il y ait un piano, sinon il ne venait pas ! Soudain on entendait, « cling, cling, cling », deux ou trois accords auxquels il venait de penser, il enregistrait sur un petit magnétophone qu’il ne quittait jamais et il revenait parmi nous comme si de rien n’était.

NTDA : Arrive le second album de France avec Michel, qui est un petit peu un album concept, je veux parler de « Dancing Disco » en 77. Comment Michel a t-il eu cette idée ?

Grégoire Colard : Michel et France se sont mariés en 1976 et l’année suivante nous sommes partis quelques temps en voyage aux États-Unis, à Los Angeles, à New York et puis à San Francisco. C’est dans cette dernière ville que France décida de sortir en boîte. Seulement, il se trouve que toutes les boîtes de San Francisco, en 77, étaient gays. Michel ronchonne un moment en se demandant ce qu’il va bien pouvoir faire là-dedans.

Mais il nous suit tout de même, et restera au bar, de peur qu’il ne lui arrive quelque chose (rires). Alors que France et moi nous éclations comme des malades, dans la tête de Michel, il s’est passé quelque chose. Il a vu les lumières démentes, les lasers, les fumées et surtout il a entendu la musique disco qui n’existait pas encore chez nous mais qui explosait de l’autre côté de l’Atlantique.

Tout ceci lui a donné l’idée d’écrire cet album « Dancing Disco » où, sur la pochette, il a eu l’idée du dessin d’une soucoupe avec de la monnaie dedans. Mais outre le titre « Dancing Disco », on peut y trouver aussi « Si maman si », qu’il avait écrite en pensant à sa propre maman !

France Gall
NTDA : En 78, Michel compose Starmania pendant que Luc Plamandon en écrit les textes. L’album sort en 78 et sera monté en spectacle en 79, mais France n’était pas prévue dans le casting original. Que s’est-il passé ?

Grégoire Colard : Michel voulait un spectacle très original et il ne voulait pas mélanger les carrières et surtout pas que le spectacle fonctionne sur des noms connus. Ils ont pris Balavoine et Fabienne Thibault qui étaient encore inconnus.

De son côté, France n’était pas impliquée mais elle donnait son avis ; Michel lui demandait de chanter certains titres pour se faire une idée. Bref, elle était là. Elle faisait la cuisine pendant qu’ils travaillaient et elle se sentait un peu frustrée, elle ne disait rien mais elle en avait gros sur le coeur.

Il se trouve que les financiers - Europe 1 et compagnie - ont demandé la présence de quelques noms connus. Luc a proposé Diane Dufresne qu’il produisait au Québec et Michel a fait chanter France.

NTDA : Qui découvre Daniel Balavoine, France ou Michel ?

Grégoire Colard : C’est France ! Elle l’a vu un jour à la télévision chantant une de ses chansons qui faisait très comédie musicale : c’était « Lady Marlène ». Elle est tombée amoureuse de la voix de Daniel. Quand ils ont fait le casting, elle a trouvé que ce mec était génial, il était en blouson noir et il chantait dans les aiguës. Elle s’est dit qu’il était parfait pour le rôle de Johnny Rockfort.

L’histoire d’amitié a commencé là, mais il était surtout le confident de Michel. Ils étaient très proches l’un de l’autre, il l’estimait véritablement comme son frère. France s’entendait évidemment très bien avec Daniel aussi, ils riaient énormément ensemble, c’était des fous rires dans toute la maison quand Daniel était là.

NTDA : Comment sont arrivées les actions humanitaires pour l’Afrique ?

Grégoire Colard : C’est venu d’Angleterre. Bob Geldorf avait organisé un grand spectacle caritatif à Wembley qu’il avait appelé « Band Aid ». RTL, qui parrainait le show, avait emmené en spectateurs, France, Michel, Daniel, Richard Berry, Renaud et il y avait aussi Lionel Rotcage, le fils de Régine.

En revenant en France, Lionel lance l’idée que les chanteurs français fassent la même chose à Paris. Renaud écrit une chanson qui va s’appeler « Loin du coeur et loin des yeux » auquel Michel et France participent. Et c’est ensuite que Balavoine crée son mouvement « Action École » dans lequel France s’est impliquée avec beaucoup d’acharnement. Ensuite, Daniel est parti pour le Sahel pendant le Paris-Dakar en janvier 86, pour y amener des pompes à eau et c’est là qu’il a disparu. France, Richard et Michel sont repartis tous les trois pour ramener du riz et du sucre en Afrique. Ils ont repris naturellement la suite de son action.

Aujourd’hui je sais que France s’occupe d’une autre association qui s’appelle « Coeur de femmes » pour les femmes battues et sans domicile fixe.

NTDA : Alors que Michel et France aiment à sortir leurs albums simultanément en 1980, sortent deux albums en même temps et pas des moindres, « La groupie du pianiste » pour Michel et « Il jouait du piano debout » pour France, le même été. Comment gère-t-on ça lorsqu’on est l’attaché de presse des deux ?

Grégoire Colard : C’était très amusant : un jour c’était lui qui était numéro un des ventes et la semaine suivante c’était elle. Eux, ils ont géré ça très bien, c’était une adéquation totale dans le discours de Michel et de France, ils étaient de gauche tous les deux, Mitterrand allait être élu, ils étaient très proches de lui, de Balavoine, de Renaud, de Coluche. Il y avait une crédibilité qui s’est cristallisée autour de leur musique, de leurs pensées politiques et du monde dans lequel ils vivaient. C’était l’osmose parfaite.

Elton John, France Gall, Eddy Barclay et Michel berger
NTDA : Puis vient le duo avec Elton John, un album était prévu et finalement on n’aura qu’un 45 tours avec deux titres dont « Donner pour donner » qui sera un énorme tube. Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’album ?

Grégoire Colard : Il se trouve qu’Elton John écoutait beaucoup ce qui passait en France, parce qu’il voulait se faire connaître du public français, ce qu’il n’arrivait pas à faire. Il a acheté les disques de France Gall, puis alors que je fêtais mon anniversaire et que je les attendais tous les deux, ils m’ont appelé pour me dire qu’ils partaient pour Saint-Tropez rencontrer Elton qui venait de les appeler.

Pour la petite anecdote, quand ils ont répondu au téléphone, ils lui ont raccroché au nez la première fois, ne croyant pas que c’était le vrai (rires). Il a rappelé et leur a dit qu’il aimait beaucoup ce qu’ils faisaient ensemble, qu’il allait à la soirée blanche d’Eddie Barclay à Saint-Tropez et qu’il aurait bien voulu les rencontrer à cette occasion !

Ils se sont mis à travailler ensemble un mois plus tard à Los Angeles avec Bernie Taupin et ils ont commencé à enregistrer. France ne se sentait pas bien (elle était enceinte de Raphaël, son deuxième enfant, et ne le savait pas encore mais elle avait des nausées devant Elton), ce qui la dérangeait terriblement. Cette grossesse fut d’ailleurs très difficile pour France. Ils ont donc annulé la tournée qu’ils avaient prévue ensemble et l’album par la même occasion, à leur grand regret. Il est venu une fois chanter avec elle sur scène quand elle a fait le Palais des Sports en 82, puis ils se sont quittés bons amis.

Je voudrais préciser que beaucoup de gens pensent que la chanson « Il jouait du piano debout » était un hommage à Elton mais pas du tout, Michel l’avait écrite en pensant à Jerry Lee Lewis.

NTDA : Pour ses concerts au Théâtre des Champs-Élysées en 78, au Palais des Sports en 82, au Zénith en 84 et 87 comment a-t-elle appréhendé ces rendez-vous avec le public ?

Grégoire Colard : France détestait faire de la scène à cause de sa première période où elle avait été mal entourée. Avant de faire le Théâtre des Champs-Élysées en 78 où il y avait un orchestre composé uniquement de femmes, Michel lui dit : « Tu vas voir le bonheur que l’on peut ressentir sur scène ». Elle était enceinte de Pauline, avec interdiction de bouger, mais elle s’est rendue compte qu’il se passait un truc avec le public. Quatre ans plus tard, elle fait le Palais des Sports pendant cinq semaines en tout et malgré un temps pourri sur Paris, le spectacle a très bien marché.

Elle a appris à jouer du saxophone pour l’occasion, elle s’est investie à fond. Pour le second Zénith, elle savait qu’elle voulait arrêter de chanter alors elle avait décidé de mettre tout ce qu’elle aimait dedans : des danseurs africains, des cors, elle voulait que ce soit une fête musicale et visuelle.

NTDA : Pourquoi a-t-elle voulu tout arrêter en 88 ?
Grégoire Colard : Pour s’occuper de sa fille qui était atteinte de la mucoviscidose. Après ce show, elle avait atteint le zénith, c’est le cas de le dire. Il était temps de faire une pause, peut-être pas définitive mais il n’était plus question de continuer à ce moment-là.

Pendant quatre ans, France va vouloir tout faire, même ouvrir une librairie. Elle a voulu faire de la production musicale avec le groupe de Calogero, « Les Charts », qu’elle avait découverts. Mais dans le couple, les choses ont commencé à être houleuses parce qu’elle ne voulait plus chanter, ils ne parlaient donc plus le même langage. Arrivée à la quarantaine, elle pensait qu’elle était en train de devenir adulte face à la douleur de sa fille.

Mais elle a compris que ce qu’elle savait faire de mieux, c’était être chanteuse. Alors elle a accepté de refaire un album, mais avec lui ! Pendant leurs carrières, Michel et France n’ont pas voulu qu’on les prenne pour des chanteurs de bluettes ou de comédie musicale ringarde. Ils ne se voyaient pas chantant en choeur la main dans la main, ce n’était pas possible (rires).

Néanmoins, France le met au défi en lui disant qu’il faut qu’il écrive autre chose, que ce qu’il faisait ne lui correspondait plus. Alors que lui avait envie de faire du cinéma en tant que réalisateur, il avait un projet très précis d’ailleurs avec Luc Plamandon, il voulait faire un film qui se serait appelé « Totem ». Mais il est parti aux U.S.A pour chercher l’inspiration et il est revenu avec l’album « Double Jeu », un album dans lequel justement ils allaient chanter ensemble, mais à deux voix en même temps, pas comme des duos évidents avec des questions et des réponses.

Ils ont chanté cet album ensemble au « New Morning » pour un showcase qui fut très étonnant et une tournée mondiale était prévue. Michel était à la fin de sa carrière musicale, c’est France qui a été l’instigatrice de ce renouveau de style de musique.

On ne peut donc pas imaginer ce qu’aurait été ses albums suivants, puisqu’il est disparu le 2 août 1992. Il aurait vraisemblablement fait autre chose.

France Gall
NTDA : Ensuite, elle va se battre, défendre cet album en en faisant la promo ; elle va enchaîner Bercy en 93, Pleyel en 94. Refaire un album de reprises de Michel réorchestrées par des musiciens américains en 96 pour remonter un dernier Olympia et puis tirer sa révérence en 97 après le concert privé qu’elle a réalisé pour M6. On ne l’a pas revue depuis l’an 2000, lorsqu’elle est montée sur la scène de l’Olympia pour rejoindre Johnny une dernière fois pour un « Quelque chose de Tennessee » inoubliable. D’après vous, reviendra-t-elle ?

Grégoire Colard : Je ne crois pas, car la chanson lui a volé son adolescence, lui a gâché ses amours, lui a volé une partie de sa vie. Elle a perdu le frère de Michel d’abord, Daniel Balavoine ensuite, puis Coluche, son père, le père de Michel, Michel lui-même. Elle s’est battue contre son cancer du sein, elle a perdu sa fille et enfin elle a failli perdre son fils. C’est un peu beaucoup pour un petit bout de femme comme elle, si forte soit-elle.

Elle sait que le bonheur est fragile mais elle sait qu’elle peut encore y avoir droit. Elle aime son public mais ne veut plus être France Gall, être coiffée pareil, ne pas avoir le droit de grossir, ne pas avoir le droit de vieillir sans que tout le monde en parle. La célébrité est une prison pour elle, elle préfère être libre aujourd’hui.

Propos recueillis par Christophe Daniel


Publié le Vendredi 5 Octobre 2007 dans la rubrique Culture | Lu 89900 fois