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Aide aux aidants : un aidant naturel sur six éprouve de la détresse

Selon une nouvelle étude publiée aujourd'hui par l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), une personne sur six dispensant des soins informels à des personnes âgées éprouverait de la détresse, et plus particulièrement celles qui s'occupent de aînés souffrant de troubles cognitifs graves tels que la maladie d'Alzheimer ou la démence. Détails.


L'ICIS vient donc de publier deux études connexes. La première, intitulée Le soutien aux aidants naturels au cœur des services à domicile, examine plus de 130 000 personnes âgées de 65 ans ou plus -parmi lesquelles un grand nombre présentaient des affections complexes- qui ont reçu des services à domicile de longue durée subventionnés en 2007-2008.

À peu près tous ces clients des soins à domicile (98%) dépendaient d'un aidant naturel, c'est-à-dire un conjoint, un enfant adulte, un ami ou un voisin qui procurait un soutien affectif de même que de l'aide dans les activités de la vie quotidienne, comme les courses, le transport, la gestion des médicaments, le bain, l'habillage et l'alimentation.

Environ 55% des seniors de l'étude et trois-quarts de ceux qui étaient mariées, recevaient des soins informels d'un conjoint, tandis que près de 75% de celles qui n'étaient pas mariées recevaient des soins d'un enfant adulte.

« Beaucoup de personnes âgées veulent rester chez elles malgré le vieillissement, ce qui devient possible s'il existe un membre de la famille ou un ami pour prodiguer des soins informels » souligne Nancy White, gestionnaire « Services à domicile et Soins de longue durée » de l'ICIS. « La bonne nouvelle, c'est que la plupart des aidants naturels semblent s'adapter à la situation et peuvent en retirer une satisfaction personnelle. Par contre, cela ne se fait pas sans difficulté. Il est donc important d'identifier ces aidants naturels qui risquent l'épuisement pour éviter l'institutionnalisation des personnes âgées dont ils prennent soin. »

Grâce à un outil d'évaluation normalisé, le personnel des services à domicile est en mesure d'identifier les clients pris en charge par un aidant naturel qui est incapable de continuer de prodiguer des soins ou qui exprime des sentiments de colère, de dépression ou de détresse. Une déficience sévère chez une personne âgée ne se traduit donc pas toujours par une admission dans un établissement de soins en hébergement

La seconde étude publiée ces jours-ci, Les soins aux personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer et d'autres formes de démence, a révélé qu'en 2007-2008, un aîné sur cinq (20%) qui bénéficiait de services à domicile de longue durée a reçu un diagnostic de maladie d'Alzheimer ou d'une autre forme de démence. 17% de ces clients atteints de démence avaient une déficience modérée à sévère sur le plan cognitif et du fonctionnement quotidien, mais vivaient quand même à la maison.

L'étude a également révélé qu'en 2008-2009, une personne âgée sur six (17%) atteinte de démence et vivant dans un établissement de soins en hébergement (comme un centre de soins infirmiers ou un établissement de soins de longue durée) présentait des niveaux de déficience relativement faibles ou pouvait encore exécuter assez bien les fonctions élémentaires sans aide. Les seniors souffrant d'une faible déficience étaient par ailleurs sept fois plus susceptibles d'être admis dans un établissement de soins en hébergement s’ils avaient tendance à errer.

A noter également que les personnes âgées qui n'étaient pas mariées (les personnes veuves, divorcées ou célibataires) étaient presque deux fois plus susceptibles d'être placées en institution que celles qui étaient mariées.

Les conjoints plus susceptibles d'éprouver de la détresse

Selon la première étude, environ un quart des personnes prodiguant des soins informels à leur conjoint ont déclaré éprouver de la détresse. Les conjoints étaient deux fois plus susceptibles d'éprouver de la détresse que les autres membres de la famille comme les enfants adultes. Par ailleurs, les risques de détresse pour une personne prodiguant des soins à un client en services à domicile étaient deux fois et demie plus élevés lorsque la personne âgée recevait des soins informels pendant 21 heures ou plus par semaine comparativement à une autre qui en recevait pendant 10 heures ou moins par semaine.

« Il n'est pas rare que les personnes qui prodiguent des soins informels à leur conjoint éprouvent de la détresse, notamment en raison du rôle qu'elles doivent assumer de jour comme de nuit, d'un manque possible de compréhension des changements dans le comportement de leur conjoint causés par la maladie, de même que du fait qu'elles ont peut-être elles-mêmes un âge avancé », explique Kimberly Peterson, vice-présidente des services à la clientèle du Centre d'accès aux soins communautaires de Champlain (Canada). « Beaucoup de stratégies existent qui permettent aux aidants naturels de surmonter la détresse. Ils doivent entre autres accepter le fait qu'il y a des événements dont ils ne peuvent changer le cours, prendre le temps de faire des activités qu'ils aiment et bien dormir et se reposer. »

La détresse de l'aidant naturel associée aux troubles cognitifs, à la dépression et aux comportements difficiles du client

Cette enquête montre également que les troubles cognitifs liés à la perte de mémoire, à la compréhension et à la prise de décisions chez les clients des services à domicile étaient les plus fortement associés à la détresse de l'aidant. Les aidants des clients des services à domicile présentant une déficience cognitive modérée à sévère, le plus souvent associée à la maladie d'Alzheimer ou à une autre forme de démence, étaient trois fois plus susceptibles d'être en détresse.

En outre, les clients des services à domicile présentant des symptômes de dépression étaient près de deux fois plus susceptibles d'avoir un aidant en détresse. Enfin, les comportements difficiles tels que la résistance aux soins, les conflits avec la famille ou les amis et une conduite socialement inappropriée étaient aussi associés significativement à la détresse chez l'aidant.

À propos des aidants

À peu près toutes les personnes âgées (98%) à l'étude qui recevaient des services à domicile étaient aussi prises en charge par un aidant naturel ; près d'un senior sur six (16%) était pris en charge par un aidant qui éprouvait de la détresse. Chez les clients mariés, le conjoint était le principal aidant (75% des cas), tandis que les enfants adultes étaient les principaux aidants des clients non mariés (75% des cas).

Les aînés présentant des troubles cognitifs, comme l'oubli ou la confusion, étaient plus de trois fois plus susceptibles d'avoir un aidant en détresse que les clients ne présentant pas ces troubles. Ceux recevant des soins informels pendant 21 heures ou plus par semaine étaient deux fois et demie plus susceptibles d'être pris en charge par un aidant en détresse que ceux recevant des soins pendant 10 heures ou moins.

Les clients présentant des symptômes de dépression étaient près de deux fois plus susceptibles d'être pris en charge par un aidant en détresse que ceux qui ne présentaient pas ces symptômes. Si le nombre total de personnes âgées présentant un comportement agressif, notamment l'abus verbal et physique, était faible, plus de la moitié (52%) d'entre elles étaient prises en charge par des aidants indiquant éprouver de la détresse.

À propos de la maladie d'Alzheimer et d'autres formes de démence

Une personne âgée sur cinq (20%) vivant chez elle et bénéficiant des services à domicile a reçu un diagnostic de maladie d'Alzheimer ou d'une autre forme de démence. Parmi elles, 17% s'en tiraient à domicile tout en présentant un niveau élevé de déficience dans les fonctions élémentaires mentales et physiques.

Trois personnes âgées sur cinq (57%) vivant dans un établissement de soins en hébergement (centre de soins infirmiers ou établissement de soins de longue durée) ont reçu un diagnostic de maladie d'Alzheimer ou de démence. Parmi elles, 17% présentaient de faibles niveaux de déficience ou pouvaient encore exécuter assez bien les fonctions élémentaires sans aide.

La probabilité qu'une personne âgée présentant une faible déficience reçoive des soins dans un établissement de soins en hébergement plutôt qu'à domicile était sept fois plus élevée si elle errait, et près de deux fois plus élevée si elle n'était pas mariée.


Publié le Mardi 31 Août 2010 dans la rubrique Aides à domicile | Lu 4286 fois