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Senior Actu

Un premier bilan du logement intergénérationnel, par Mohammed Malki

Des personnes âgées vivant seules proposent, contre des menus services, d’héberger des étudiants en mal de logement. Après le succès d’une initiative partie de Barcelone, il y a sept ans, quatre associations françaises ont lancé en 2004 des formules similaires : LeParisolidaire à Paris, Atout’Âge dans le sud de la région parisienne, Logement Intergénération à Paris et à Rouen, Concorda Logis à Montpellier et à Nîmes et enfin l'association ESDES Services Inter-Générations à Lyon.


« Un toit, deux générations » : une charte de bonnes pratiques, a été élaborée mi-décembre 2004 par le secrétariat d’Etat aux Personnes âgées, la Fondation nationale de gérontologie et Sciences-Po. Elle a été lancée officiellement le 31 mars dernier lors du salon des Seniors organisé par Notre Temps magazine.

A ce jour, une soixantaine de binômes étudiants/personnes âgées a été créé par trois associations, LeParisolidaire, ESDES Services Inter-Générations et Concorda Logis. Un nombre plus important est prévu pour la prochaine rentrée universitaire. En attendant une évaluation d’étape, Accordages propose de faire le point sur cette démarche et ses réalisations.
Mohammed Malki, directeur d'Accordages

'Un toit, deux générations', pourquoi ?

Deux constats majeurs sont à l’origine de cette démarche :

- Des étudiants en mal de logement, un fléau dans les villes universitaires : l’accès au logement pour les étudiants est devenu désormais un parcours semé d’embûches en raison de l’insuffisance de l’offre dans les résidences universitaires, de la rareté de logement adaptés dans le secteur HLM, des prix trop élevés du marché privatif et des exigences exorbitantes des propriétaires en matière de solvabilité et de caution. Un cocktail d’ingrédients explosifs.

- Des personnes âgées, de plus en plus nombreuses, à vivre seules : ce constat est confirmé par l’étude de l’INSEE de janvier 2005 [1], en effet, en 1999, sur les 8,3 millions de personnes vivant seules, les personnes âgées représentent plus de 55%. Si les femmes vivent moins seules que les hommes avant l’âge de 50 ans, la situation s’inverse ensuite avec un point culminant vers 85 ans : plus d’une femmes sur deux vit seules, contre un homme sur quatre.

Principes d’une démarche

La démarche « Un toit, deux générations » ne prétend résoudre ni le problème du logement des étudiants ni celui de l’isolement des personnes âgées. Son objectif est de créer, là où c’est possible, les conditions de rencontre entre une personne âgée et un(e) étudiant(e) dont les besoins et les attentes peuvent être convergents. Pour l’étudiant(e), un logement au moindre frais, pour la personne âgée, une opportunité de rompre son isolement. Enfin, pour les deux une cohabitation, source de liens d’échange et de solidarité réciproques.

Plusieurs conditions doivent être réunies pour former un binôme :

- la personne âgée, propriétaire (Concorda Logis) ou locataire, doit disposer d’une pièce libre convenable, meublée ou non, avec libre accès aux espaces communs (cuisine, sanitaire et salon).

- l’étudiant(e) doit s’engager à respecter les relations de bon voisinage, à assurer une veille passive, des menus services facilitant la vie quotidienne de la personne âgée et une participation aux charges (eau, électricité, entretien…).

Les deux parties se mettent préalablement d’accord sur les conditions de leur cohabitation (durée, attentes, exigences, possibilités). Cependant, deux dangers doivent être évités :

- aucun paiement d’un « loyer » ne doit être exigé sous peine de voir la cohabitation se transformer en contrat de location pure et simple, ce qui ne manquera pas de poser problème : fiscalité sur les revenus locatifs, risque de rupture du contrat de bail si la personne âgée est locataire.

- les menus services rendus par l’étudiant ne doivent pas s’apparenter à un « travail à domicile » déguisé, sous peine de voir la relation entre les deux parties requalifiée en contrat de travail (service ou aide à domicile).

Modalités d’action

Un premier bilan du logement intergénérationnel, par Mohammed Malki
- Le recensement de l'offre et de la demande grâce à un travail de communication : les associations reçoivent les offres d’hébergement et les demandes des étudiants, grâce à leurs sites Internet, à la diffusion de plaquettes d’information, aux partenariats avec les universités, les écoles, les associations de personnes âgées et les réseaux d’aide à domicile. Un accueil téléphonique est assuré au quotidien afin de répondre aux questions des personnes, âgées et jeunes, intéressées par la formule.

- La visite au domicile de la personne âgée : les associations effectuent une visite au domicile des personnes âgées intéressées afin de vérifier la qualité du logement, de la pièce proposée à l’étudiant et l’accès aux parties communes (sanitaires, cuisine…).

- Des entretiens avec les deux parties : d’abord, avec la personne âgée, l’objectif est de mieux cerner ses besoins, ses attentes et ses exigences (fumeur ou non, centres d’intérêts communs, disponibilité dans la vie quotidienne, les services demandés, la participation au frais…). Ensuite, avec l’étudiant(e), l’objectif est également de l’informer sur l’offre existante et sur les réalités concrètes du partage d’un logement avec une personne âgée : contraintes de la vie quotidienne, exigences particulières…

Afin de créer d’harmonieuses et durables cohabitations, une première rencontre est organisée chez la personne âgée et un délai de réflexion est offert aux deux parties. Enfin, en cas d’accord, une charte personnalisée définissant précisément les conditions de leur cohabitation est signée en présence de l’association médiatrice.

Un suivi des binômes tout au long de la cohabitation est ensuite nécessaire : s’assurer du bon fonctionnement et du respect des contrats préalablement établis, répondre aux demandes des étudiants et des personnes âgées, intervenir en cas de litiges.

Pour bénéficier de ce service, les deux parties adhèrent à l’association qui les met en contact avec le paiement d’une cotisation annuelle variant entre 60 et 80 € pour l’étudiant, et 150 et 300 € pour la personne âgée, selon les associations et les régions. Ces cotisations permettent aux associations de couvrir une partie de leurs charges de fonctionnement. Les associations fonctionnement à ce jour grâce au bénévolat de leurs animateurs et pour certaines aux subventions reçues des pouvoirs publics.

Les bénéficiaires : qui sont-ils ?

- Des jeunes étudiants, des deux sexes, âgés en majorité de 18 à 20 ans , qui quittent le domicile de leurs parents pour entamer une première ou une seconde année d’études universitaires. Un second groupe d’étudiants, plus âgés (certains jusqu’à 28 ans) et généralement étrangers (échanges universitaires) a été identifié. Tous ont en commun de ne pas trouver de logement en ville ou de ne pas avoir les moyens exigés par le marché. Enfin, la peur de l’isolement ne concerne pas uniquement les personnes âgées, les jeunes étudiants viennent souvent d’une autre ville ou de l’étranger, ne sont pas habitués et appréhendent de vivre seuls. La présence d’une personne mature à leur côté les rassure dans leur nouvelle expérience du monde étudiant loin de chez eux. Par ailleurs, cette formule permet la découverte d’une nouvelle région ou d’une nouvelle ville sans crainte.

- Des seniors, en majorité des femmes : Femmes ou hommes, les personnes âgées sont âgées de 60 à 90 ans, sont veufs ou divorcés, plutôt valides mais vivant seuls. Leurs motivations sont variées mais le besoin d’une présence humaine au quotidien arrive en tête des réponses. Héberger un jeune étudiant semble pallier l’absence de leurs enfants et petits-enfants dont les visites ne sont qu’occasionnelles. Plus concrètement, leurs attentes peuvent concerner aussi bien des petites courses, des sorties occasionnelles ou le partage de centres d’intérêts communs : jardinage, jeux de société, recettes de cuisine, voyages…

Bilan et perspective Rentrée 2005

Depuis son lancement, à la rentrée universitaire 2004, une soixantaine de binômes a été constitué. Pour celle de 2005, une petite centaine de cohabitation est prévue. Cependant, de nombreuses demandes d’étudiants restent non satisfaites puisque les seniors sont moins nombreux à proposer ce type d’accueil. En effet, on est loin de l’engouement médiatique que le lancement de cette formule a suscité et du succès qu’elle a connue en Espagne, pays où elle a été initiée il y a plus de dix ans.

L’expérience est encore trop récente en France pour en faire un premier bilan. A ce jour, nous n’avons pas de données chiffrées sur les échecs, seule Concorda Logis déclare quatre échecs pour raison de non respect des termes de leur contrat. Toutefois, plusieurs hypothèses peuvent être avancées pour expliquer le succès modeste d’une démarche largement médiatisée :

Des réticences fortes chez les seniors, un obstacle à lever

Accueillir une personne qu’on ne connaît pas n’est pas aisé. Les personnes âgées sont plus réticentes à le faire, selon Mme Thuillez, fondatrice de Logement intergénérationnel. Elles sont plus réticentes à accueillir une « personne étrangère » ceci pour des raisons culturelles, et ont souvent une mauvaise image des jeunes.

Une formule qui ne touche pas les personnes âgées les plus isolées

Les personnes âgées qui rencontrent des incapacités plus ou moins sévères dans leur vie quotidienne sont moins demandeuses de ce type de cohabitation : sentiment de peur, pas habituées à partager son logement avec une personne qu’elles ne connaissent pas, un mode de vie plus centré sur soi… alors qu’elles sont plus concernées par l’isolement.

Mieux mobiliser les réseaux de proximité

Selon Oana Barré, fondatrice de Concorda Logis, les personnes âgées font circuler l’action par le bouche-à-oreille, et les demandes d’information viennent souvent sur recommandation d’un ami ou de la famille. Outre la diffusion de l’information dans la presse, les acteurs intervenant auprès des plus âgés, acteurs sociaux, réseaux associatifs seniors, familles, gestionnaires HLM, peuvent jouer un rôle important afin de mieux expliquer et rassurer les personnes âgées. D’où la nécessité de bien expliquer la démarche : ni une location ni un service à domicile.

Mieux définir les limites des engagements réciproques de la cohabitation

Les deux parties doivent être conscientes des obligations de la cohabitation en général et des engagements signés dans la charte en particulier. L’étudiant ne doit pas être intéressé uniquement par l’accès à un logement sans frais de location. La personne âgée accueillante ne peut exiger de l’étudiant de se substituer à une aide ménagère. Tous doivent être motivés par une envie de partage et d’échange réciproques, selon un arrangement qui reste librement consenti, néanmoins encadré par une charte.

Un phénomène de mode ou un vrai besoin social ? Un bilan est en cours de réalisation, les résultats seront communiqués l’été ou l’automne prochains. La constitution, sous la houlette du secrétariat d’Etat aux personnes âgées, d’un réseau des associations concernées, avec une charte de bonnes pratiques, sera sans doute un levier d’action en faveur d’une démarche pertinente et solidaire.


Renseignements

Atout’Âge
2, rue Galliéni-94230 Cachan
Contact : Michèle Dupont et Martine Claisse
Email
Tel : 06 32 50 53 01

Concorda Logis
Contact : Mme Oana Barré
Tel : 04 67 54 76 75
Email
Site web

Logement Intergénération
Contact : Myriam thuillez
Tel. : 06 89 61 68 40

LePariSolidaire
Contact : Bénédicte Chatain
Tel. : 01 43 68 10 96

Association "ESDES Services Inter-Générations"
Lyon
Contact : Chantal Vanney
Tél. : 06 81 14 82 65

Début de l'activité en 2004 : principe du logement sans contrepartie financière - mise en relation de seniors et étudiants de l'Université catholique de Lyon - 5 tandems formés au 9 novembre 2004.

DIGI , Domicile Inter-Générations Isérois
Udiage
1, place de Metz
38000 Grenoble

Tél./Fax. : 04.76.03.24.18
e-mail

Projet "Accueil de l'étudiant chez la personne âgée" - Mise en oeuvre effective pour septembre 2005


Publié le Jeudi 16 Juin 2005 dans la rubrique Intergénération | Lu 24048 fois