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Dioxines et aliments : l'Anses fait le point…

Alors que des dioxines ont été trouvées dans des élevages de volailles et de porcs en Allemagne, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (Anses) fait le point sur ces molécules qui peuvent entrainer chez l’Homme, des effets néfastes plus ou moins importants en fonction des doses…


Le 4 janvier, la présence de dioxines dans des élevages de volailles et de porcs en Allemagne a été découverte et a donné lieu à une alerte des autorités allemandes. Cette contamination ferait suite à l'utilisation d'aliments pour animaux contaminés par les dioxines.

Les livraisons d'oeufs et de viande provenant des élevages ayant potentiellement reçu ces aliments contaminés ont été suspendues. Le ministère chargé de l'agriculture a précisé que la France n'a pas été destinataire des produits issus des élevages contaminés et que les aliments pour animaux incriminés n'ont pas été vendus hors d'Allemagne.

Que sont les dioxines ?

Le terme de « dioxines » est un nom générique qui recouvre plus de 200 molécules différentes qui apparaissent au cours de processus thermiques accidentels (incendies) ou non (incinération des déchets industriels ou des ordures ménagères) et au cours de processus chimiques (traitement de la pâte à papier d'origine végétale, impuretés dans certains herbicides). Ces composés n'ont ainsi jamais été produits intentionnellement par l'homme.

Quels sont les effets des dioxines ?

La connaissance des effets des dioxines repose sur les résultats d'études réalisées chez l'animal et sur des données de suivi épidémiologique de populations humaines exposées par le passé à des niveaux beaucoup plus élevés que la population générale d'aujourd'hui.

Pour des expositions à long terme à des doses modérées, des effets cancérogènes, reprotoxiques, ou neurotoxiques peuvent survenir. L'ensemble des dioxines est ainsi potentiellement cancérogène, la dioxine de Seveso (TCDD) par exemple, étant classée cancérogène certain (CMR1) par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC -1997).

Toutefois, l'effet critique des dioxines, c'est à dire celui qui se manifeste aux doses les plus basses, n'est pas la cancérogénicité mais la perturbation du système reproductif. C'est sur la base de cet effet et en appliquant des facteurs de sécurité importants que l'OMS a défini une valeur toxicologique de référence.

Soulignons que la toxicité des dioxines est essentiellement liée à leur accumulation dans l'organisme au cours du temps (charge corporelle) et non directement à la dose quotidienne ingérée. Hormis en cas de contamination massive d'une denrée, l'exposition ponctuelle à un aliment contaminé aura donc peu d'impact sur la santé.

De fortes expositions ponctuelles aux dioxines (rejets accidentels, activités professionnelles) peuvent provoquer des effets cutanés (chloracnée, pigmentation des ongles et de la peau) et des troubles hépatiques (altération transitoire de l'activité d'enzymes hépatiques).

Comment l'homme y est-il exposé ?

Les dioxines présentent une grande stabilité à la chaleur, elles sont peu biodégradables et ont une forte affinité pour les graisses. Ces molécules vont ainsi s'accumuler dans les tissus graisseux, notamment d'origine animale tout au long de la chaîne alimentaire. On en retrouve donc particulièrement dans les aliments riches en graisses animales tels que poissons, crustacés, lait et produits laitiers et oeufs. L'alimentation constitue la principale voie d'exposition de la population générale (plus de 90 % de l'exposition totale).

L’Anses précise toutefois que l'exposition des Français à ces substances a fortement baissé ces dix dernières années grâce à la mise en place de normes européennes sur les émissions des incinérateurs. La dose à laquelle nous sommes actuellement exposés est inférieure à la valeur toxicologique de référence* définie par l'OMS** et a été divisée par 2,5 ces quatre dernières années et par plus de six en dix ans.

Comment le risque lié à la présence de dioxine dans les aliments est-il pris en compte ?

L'évaluation du risque lié aux dioxines consiste à comparer l'exposition de la population à la valeur toxicologique de référence. La gestion des risques liés à ces substances repose sur la fixation de teneurs maximales dans les denrées (normes réglementaires). Si celles-ci sont dépassées comme c'est actuellement le cas en Allemagne, les aliments sont considérés impropres à la consommation et leur vente est interdite, même si leur consommation ne présente pas nécessairement de risque sanitaire.

(1) Une valeur toxicologique de référence est la dose de substance toxique à laquelle un individu peut être exposé sur une durée déterminée sans risque d'effet néfaste sur sa santé.
(2) Dose mensuelle tolérable provisoire fixée à 70 pg / kg poids corporel


Publié le Mercredi 12 Janvier 2011 dans la rubrique Nutrition | Lu 2630 fois