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Vieillissement, activités et territoires à l'horizon 2030 : développer des pôles de qualité de vie

Une vaste étude portant sur les conséquences du vieillissement sur l'évolution des activités de production, de commerce et de services dans les territoires a été lancée en 2004 dans le cadre du programme « Territoires 2030 » de la Délégation interministérielle à l'aménagement et à la compétitivité des territoires (DIACT). Ce rapport en retrace les analyses et les conclusions. Il est le fruit d'un travail collectif de deux ans mené par le groupe de prospective présidé par Michel Godet, membre du CAE. Il est publié conjointement par la DIACT et le CAE à la documentation française.


Le vieillissement est souvent considéré sous l'angle des finances publiques et de la croissance alors qu'il a des conséquences sur tous les aspects de la vie économique et sociale. Remettre au travail les plus de 55 ans, répondre aux nouveaux besoins de main d'oeuvre, en particulier dans le secteur des services à la personne, prendre en charge la dépendance, assurer la relève des PME familiales, adapter l'urbanisme et le logement aux personnes âgées, éviter les conflits de générations, font partie des nouveaux défis qui nous attendent. Ce rapport développe tous ces points, propose des pistes d'actions et conclut sur la nécessité de développer des pôles de qualité de vie au niveau des territoires.

Les deux messages essentiels du rapport

Dans l'économie présentielle, la production est territorialisée et donc non délocalisable.

L'économie présentielle est une nouvelle approche de l'économie territoriale, développée notamment par Laurent Davezies et Christophe Terrier. Elle part du constat empirique que la présence sur un territoire de résidents permanents ou temporaires induit des consommations de produits et de services et constitue, pour les territoires attractifs, une part importante, voire prédominante, de leur activité économique. Cette économie est fondée sur la production territorialisée destinée à satisfaire la consommation des résidents et des touristes présents. Alors que la création de PIB tend à se concentrer dans les régions les plus développées, la péréquation du revenu des habitants se poursuit.

On voit donc certaines forces, centripètes, concentrer la production, alors que dans le même temps d'autres forces, centrifuges, continuent à répartir les revenus de la consommation dans l'espace. Ce phénomène est renforcé par le vieillissement de la population.

Renforcer les pôles de compétitivité par des pôles de qualité de vie et de services

Les retraités aisés ne vont pas s'installer dans les régions de vieilles industries. Et les nouveaux entrepreneurs ont tendance à s'implanter dans les zones que le climat, l'environnement naturel et la richesse des équipements collectifs rendent attractifs pour leur famille et leurs cadres. Ces critères sont plus importants pour eux que les aides aux entreprises.

Dans certains départements touristiques du Sud de la France les revenus des retraités comptent pour 30% du revenu disponible sur le territoire, ceux des fonctionnaires pour 30%, tandis que les revenus issus de l'activité productive marchande se répartissent pour moitié entre production destinée à la consommation locale et production exportée hors du territoire. C'est dire que les débats nationaux sur les pôles de compétitivité à visée exportatrice et sur l'attractivité pour la production ne doivent pas occulter ceux qu'il faudrait avoir sur les pôles de qualité de vie résidentielle et sur l'attractivité internationale de la France. Il est possible de développer l'activité et l'emploi dans une région ne brillant pas par ses performances industrielles. Il faut pour cela inciter les détenteurs de revenus venant d'ailleurs à y vivre et à y consommer. La région la plus attractive de France, si l'on en croit les soldes migratoires, est le Languedoc-Roussillon, que son PIB par tête classe en 21e position, c'est-à-dire à la dernière place des régions de la France continentale. .../...

Quelques faits surprenants sur les vieillissements, les activités et les territoires

. L'espérance de vie à la naissance continue à augmenter. En 2030, elle sera de 82 ans pour les hommes et de 87 ans pour les femmes. Cet accroissement se fait dans de bonnes conditions : l'âge moyen des personnes dépendantes passera à 85 ans pour les hommes (79 actuellement) et à 88 ans pour les femmes (83 actuellement).

. En 2030, la France pourrait compter 20 millions de personnes de plus de 60 ans, pour 32 millions de 20-59 ans et 15 millions de moins de 20 ans.

. Il faut relativiser le vieillissement dans les entreprises : l'âge moyen de la population en âge de travailler (20-59 ans) va baisser à partir de 2007, année où l'effectif des classes sortantes commencera à être supérieur à celui des classes entrantes.

. En raison du vieillissement et de la multiplication des séparations et des recompositions familiales, le nombre de ménages va augmenter de 24% par rapport à 1999 pour atteindre près de 30 millions en 2030, entraînant des pressions sur le logement et une remise en cause de la solidarité intergénérationnelle (moins d'enfants, plus de personnes âgées, héritage plus tardif, voire plus d'héritage du tout).

. Les femmes en couple ont en moyenne de 7 à 9 ans d'espérance de veuvage : les hommes épousent des femmes de 2 à 3 ans plus jeunes et vivent 5 à 6 ans de moins qu'elles.

. La majorité des retraités vieillissent là où ils ont passé leur vie, notamment dans le périurbain - ce qui va poser des problèmes de transport et d'accessibilité des services, même dans des zones urbanisées, à quelques kilomètres des centres-villes. Depuis 1980, on estime que seulement 7% des personnes âgées ont quitté leur département, 5% leur région. Mais ces moyennes traduisent très mal une réalité fortement contrastée : ce sont 25% des Parisiens et 12% des habitants des grandes villes de province qui vont s'installer ailleurs lors de leur retraite. Le pourcentage est croissant avec la position sociale, le revenu et l'instruction.

. Depuis le début du XXIe siècle, l'Europe accueille plus de migrants que les États-unis. Plusieurs pays d'Europe enregistrent annuellement plus de décès que de naissances. Les besoins de main-d'oeuvre pour l'Europe à l'horizon 2025 sont de l'ordre de 20 millions d'actifs. Comme l'ont déjà compris quelques pays (Espagne, Italie, Allemagne), seul un solde migratoire élevé permettra d'éviter à terme des pénuries de main d'oeuvre.

. Les revenus des ménages retraités vont continuer à augmenter avec l'arrivée à l'âge de la retraite de générations comportant une forte majorité de couples bi-actifs, puis ils stagneront voire diminueront à partir de 2025.

. A partir de 2030, les classes nombreuses des baby-boomers fourniront un effectif élevé de grands vieillards (85 ans et plus). Le nombre de personnes dépendantes pourrait augmenter d'environ 50% par rapport à la situation actuelle.

. Plus de 92% des personnes ayant de 80 à 84 ans vivent en logement autonome. Elles sont encore plus de 84% dans la tranche 85-89 ans, et 71% dans la tranche 90-94 ans !

. « La meilleure prévention des délits », ce sont « les yeux de la rue », c'est-à-dire des fenêtres donnant directement sur la rue (et pas derrière des murs ou des haies).

. La participation électorale varie avec l'âge. Les plus de 60 ans représentent 30% des votants aujourd'hui. Ils seront 45% en 2030.

. Ce n'est pas parce que 500 000 dirigeants atteindront l'âge de la retraite dans les dix ans à venir que 500 000 entreprises seront à reprendre. Nombre d'entre elles n'ont aucune valeur d'actif (la moitié, d'après certains professionnels). Dans certaines activités il y a beaucoup plus de créations que de reprises (services aux entreprises, santé, construction).

. Aujourd'hui, près d'une commune sur deux (18 000) se trouve sans aucun commerce de proximité. Si l'on tient compte des fermetures simultanées de plusieurs magasins, les plus petites communes ont vu disparaître les deux tiers de leurs commerces de proximité en trente ans, et les communes de 250 à 500 habitants environ la moitié.

. La croissance du secteur des services aux particuliers entre 2001 et 2015 pourrait nécessiter près d'un demi-million de personnes de plus, dont 420 000 pour deux métiers : employés de maison et « assistantes maternelles et aux personnes âgées ». Ces nouveaux besoins, s'ajoutant aux remplacements des départs, portent à plus de 1 200 000 le nombre de postes à pourvoir.


Publié le Mercredi 25 Octobre 2006 dans la rubrique Habitat | Lu 3579 fois