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Un si léger cauchemar de Roger-Pol Droit : la philosophie du coiffeur pour blés


Je ne sais si comme moi vous vous êtes fait cette remarque qui me trouble : je n’ai jamais vu la cheville gauche de la fille de Chou En-Laï. Je me prenais jusqu’alors pour quelqu’un plutôt observateur, attentif au monde qui m’entoure.
Un si léger cauchemar de Roger-Pol Droit : la philosophie du coiffeur pour blés

Mais, patatras, tout s’écroule ! Je dois reconnaître que je n’ai jamais rencontré de coiffeur pour blés, je n’ai jamais assisté à la vente aux enchères « d’un accent circonflexe ayant appartenu -hasard à peine croyable- à Diderot, Sade et Barrès ! », je suis passé à côté de la guerre des poires, personne ne m’a dit que le gel à fixer le temps avait été inventé, parmi mes encyclopédies, il manque celle consacrée aux fissures….

C’est effroyable. Je fais le constat que je ne sais rien.

Heureusement Roger-Pol Droit est là pour combler ces lacunes.

J’avais déjà scrupuleusement suivi ses « 101 expériences de philosophie quotidienne » (1). Je me suis allongé dans un hamac pour tester son instabilité et en tirer une « certaine ironie envers le pire ». J’ai attendu sans rien faire pour m’apercevoir que tout arrive, sans moi, qu’il ne faut pas chercher à tuer le temps puisqu’il meurt tout seul.

Le philosophe, qui livre chaque semaine une chronique très attendue dans « le Monde des livres », aide son lecteur, par son dernier ouvrage, à poursuivre les exercices.

Le genre est inclassable. Roman certes, fable philosophique évidemment, recueil de nouvelles parodiques aussi. Page 122, Roger-Pol Droit fait le point : « on ne m’ôtera pas de l’idée qu’il est pratiquement impossible d’être informé de tant d’infimes détails disparates, quoique secrètement reliés les uns aux autres, sans jouer un rôle probablement important, peut-être décisif, dans leur agencement ».

La suite en apparence hétéroclite des chapitres répond à l’exigence philosophique de l’auteur qui est de montrer la vanité de l’accumulation des choses que l’homme n’a de cesse d’inventer.

Ici il complète le thème déjà abordé par lui dans son précédent ouvrage (2).

Roger-Pol Droit raconte le quotidien en y introduisant un élément insolite, parfois même extravagant. Son texte est constamment sérieux et rempli d’humour. Ah ! Comme le lecteur savoure la série de calembours du chapitre 14.

Dans ce livre, par exemple on commercialise des houlettes et des égides, que chacun d’entre nous utilise mais que l’on ne trouve nulle part, pas plus que « les gourmes (à jeter) » ou les « fagots (pour prendre quelque chose derrière) ».

C’est en philosophe qu’il nous invite à « déplacer le regard » à réfléchir à « l’authentique, à ses pièges, sa réalité et son illusion ».

Sans parler des crevettes…

(1) Editions Odile Jacob, 2001
(2) Dernières nouvelles des choses, Editions Odile Jacob, 2003

Un si léger cauchemar
Roger-Pol Droit
Editions Flammarion
219 pages
17 euros


Publié le Lundi 11 Juin 2007 dans la rubrique Culture | Lu 2381 fois