Philippines : les seniors particulièrement touchés après le passage du typhon Haiyan

On l’oublie souvent mais lorsqu’une catastrophe naturelle s’abat sur un pays, les aînés sont généralement les plus touchés par les typhons, les raz-de-marée, les tremblements de terre, etc. qui dévastent leur environnement. Comme le rappelle d’ailleurs un récent article publié par Irin, département d’informations humanitaires des Nations Unies.


C’est à chaque fois la même chose. Haïti, Thaïlande, Sri Lanka, Nouvelle Orléans, Japon… Dans toutes les grandes catastrophes naturelles, les aînés font partie des populations les plus touchées.
 
Et naturellement, le typhon Haiyan de catégorie 5 qui s’est abattu sur le centre des Philippines le 8 novembre dernier n’a pas échappé à la règle…  Il a affecté près de 13 millions de personnes ; il a déplacé plus de quatre millions d’habitants et fait environ 5.500 victimes.
 
Rodolfo Susaya se trouve dans une église, mais il ne pense pas à Dieu. Cet ancien vendeur de journaux de 70 ans fait partie des centaines de survivants rassemblés dans l’église rédemptoriste de Tacloban, qui sert d’abri temporaire depuis le passage du typhon Haiyan sur le centre des Philippines le 8 novembre.
 
 M. Susaya, qui souffre d’asthme chronique et ne peut plus travailler, peine à se laver tout seul. Il se demande à voix haute comment il va survivre, puis se met à pleurer. « J’ai perdu ma femme et ma fille », dit le vieil homme. « Comment vais-je faire ? »
 
« D’expérience, nous savons que les personnes âgées seront affectées de façon disproportionnée par la catastrophe et qu’elles ont plus de risques d’être blessées ou tuées », indique Marcus Skinner, responsable des politiques humanitaires pour Help Age International, une organisation internationale de défense des personnes âgées. « Les personnes âgées qui ont fui [le cyclone] devront faire face à des défis majeurs et spécifiques pour satisfaire leurs besoins, y compris la perte des aides à la mobilité, de la sécurité physique et de l’accès à l’information et aux services ».
 
Selon la coalition des services aux personnes âgées (COSE), près de 800.000 personnes de plus de 60 ans ont été affectées par le typhon. Plus de 46.000 personnes âgées déplacées sont aujourd’hui hébergées dans des centres d’évacuation, par des membres de leurs familles ou des proches, mais les personnes qui n’ont pas de famille ou de réseau de soutien sont particulièrement vulnérables, a indiqué l’organisation.
 
Les aînés qui décident de fuir courent bien souvent le risque d’être séparées de leur famille et de leurs amis, et de se retrouver dans un environnement peu familier, comme un centre d’évacuation où personne ne les connait.
 
Aux Philippines, les données montrent que les personnes âgées qui vivent seules sont issues des familles les plus défavorisées et qu’elles comptent parmi les personnes les plus pauvres du pays. Une étude récente conduite aux Philippines a révélé que 30% des seniors ont un poids insuffisant, tandis que d’autres souffrent de carences en micronutriments.
 
Environ 80% des aînés qui vivent seuls dans les zones rurales sont considérés comme pauvres ; 77% des femmes âgées sont veuves et 56% des hommes âgés vivant seuls sont veufs, indique l’organisation. La combinaison de la pauvreté et de l’absence de soutien familial les rend particulièrement vulnérables dans les situations de crise, ce qui entraîne de sérieuses difficultés pour répondre à leurs besoins élémentaires.
 
« Il est donc essentiel que les besoins nutritionnels des personnes âgées –tout comme ceux des enfants et des mères– soient reconnus et intégrés dans les réponses à la sécurité alimentaire et le suivi du statut nutritionnel », remarque Rosaleen Cunningham, agent de communication pour l’organisation Help Age International, qui travaille dans la région affectée par le typhon.
 
Les maladies chroniques comptent parmi les trois premières causes de mortalité aux Philippines, et elles affectent souvent de façon disproportionnée les personnes âgées. Cela met en lumière l’importance de la continuité des soins aux personnes âgées qui souffrent de maladies chroniques pour prévenir les complications évitables et les décès. Les autorités indiquent faire tout leur possible pour y parvenir.
 
Mais vu l’ampleur d’une catastrophe comme le typhon Haiyan, il est facile de passer à côté de la détresse des personnes âgées. Il est donc impératif de reconnaître leurs besoins et d’y répondre rapidement. « Il est trop facile d’oublier ces personnes », précise à IRIN Fransiskus Kupang, directeur exécutif de COSE.
 
Dans ce contexte, Help Age International s’inquiète que les besoins des personnes âgées n’aient pas été plus détaillés dans le dernier Plan d’action humanitaire qui a été lancé par la communauté humanitaire internationale le 12 novembre dans le but de récolter plus de 300 millions de dollars d’aide dans les six prochains mois.
 
« Si l’on peut se féliciter que les agences demandent des espaces d’accueil pour les enfants et pour les femmes, nous souhaiterions que les personnes âgées vulnérables soient incluses. Des espaces d’accueil et des abris pour les personnes âgées pourraient prendre en compte les vulnérabilités particulières des personnes âgées », remarque Mme Cunningham.
 
Les espaces d’accueil pour les personnes âgées sont adaptés à leurs besoins, ils sont bien éclairés et disposent de sorties de secours facilement accessibles. L’eau et les installations sanitaires ainsi que les points de distribution alimentaire doivent aussi être accessibles aux personnes à mobilité réduite, a souligné Mme Cunningham. « Aujourd’hui, nous voyons des personnes âgées qui ne peuvent pas faire la queue pour obtenir de l’aide alimentaire ou profiter des services d’eau et des équipements sanitaires déjà très sollicités dans les centres d’évacuation et les abris temporaires ».
 
Mme Cunningham a souligné que des changements simples et peu coûteux, comme l’installation de barres d’appui dans les douches et les toilettes ou la mise en place de files séparées aux points de distribution, peuvent améliorer la capacité des personnes âgées à satisfaire leurs besoins.
 
Selon une étude de 2012 de Help Age International, les personnes âgées de 60 ans ou plus représentent environ 11% de la population mondiale, mais moins d’1% de l’aide humanitaire –donnée dans le cadre des processus d’appels consolidés (CAP) et des appels éclair– a été affectée aux personnes âgées en 2010 et 2011. 

Publié le 27/11/2013 à 10:03 | Lu 596 fois