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Senior Actu

Vivre plus longtemps… et augmenter le risque de développer un cancer

Alors que les personnes âgées de 75 ans et plus représentent en général 30% des nouveaux cancers, avec pour conséquence une proportion deux fois plus élevée des décès liés à cette maladie, Tim Hunt, biochimiste britannique prix Nobel de médecine, redoute que l’allongement de la durée de vie entraîne une augmentation inévitable des cancers chez les personnes âgées. Se posera alors la question de la prise en charge de ces malades.


Ce scientifique de 64 ans a décidé de consacrer sa vie à la recherche contre le cancer suite à la disparition de sa mère, décédée de cette maladie.

Docteur en biochimie à l’Université de Cambridge (Grande-Bretagne), il a découvert en 1982, le rôle des cyclines, des protéines jouant un rôle de régulateur dans le cycle cellulaire. Et cette découverte lui a valu le prix Nobel de médecine en 2001.

Récemment, Tim Hunt participait à un cycle de conférences à Bilbao (Espagne) sur le thème « Vieillissement et cancer ». A cette occasion, il a déclaré dans la presse ibérique que certaines causes de cancers étaient évitables « à cent pour cent » comme le tabagisme, mais qu’en revanche, on ne pouvait rien contre d’autres, et parmi elles, « l’oxygène que nous respirons ».

« Nous pouvons arrêter de respirer, et effectivement, dans ce cas, nous ne mourrons pas d’un cancer » a-t-il ironisé. Il a également évoqué le paradoxe suivant : « ce que l’on sait, c’est que si vous mangez bien et sainement, vous vivez plus longtemps, et si vous vivez plus longtemps… vous augmentez les risques de développer un cancer. A partir de 70 ans, les taux de cancers se multiplient sérieusement. Au-delà de cet âge, on estime qu’une personne sur trois décède d’une tumeur. Et ce taux va augmenter avec le vieillissement de la population. C’est inévitable. C’est comme ça ». .../...
Vivre plus longtemps… et augmenter le risque de développer un cancer

Dans le même domaine, des scientifiques français participaient le 6 avril dernier à un colloque organisé par le cancéropôle de la région PACA à Marseille sur le thème « Le cancer du sujet âgé, le dilemme du vieillissement ».

Lors de cette rencontre, les chercheurs ont rappelé que « le cancer est étroitement lié avec l’âge ». Il y existe d’ailleurs des cancers qui se concentrent sur des âgés avancés, c’est le cas par exemple du cancer de la prostate qui survient à 74 ans en moyenne ou du cancer colorectal qui survient lui à 72 ans en moyenne chez l’homme et à 75 ans chez la femme.

Pour ces spécialistes, ces statistiques posent la question de la prise en charge spécifique du cancer chez les seniors. Et de souligner que nombre d’études internationales montrent que les traitements (par exemple les chimiothérapies) sont souvent mal dosés pour les personnes âgées ou que dans le cadre d’essais cliniques, les plus de 60 ans sont en moyenne cinq fois moins représentés. Ces décalages dans la prise en charge sont d'autant plus problématiques que toutes les études présentées à Marseille montrent que le taux de survie avec traitement n'est pas lié à l'âge.

« Le cancer de la personne âgée est loin d’être seulement un problème médical estime Marc Kirsch du Collège de France à Paris. C’est l’une des manifestations d’une mutation de grande ampleur qui est en train d’affecter les sociétés humaines à travers le monde. Cette question se trouve au confluent d’un ensemble de processus complexes dont nous commençons seulement à prendre la mesure ».


Publié le Jeudi 26 Avril 2007 dans la rubrique Santé | Lu 4153 fois