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Ablaye Ndiaye Thiossane : à 75 ans, cette légende de la musique sénégalaise sort son premier album « Thiossane »

A 75 ans, Ablaye Ndiaye Thiossane, légende de la musique sénégalaise sortira le 3 octobre prochain chez Discograph, son tout premier album solo intitulé sobrement Thiossane. A l’occasion de ce nouvel opus –intergénérationnel-, revenons plus en détails sur la vie et l’œuvre de ce grand monsieur des arts africains.


C'est un homme très modeste, timide à première vue. Chevelure blanche, moustache et barbe bien soignées, démarche calme. L'homme fait partie des témoins du premier Festival mondial des arts nègres (FESMAN) qui s’est tenu en 1966, sous le magistère de Léopold Sédar Senghor.

Né le 3 février 1936 à Sam, dans le département de Tivaoune à Thiès, Ablaye Ndiaye Thiossane comme l'appellent. ses proches, est un ancien élève de l'École Nationale des Arts, section de recherches des arts plastiques et dramatiques. Son père Lamine Ndiaye, passionné du dessin l'a beaucoup influencé.

Ablaye Ndiaye Thiossane a fondé en 1964 l'orchestre « Thiossane club », après avoir servi dans plusieurs groupes : le Royal band de Thiès et l'Orchestre national du Sénégal. C'est en 1966, qu'il se voit affecté à la Manufacture nationale des tapisseries de Thiès comme peintre cartonnier. Aujourd'hui, ses oeuvres émerveillent les visiteurs à la manufacture des arts décoratifs de la capitale du rail.

Pour les témoins du premier Festival mondial des arts nègres de 1966 à Dakar, la nostalgie de sa belle voix revient sûrement à l'esprit. Son fameux morceau d'ouverture « Taallén lamp yi » est resté gravé dans les annales du patrimoine musical sénégalais. C'est dans le quartier Médina Fall, qu'il a établi sa galerie où des toiles somptueuses peuvent être découvertes.

Thiès, ville du Sénégal, est située à 70 km de Dakar, dans la région du Cayor. Cette région est le fief des Damels (Rois) dont le plus illustre, Lat Dior, opposa une résistance farouche à la colonisation. Thiossane signifie « tout ce qui se rapporte à la tradition », thématique que l’on retrouve dans ses chansons, qui tournent également autour de faits historiques.

Ablaye Ndiaye Thiossane
Ses premières chansons sont passées à la radio dès les années 50. En dépit de cette notoriété, il n’a jamais publié d’album. C’est seulement aujourd’hui, à 74 ans, qu’il franchit (enfin) cette étape. Enfant, Ablaye Ndiaye Thiossane a été bercé par des airs traditionnels maternels qui ont inspiré toute sa carrière musicale.

Entre 1949 et 1950, son père mélomane écoutait le Septeto Habanero, ce qui développa chez lui un amour pour la musique afro-cubaine. Il a découvert par la suite les chansons de Tino Rossi, Harry Belafonte, le jazz, la musique orientale de Farid El Atrach et les grands succès de la musique africaine du Grand Kallé. Ablaye Ndiaye s’est aussi inspiré des contes africains. Ces fables millénaires sont racontées aux enfants autour de feux de bois lors de veillées au clair de lune.

Ablaye Ndiaye Thiossane a acquis sa grande renommée en 1966 lors du premier Festival des Arts Nègres de Dakar où le président Léopold Sédar Senghor convia la diaspora noire. Ablaye Ndiaye y croisa Duke Ellington qui l’invita à chanter avec son orchestre de jazz. Il n’ira pas à ce rendez-vous prestigieux à cause d’une programmation artistique qui le retenait à l’autre bout de la ville : « Je ne savais pas que j’avais devant moi un grand nom du Jazz » déclara-t-il par la suite. Lors de ce festival, sa chanson « Talene Lampe Yi » fut retenue comme hymne radiophonique de l’évènement.

Ablaye Thiossane a exercé le métier de peintre-cartonnier à la manufacture des tapisseries de Thiès. Ses œuvres ont été reproduites en tapisseries célèbres dont l’une sera exposée au siège de l’ONU. « J’ai appris la peinture tout seul par amour du dessin, bien que mon père fût aussi peintre ; c’est en reproduisant les affiches des films programmés devant les salles de cinéma que j’ai appris à dessiner, l’Ecole des Arts n’a été qu’un complément de formation en arts plastiques ». Dans les années 70, l’une de ses œuvres était en tête des ventes au Sénégal.

Grâce au conseil de Medoune Diallo du groupe Africando et à la persévérance d’Alain Josse, producteur délégué de Syllart Production, un groupe de musiciens talentueux a été constitué pour l’élaboration du projet. Afin d’obtenir un champ d’écoute plus large, le producteur Ibrahima Sylla fit appel à cinq chanteurs de générations différentes de la musique sénégalaise, créant ainsi une nouvelle symbiose musicale : Khar Mbaye Madiaga, Balla Sidibé, Medoune Diallo, Souleymane Faye, Doudou Seck et Assane Mboup (lead vocal de l’Orchestra Baobab).

Arrangements : François Bréant, qui a travaillé sur "Soro" de Salif Keita (Mali), "Orientissimo" de Thione Seck (Sénégal), "Sinikan" de Sékouba Bambino (Guinée), "Titati" de Bako Dagnon (Mali)…

En concert en France

21 Juillet – Musique d’ici et d’ailleurs / Chalons en champagne (51)
23 Juillet – FestaFrik Tartas (40)
29 Juillet – Africajarc / Cajarc (46)
26 Octobre - Les Primeurs de Massy ( 91)
03 novembre – New Morning / Paris (75)
05 novembre - ville et musiques du monde / Le Cap Aulnay (93)



Publié le Mardi 12 Juillet 2011 dans la rubrique Culture | Lu 2570 fois