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Mercredi 31 Octobre 2007
Vieillir dans la ville, chronique par Serge GuérinLe logement et l’organisation de la ville participent de façon essentielle à la politique de la vieillesse. Il est bon que Plan Urbanisme Construction et Architecture ait lancé une dynamique d’études dans ce sens. Mais la prise en compte des réalités démographiques (allongement de l’espérance de vie, diminution de la fécondité et de la mortalité, prise d’âge des générations du baby-boom…) par les décideurs politiques et économiques apparaît encore très largement médiatisé par la culture du jeunisme et un rapport pour le moins complexe au fait de vieillir. La tentation ségrégative est forte.
Un chercheur, Renaud Le Goix, a mis en avant le développement des Gated communities, ces villes protégées, gardiennées et « interdites » aux non résidents. Elles produisent une forme d’apartheid générationnel qui peut être aussi social, racial ou autre. Le sentiment d’insécurité et le désir de se protéger de la différence ne touchent pas seulement les plus âgés : ces villes gardiennées rencontrent, depuis les années 1970 aux Etats-Unis, une demande croissante auprès d’une population aisée et jeune.
D’une certaine façon celui qui prend de l’âge (et peut-être encore plus, celle qui prend de l’âge) s’inscrit dans la liste des recalés de la modernité. Dans ses travaux sur la folie, Michel Foucault montre que dès le 17ème siècle, la société a cherché à se préserver des fous, des pauvres et autres parasites. Les vieux peuvent être inclus dans ces catégories de parias que l’on veut cacher, dont on veut se protéger. La tentation de les enfermer dans une sorte de camisole logistique pour éviter qu’ils ne sortent, qu’ils soient au contact des autres est bien là. De son côté Gauffman à développé la notion de la personne stigmatisée, celle dont les caractéristiques sont disqualifiantes aux yeux des autres. Plus largement, dans le champ de l’habitat, des chercheurs comme Monique Membrado, Jean Mantovani et Serge Clément ont bien montré que les politiques de la ville ont essentiellement ciblé des catégories de jeunes habitants en difficulté d’insertion ou celles des jeunes ménages. .../...
Sans doute que l’image sociale de ceux qui deviennent âgés explicite pour beaucoup cet attentisme. Dans les représentations, y compris des décideurs politiques, ils apparaissent, par exemple, comme peu mobiles, alors que les travaux de Jean-Claude Driant viennent justement s’opposer à cette croyance.
Dans cette perspective, la question de l’habitat prend tout son sens. On ne peut pas penser la vieillesse sans prendre en compte l’organisation de la ville, sans agir sur les conditions de l’habitat. L’environnement de la personne peut agir comme un accélérateur du vieillissement, ou au contraire permettre de conquérir de nouvelles marges de liberté. Il n’y a pas de démarche unilatérale qui soit possible : si l’individu doit chercher s’adapter à son environnement, à l’inverse, ce dernier doit aussi évoluer pour répondre à la situation de la personne. L’offre, tant sur le plan technique (foyer-logement, adaptation de l’habitat, villages-retraite, habitat intergénérationnel, résidences avec services, unités de vie à taille humaine, institutions médicales…) que sur celui de l’environnement (services aux personnes, organisation des réseaux de transport…) est appelé à évoluer. Si l’on part du principe que la priorité est la personne, l’enjeu est bien de développer une approche modulaire, évolutive qui permette de favoriser le lien social. Il y a de nombreuses manières d’inventer et proposer de l’habitat qui soit autant une solution logement qu’un accès à la modernité et au vivre ensemble. Par exemple, une série de projets d’habitat groupé se développe en Belgique. Ce mode d’habitat, laisse les personnes âgées autonomes mais leur offre la sécurité du collectif et de l’échange. Ce système, qui fonctionne sur le mode de la cooptation, n’est pas nécessairement le plus ouvert en terme de capital social, pour autant, il favorise l’expression de la solidarité entre les résidents. Serge Guérin Professeur à l’ESG Vient de publier L’invention des seniors, Hachette Pluriel
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