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Cancer de la vessie : la tumeur se camoufle dans l'organisme pour tromper le système immunitaire

Dans un récent communiqué, l’Institut Curie et ses partenaires viennent de démontrer le rôle de la protéine lactadhérine dans le développement du cancer de la vessie, 2ème cancer urinaire après celui de la prostate et qui concerne majoritairement les personnes de 60 ans et plus. Détails.


Pour se développer, une tumeur doit « se fondre » dans le tissu environnant, y trouver de l'oxygène en créant de nouveaux vaisseaux sanguins à partir des vaisseaux préexistants (angiogénèse) et tromper le système immunitaire en lui faisant croire qu'elle ne représente pas de danger.

A l'Institut Curie, des chercheurs de l'Inserm et du CNRS, en collaboration avec plusieurs hôpitaux d'Ile-de-France, viennent de montrer que, dans les cancers de la vessie, c'est une protéine, la lactadhérine, qui aide la tumeur à « se camoufler » dans l'organisme. L'espoir réside désormais dans la destruction de ce camouflage en inactivant la lactadhérine.

De la première cellule altérée au développement d'une masse tumorale détectable par les méthodes diagnostiques, il peut s'écouler plusieurs années au cours desquelles les cellules tumorales prospèrent dans l'organisme. Or, notre organisme possède un système de défense : le système immunitaire qui nous protège contre les infections virales, les bactéries... Alors pourquoi n'intervient-il pas contre les cellules tumorales ?

C'est en s'intéressant à la présence de la lactadhérine dans certaines tumeurs que les équipes de Clotilde Théry et de François Radvanyi ont découvert que cette protéine pouvait aider les cancers de la vessie à passer inaperçus aux yeux du système immunitaire.

Le développement des techniques d'analyses des gènes ou des protéines à haut débit a permis de montrer que la lactadhérine est surexprimée dans certaines tumeurs. « Dans les tumeurs de la vessie, on a d'ailleurs constaté que plus la tumeur est agressive, plus la lactadhérine est présente en grande quantité » explique Clotilde Théry. Quel rôle joue réellement cette protéine aux multiples casquettes ?

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont donc inactivé la lactadhérine dans des modèles animaux développant des cancers de la vessie. En présence de cette protéine, les tumeurs de la vessie se développent plus vite et sont aussi plus agressives. Or ce phénomène n'est pas observé lorsque le système immunitaire est défaillant. Le rôle de la lactadhérine est donc dépendant du fonctionnement du système immunitaire.

Tout mène à penser que la lactadhérine est une spécialiste de la dissimulation. « Chez les patients atteints de cancer de la vessie, nous avons en outre découvert que la surexpression de la lactadhérine était associée à la présence d'une sous-population de lymphocytes T, des cellules Tregs (Regulatory T cells), au site de la tumeur plus élevée que dans les autres » ajoute Clotilde Théry. Ces cellules, dont l'existence a longtemps été controversée, permettent de freiner les réponses immunitaires, normalement pour éviter qu'elles « s'emballent ». La lactadhérine stimulerait leur production et freinerait la réponse du système immunitaire contre les cellules tumorales.

En outre, la lactadhérine participe probablement aussi à l'interaction harmonieuse des cellules tumorales avec leurs voisines normales. Prochaine étape : inhiber la lactadhérine pour limiter l'évolution des cancers de la vessie…

Ces travaux ont été publiés en ligne le 18 octobre 2010 dans la revue Oncogene.


Publié le Mercredi 3 Novembre 2010 dans la rubrique Santé | Lu 2131 fois