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Une nouvelle approche du traitement des varices avec l'acide hyaluronique

A l’occasion de l’IMCAS 2017, l’un des plus importants congrès mondiaux dédiés la chirurgie et la dermatologie esthétique, revenons sur les grandes avancées scientifiques et les grandes tendances de demain en compagnie des meilleurs experts internationaux. Le point sur l’Injection Péri-Variqueuse d’acide hyaluronique dans le cadre du traitement des varices avec le Dr. Jean Emsallem, angiologue en France.


Cette nouvelle technique consiste à déposer autour d’une varice, des gouttes d’acide hyaluronique afin de créer un manchon compressif. En effet les propriétés viscoélastiques de ce produit permettent de créer une « contention » directe de la varice.
 
Le 30 Mai 2016, j’ai injecté de l’AH volumateur chez une patiente de 43 ans en bon état général par ailleurs, autour d’une varice assez commune dans la population générale, à la face externe de la cuisse. Les varices tronculaires étaient d’un diamètre significatif d’environ 3 mm, varices vertes ou bleues, souvent en relief sous la peau. On considère qu’à partir de ce diamètre, les risques de complications thromboemboliques débutant par une phlébite superficielle deviennent plus importants.
 
Elles alimentaient des varices réticulaires et télangiectasies, très fines, violettes ou rouges. L’ensemble entrainait des signes dysesthésiques bien sûr, mais surtout des troubles fonctionnels classiques comme lourdeurs du membre inférieur, brulure à la station debout…
 
(…) J’ai injecté de la manière la plus circulaire possible 0,6 cc d’AH moyennement volumateur sur les tronculaires, et 1 cc d’AH fluide autour des réticulaires et télangiectasies. Le repérage était fait, à la lampe laser infrarouge pour éviter les petits hématomes superficiels. Puis, comme la technique classique de VIN pour la sclérose écho-guidée, sous visualisation écho-Doppler.
 
Mais au lieu d’injecter directement de la mousse de produit sclérosant de MONFREUX dans la varice, et qui reste évidemment l’excellente technique de référence, j’ai injecté les AH autour des varices. Puis, j’ai terminé la séance, comme pour mes scléroses habituelles, par 10 min de pressothérapie puis le port d’une contention élastique de classe 2 pour les 7 journées suivantes.
 
L’échographie me permet de voir exactement où se dépose le bolus d’AH, dans quel plan, à quelle quantité, et d’en vérifier l’effet compressif immédiat. Les injections n’étaient pas douloureuses, et aucune inflammation cliniquement décelable n’était observée. Visuellement l’affaissement des varices était immédiat. Les signes fonctionnels étaient considérablement et rapidement atténués. Les derniers examens faits 6 à 8 mois paraissent stables.
 
À certains endroits, le bolus apparait en voie d’organisation, c’est-à-dire que son aspect est hétérogène et mélangé au tissu conjonctif environnant. Ce qui est intéressant c’est qu’il reste compressif sur la varice, et le plus gros diamètre enregistré n’excède pas 1,5 mm. Ailleurs la varice reste totalement obturée. Enfin 8 mois après, on observe même quelques gouttes encore anéchogènes et compressives, comme si elles venaient d’être injectées.
 
Comment cette idée m’en est venue : je suis Médecin Vasculaire en cabinet privé depuis 1990, et ancien attaché des hôpitaux de Marseille depuis 1987, où j’exerce principalement la Phlébologie. Depuis trois ans, je suis des formations intensives de médecine esthétique, notamment des injections d’acide hyaluronique à des fins de comblement et de réhydratation.
 
Or dans les nombreuses publications et les congrès auxquels j’ai pu assister, un des écueils principaux mis en avant par les auteurs, est l’injection intravasculaire ou péri-vasculaire accidentelle, dont il faut se méfier sous peine de graves complications nécrosantes. La connaissance parfaite de l’anatomie permet d’éviter une par tie de ces accidents. Mais je pense que l’utilisation des moyens modernes de repérage comme l’échographie ou la lampe laser infrarouge sont indispensables.
 
J’ai naturellement pensé à me servir cet effet compressif pour traiter ce que je connais bien: les varices. (…). J’ai présenté mon cas aux 75e journées de la Société Française de Phlébologie, en décembre 2016, où il m’a été délivré le prix de la Meilleure Séquence Flash pour l’apport scientifique et technique. Maintenant, je pense qu’une vaste étude est nécessaire pour étendre l’AMM.


Publié le Mercredi 25 Janvier 2017 dans la rubrique Santé | Lu 1703 fois