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Vieillissement des salariés : les entreprises belges en sont conscientes mais ne font rien…

Les entreprises belges continuent à ne pas prendre suffisamment de mesures pour compenser le vieillissement du marché du travail. Telles sont les conclusions d'une étude européenne réalisée par l'Institut Adecco, un groupe de réflexion sur l'avenir de l'emploi. Plus que dans les autres pays européens, les entreprises belges font face à un manque criant de travailleurs disposant des connaissances et des compétences requises. Plus de la moitié des entreprises de notre voisin indique ne pas trouver les bonnes personnes disposant des compétences techniques nécessaires. Quatre entreprises sur dix affirment ne pas trouver le personnel doté des connaissances linguistiques requises.


Recul dans le classement européen
Dans le cadre de cette enquête, les responsables de la politique du personnel de 502 entreprises belges ont été interrogés sur leur capacité à lutter contre le vieillissement dans un certain nombre de domaines essentiels : l'accompagnement de carrière, l'apprentissage tout au long de la vie, la promotion de la santé au travail, la gestion du savoir et la diversité.

En fonction de leurs performances dans ces secteurs, les entreprises se sont vu octroyer un score oscillant entre 100 et 400 points. Pour 2008, le score moyen des entreprises belges est de 182 points, en retrait par rapport à l'année dernière où la moyenne s'élevait à 185. Cette année, la Belgique arrive juste derrière l'Allemagne et le Royaume-Uni (186 points chacun), et les Pays-Bas (183 points). Elle est à égalité avec l'Italie (182), mais devant l'Espagne (180), la France (174) et la Suisse (172).

Erwin van Iersel, PDG d'Adecco Benelux, commente les résultats : « Les entreprises belges semblent avoir du mal à aborder correctement le vieillissement de la population et de leur personnel. D'une part, elles ont de plus en plus de difficultés à pourvoir les postes vacants et à attirer des personnes qualifiées. D'autre part, ces problèmes démographiques ne sont pas prioritaires dans leur agenda et elles ne prennent pas encore les bonnes mesures pour remédier à la situation. » .../...

Résultats généraux

Les entreprises belges rencontrent de sérieux problèmes pour trouver le personnel (qualifié) en vue de pourvoir les postes vacants. Elles ne trouvent pas les candidats adéquats pour les postes disponibles : l'enquête démontre que seul un tiers des postes vacants dans les entreprises belges est pourvu selon les besoins.

Les entreprises belges ressentent l'impact de la pénurie de personnel compétent. C'est surtout le manque de compétences et de connaissances spécifiques qui se fait sentir plus durement en Belgique que dans d'autres pays européens. Ainsi, plus de la moitié des entreprises de notre voisin indique ne pas trouver les bonnes personnes disposant des compétences techniques nécessaires. Quatre entreprises sur dix affirment ne pas trouver le personnel doté des connaissances linguistiques requises.

Les entreprises belges n'ont pas encore trouvé les bonnes réponses au vieillissement et à la pénurie de main-d'œuvre qualifiée. Les entreprises belges semblent encore dépourvues d'une vision adéquate pour relever ces défis démographiques. Ainsi, une très large majorité d'entre elles se tourne vers les jeunes générations de travailleurs pour répondre aux problèmes rencontrés. 86% des entreprises interrogées pensent que le manque de formation peut être résolu en améliorant la transition de l'école au travail. Bien que cette transition soit importante dans chaque contexte social, il est évident que l'amélioration de cette transition ne générera pas encore assez de talent pour compenser la pénurie de main-d'œuvre qualifiée en Belgique. Les élèves ayant quitté le système scolaire ne feront que représenter une partie de plus en plus petite du marché du travail.

Point positif : 82% des entreprises indiquent que l'amélioration de la gestion des ressources humaines chez elles peut aider à compenser le manque de savoir et de compétences.

Les entreprises belges sont toujours réticentes vis-à-vis du recrutement des plus de 50 ans. Seuls 11% d'entre elles prévoient d'engager davantage de travailleurs de plus de 50 ans que l'année dernière, ce qui représente une diminution de 7% par rapport aux résultats de l'enquête en 2007. 27% envisagent d'embaucher moins de salariés de plus de 50 ans.

Point étonnant : les entreprises belges affirment que leur expérience avec les travailleurs de plus de 50 ans s'avère positive en général. Une majorité des entreprises indique que les salariés plus âgés travaillent aussi bien, voire mieux que les moins de 50 ans.

Les entreprises belges semblent avoir du mal à évaluer l'ampleur du problème démographique, malgré les difficultés auxquelles elles font face. Selon une enquête précédente réalisée par l'entreprise de services en ressources humaines Adecco auprès de ses clients, il ressort que trois quarts d'entre eux ne considèrent pas le vieillissement du personnel comme un problème au sein de leur entreprise.

L'étude DFX 2008 démontre quant à elle que les entreprises sont plus pessimistes que l'année dernière quant aux prévisions : le pourcentage d'entreprises s'attendant à une amélioration de la situation au cours des cinq prochaines années chute de 35% à 28%.

Résultats des cinq critères d'évaluation du degré de préparation au vieillissement

Gestion et accompagnement de carrière
En Belgique, les programmes de coaching sont toujours les plus populaires : 70% des entreprises belges les proposent. Les programmes dédiés aux high potentials ont le vent en poupe. 4 entreprises sur 10 en offrent, alors qu'elles n'étaient que 1 sur trois en 2007.
L'enquête indique que les entreprises belges doivent consacrer plus d'attention à l'élargissement et à l'utilisation régulière de la gamme d'outils d'accompagnement de carrière.

Apprentissage tout au long de la vie
Les entreprises belges proposent un large éventail d'outils pour encourager les travailleurs à apprendre tout au long de la vie et plus de la moitié (56%) d'entre eux utilisent les outils disponibles. Les entreprises belges obtiennent sur ce point un meilleur score que les autres pays européens. Ces résultats confirment que les entreprises belges prennent l'apprentissage tout au long de la vie au sérieux. Plus de la moitié des entreprises belges interrogées (55%) a lancé de nouvelles initiatives dans ce domaine au cours de l'année dernière.

Gestion du savoir
61% des entreprises sondées affirment vérifier formellement à quel niveau le savoir critique se situe. Ce chiffre permet à la Belgique de mieux se comporter que 55% des entreprises européennes qui surveillent ces données. Trois quarts des entreprises belges font usage de formations ciblées pour recycler les connaissances, ce qui indique à nouveau le fort penchant belge à utiliser la formation comme technique standard. Toutefois, l'enquête révèle que les outils de gestion du savoir ne sont pas encore assez utilisés par les travailleurs.

L'enquête souligne également la tendance à moins insister sur les connaissances techniques spécifiques, ce qui peut s'expliquer par les difficultés rencontrées par les entreprises belges à attirer le talent technique. Outre la mise en place de formations internes pour résoudre ce problème, les entreprises se tourneront probablement de plus en plus souvent vers la technologie déjà disponible pour répondre à leurs besoins technologiques. De cette façon, elles peuvent faire appel à un nombre de personnes relativement plus important pour les aider à entretenir cette technologie – au détriment des investissements dans les actifs technologiques spécifiques.

Santé
Bien que 88% des entreprises belges proposent des examens médicaux sur le lieu de travail, elles ne sont que 6% à dispenser des conseils en termes d'habitudes alimentaires et à peine 7% à offrir des programmes de relaxation. Les mesures en faveur de la santé comme la mise à disposition d'installations sportives restent une exception : moins d'un cinquième des entreprises fournit des équipements adaptés.

Diversité
Au niveau de la diversité, les entreprises belges se comportent très bien dans tous les domaines réglementés, comme les offres d'emploi et l'embauche sans distinction d'âge, ainsi que l'égalité des chances pour tous les groupes d'âge. Elles obtiennent également de bons résultats au niveau des systèmes de rémunération axés sur les prestations, qui s'avèrent souvent importants pour motiver les jeunes travailleurs. Les entreprises belges mettent peu l'accent sur la formation de la direction au sujet de la diversité des âges; seuls 14% des entreprises assurent une telle formation.

Conclusions

L'indice d'aptitude démographique ou DFX permet d'obtenir de précieuses informations tant qualitatives que quantitatives sur le degré de préparation des entreprises européennes au vieillissement rapide de la population. Avec une moyenne de 182 points sur une échelle de 100 à 400, les entreprises belges doivent s'inquiéter de la situation actuelle, en particulier parce que ces chiffres représentent une baisse par rapport aux résultats de 2007.

Cependant, l'aptitude démographique n'est pas de la physique nucléaire. Toutes les mesures que les entreprises peuvent prendre dans le domaine de la gestion de carrière, de l'apprentissage tout au long de la vie, de la gestion de la santé, de la gestion des connaissances et de la diversité en matière d'âge sont faciles à élaborer et à déployer et sont relativement abordables.

« Pour la Belgique, tout comme pour les autres pays européens, le vieillissement de la population est un fait établi », conclut Erwin van Iersel. « En d'autres termes, il y aura pénurie de main d'œuvre à court terme, non seulement en raison du vieillissement de la population, mais également en raison de la réduction continue de l'afflux de nouveaux diplômés sur le marché du travail. Pour certaines entreprises, il semble que ce défi démographique soit toutefois encore très éloigné dans le temps. Pourtant, elles devront tôt ou tard comprendre le potentiel et la contribution réelle des travailleurs plus âgés. Le vieillissement du marché du travail est à la fois un défi et une opportunité. »


Publié le Vendredi 14 Novembre 2008 dans la rubrique Emploi | Lu 6081 fois