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Senior Actu

Une octogénaire est verbalisée pour avoir traversé trop lentement...

Une octogénaire a écopé en février dernier d’une amende de plus de cent dollars, pour ne pas avoir traversé assez rapidement une grande artère de Los Angeles. Au-delà de ce fait divers, qui suscite la colère des seniors locaux, cette situation révèle que les grandes villes d’aujourd’hui ne sont pas adaptées aux conditions physiques des aînés, et rappelle par ailleurs que ces derniers sont les premières victimes des accidents sur la voie publique.


Avec l’avancée en âge, les personnes âgées qui commencent à connaître certains problèmes de mobilité sortent moins de chez elles. Les rues leur font peur : trop de trafic, trop de bruit, des rollers sur le trottoir, une voirie inadaptée, etc.

Total : elles restent donc chez elles, ne vont plus faire leurs courses, ne voient plus leurs amis, deviennent sédentaires et se désocialisent lentement mais sûrement… avec toutes les conséquences que cela entraîne.

Alors que de nombreuses associations luttent contre l’isolement de ces seniors, tentent de leur redonner goût à la vie, au contact avec les autres, parallèlement et malheureusement, les structures de nos villes restent très largement inadaptées… comme en témoigne ce fait divers américain paru récemment dans le quotidien Los Angeles Daily News.

Mayvis Coyle est une octogénaire d’origine indienne. Pour se promener dans la rue, elle utilise l’aide d’une canne. Le 15 février dernier, alors qu’elle partait faire ses courses, un officier de police a tranquillement attendu qu’elle ait terminé de traverser la rue pour lui mettre une contravention de 114 dollars, soit une centaine d’euros environ.

« Quand je me suis engagée sur le passage piéton le signal était vert » indique la vieille dame, qui conteste cette amende. « Il est devenu rouge pendant que je traversais. Arrivée de l’autre côté de la rue, le policier m’a dit que je gênais la circulation ». .../...
Une octogénaire est verbalisée pour avoir traversé trop lentement...

Qui a tort qui a raison, à la limite le problème ne se pose pas dans ces termes là. Cette amende révèle simplement que dans de nombreux cas, les passages piétons, qu’ils se trouvent en plein cœur de Los Angeles, de Tokyo ou de Paris, ne sont pas adaptés au vieillissement de la population. A tel point qu’un petit groupe de seniors qui réside dans le même quartier que Mme Coyle, proteste contre le rythme vert/rouge/vert des feux de signalisation qui selon eux, est beaucoup trop rapide et ne leur laisse pas le temps de traverser en toute sécurité.

« On risque nos vies à chaque que l’on traverse » indique l’un deux. « A mi-chemin, le panneau lumineux passe au rouge » précise une octogénaire en chaise électrique. « Je fais de mon mieux pour aller le plus vite possible et ne pas me faire renversée quand je sors de chez moi » ajoute une troisième… Même des jeunes ont fait l’expérience en courant et estiment que l’intervalle entre le « stop » et « go » est trop court.

A Los Angeles, la durée des feux rouges est calculée par rapport à une vitesse moyenne de quatre pas par seconde. « Dans les zones à forte concentration de personnes âgées, ce délai est trop rapide » avoue un responsable de la voirie de Los Angeles. « Il faut allonger les temps afin que les aînés puissent traverser en toute sécurité ». En attendant, Mme Coyle se bat contre son amende et déplore l’attitude du policier qui l’a traitée « comme une enfant de six ans. Comme si je ne savais pas ce que je faisais ». Il est vrai que certains individus ont tendance à infantiliser les vieilles personnes… Mais ceci est une autre histoire.

Les rues sont dangereuses pour les piétons âgés

Une octogénaire est verbalisée pour avoir traversé trop lentement...
Par exemple au Japon, en 2004, les piétons de 65 ans et plus ont représenté les deux-tiers des décès sur la voie publique. Une autre étude de la police israélienne indique qu’en 2003 plus de 60% des piétons tués dans les rues de Tel Aviv étaient âgés de plus de 60 ans.

Ces chiffres ne sont ni surprenants, ni exceptionnels. Les diverses autorités soulignent que le nombre de personnes âgées qui décèdent dans les accidents de la route est important car ces sujets récupèrent bien moins facilement que les jeunes. Parfois un simple choc suffit à tuer un aîné alors qu’un adulte ou un enfant pourraient s’en remettre sans problème.

Il faut rappeler qu’à partir de 50 ans, les capacités motrices diminuent, des problèmes visuels et auditifs peuvent apparaître, les réflexes baissent, les temps de réaction augmentent … Tous ces problèmes fonctionnels rendent les promenades dans les villes plus dangereuses. Ainsi, une enquête parue l’été dernier en Espagne, montre qu’un quart des piétons seniors s’estiment en danger lorsqu’ils se promènent dans la rue.

Mais ce n’est pas tout, les seniors estiment aussi que les voies publiques ne sont plus adaptées à leurs besoins. Les feux rouges sont trop rapides, ils n’ont guère le temps de traverser. Ils souhaiteraient aussi davantage de passages piétons protégés et des trottoirs moins hauts. D’autres facteurs viennent augmenter ce sentiment d’insécurité : la densité du trafic, le bruit, la vitesse…

Actuellement, selon l'étude de la police japonaise, il semblerait que les routes les moins dangereuses pour les aînés soient celles de l’Angleterre et des Pays-Bas.

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Publié le Mercredi 12 Avril 2006 dans la rubrique Divers | Lu 7174 fois