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Christopher Plummer, 82 ans, Oscar du Meilleur second rôle dans le film Beginners de Mike Mills

L’acteur canadien Christopher Plummer, 82 ans, a remporté le week-end dernier à Hollywood l’Oscar du Meilleur second rôle masculin pour son rôle de gay assumant enfin sa sexualité au soir de sa vie dans le film « Beginners » de Mike Mills. Détails.


« Tu n'as que deux ans de plus que moi. Où étais-tu donc pendant toute ma vie ? » a lancé avec humour Christopher Plummer lors de la remise de sa statuette pour son rôle dans Beginners… En effet, les Oscars ont été créés en 1927 deux ans avant la naissance de l'acteur.

L’histoire de Beginners :
Oliver (Ewan McGregor), illustrateur à Los Angeles, collectionne les ex et les déceptions amoureuses. Quand son père, Hal (Christopher Plummer), tire sa révérence après avoir fait son coming-out à 75 ans et rejoint avec entrain la communauté homosexuelle, Oliver se penche sur ses relations familiales et ses échecs sentimentaux. Et il hérite d’un chien philosophe et bavard. La dépression guette. Jusqu’au jour où il rencontre Anna

Le point de vue du réalisateur Mike Mills :
Pour Beginners, tout a commencé quand mon propre père est sorti du placard à l’âge de 75 ans. il avait été marié à ma mère pendant 45 ans. Sa soif de changer radicalement de vie était tout à la fois déroutante, douloureuse, très cocasse et profondément stimulante.

La sincérité, l’envie de changement et l’ouverture d’esprit se manifestent parfois au moment où l’on s’y attend le moins. Et même quand le cancer a finalement eu raison de lui, cinq ans plus tard, il était plein d’énergie. il s’intéressait à tout. C’était tout sauf un homme fini.

Beginners, crédit photo MK2
Ce scénario a été écrit avec la conviction qu’une matière aussi personnelle peut trouver des échos universels. Les détails concrets de la vie de mon père, ses combats et tout son humour ont donné au film une authenticité qui, je l’espère, le rendra plus fort et plus émouvant pour les spectateurs de tous horizons. Les allusions historiques créent aussi un lien entre mes personnages et notre histoire commune.

L’action, en fait, est une voie à double circulation : Hal apprend à Oliver comment aimer Anna, et l’amour qu’Oliver porte à Anna lui apprend des choses sur Hal qu’il n’avait jamais comprises. Le destin de Hal est ancré dans l’histoire du monde moderne, les obstacles imposants qu’il a dû affronter sont extérieurs : le conservatisme des années 1950, l’homophobie, la vieillesse et le cancer.

Oliver et Anna, eux, sont des enfants des années 1960. Leur histoire d’amour est contemporaine. Leurs obstacles sont intérieurs. Ils sont hantés par les contraintes, les compromis et la mélancolie que leurs parents vivaient tout en les dissimulant. Pour Hal, cacher sa sexualité sous le masque d’un mariage classique était acceptable et même nécessaire pour se protéger de son époque.

Pour Oliver, que ses parents aient renoncé à leur vérité porte une ombre sur l’idée de sincérité et d’amour. C’est un poids insupportable. En fin de compte, Hal apprend à Oliver à se débarrasser des barrières et des mensonges qu’il s’était imposés à lui-même.

Ce que je cherche le plus à transmettre dans Beginners, c’est l’idée d’un cheminement, d’une aventure. Le sentiment de se libérer de quelque chose. Même s’il y est question de maladie et de mort, le film parle de premiers pas, de transformation, et de combien la vie peut être profondément drôle dans ses moments les plus graves. Si cette histoire est singulière, je ne l’ai pas traitée comme un « petit » film, et certainement pas comme un film au ton « décalé » ou même un film « indépendant ». Cette histoire, je ne pourrai la raconter qu’une seule fois. Alors j’ai voulu que le film soit généreux, ouvert à un large public, moderne et inventif. Et, comme mon père, mû par le désir profond de communiquer avec les gens.

Au moment de leur demander de jouer dans le film, j’ai écrit à Ewan McGregor et à Christopher Plummer. Voici un extrait de la lettre envoyée à Christopher Plummer :

« Ayant toute sa vie tourné le dos au monde homosexuel, il était à 75 ans comme un véritable adolescent : angoissé et enthousiaste à l’idée d’y prendre part, naïf en ce qui concerne les codes de la culture gay, et particulièrement émotif dans les hauts et les bas de la rencontre amoureuse... Jeune homme, il avait été très timide. Pendant sa vie d’adulte, il avait remis tout ça à plus tard, il s’était résigné. A la fin de sa vie, il s’exposait soudain à toute une série de risques : il prenait le risque de faire son coming-out auprès de moi, de mes sœurs et de ses amis ; le risque d’aborder le milieu gay d’aujourd’hui, et surtout le risque de tomber amoureux. Sa maladie n’allait se déclarer que cinq ans plus tard, mais toutes les choses qu’il voulait faire nous épuisaient ! J’ai tenté de faire de lui un portrait plein d’amour, mais sans verser ni dans le sentimentalisme ni dans la peur de montrer aussi son égoïsme. Je ne cherche pas à mettre à l’écran une réplique de mon père, mais une interprétation de ses motivations et de ses problèmes qui puisse vous parler, à vous, à moi et aux autres comédiens pendant que nous incarnerons cette histoire à l’attention d’un public. En tant que réalisateur, je ne m’enferme ni dans les dialogues que j’ai écrits ni dans mes idées préconçues sur un personnage ou sur une scène. Je crois en l’énergie du moment, j’ai envie d’être surpris. Je prévois deux semaines de répétitions. En général j’essaie de créer une atmosphère de jeu et d’invention dans laquelle des étincelles plus subtiles que ce qui était prévu peuvent jaillir. »


Publié le Mardi 28 Février 2012 dans la rubrique Culture | Lu 1781 fois